Assassinat de la grotte sanglante à Sète : Audrey Louvet remise en liberté, Rémi Chesne reste en prison

La Cour d'Appel de Montpellier s'est prononcée ce 11 juin pour la remise en liberté d'Audrey Louvet, le délai de sa détention provisoire était échu. La complice présumée de Rémi Chesne dans l'assassinat de la grotte sanglante à Sète reste sous contrôle judiciaire. Son co-accusé reste en prison.

Sète (Hérault) - c'est dans cette galerie, sous le Mont Saint-Clair, dont on voit l'entrée, que le corps carbonisé a été retrouvé - 17 juillet 2014.
Sète (Hérault) - c'est dans cette galerie, sous le Mont Saint-Clair, dont on voit l'entrée, que le corps carbonisé a été retrouvé - 17 juillet 2014. © F3 LR E.Jubineau

C'est une décision à laquelle l'avocat du frère de la victime avait préparé son client : le délai de détention provisoire d'Audrey Louvet étant dépassé, la Cour d'Appel de Montpellier a logiquement ordonné, ce 11 juin 2020, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de la complice présumée de l'assassinat dit "de la grotte sanglante de Sète". Elle sortira de prison dès ce soir.

Car avec le confinement, le procès de cette affaire retentissante a été repoussé à janvier 2021. En revanche, le co-accusé d'Audrey Louvet, Rémi Chesne, qui demandait également sa libération au motif que leurs deux cas étaient liés, reste en prison.

Délai de détention dépassé

La détention d'Audrey Louvet était arrivée à échéance légale le 14 mai dernier. Dans un premier temps, son maintien en prison avait été prolongé en vertu de "l'ordonnance Covid" du 23 mars 2020.

Un texte qui prévoyait la prolongation automatique et sans débat des détentions provisoires pendant le confinement. Mais il a été invalidé par la Cour de Cassation, qui l'a jugé contraire à la Convention Européenne des Droits de l'Homme.

A l'issue de l'audience, la semaine dernière, maître Jean-Marc Darrigade, qui représente l'une des parties civiles, avait estimé "inévitable" la remise en liberté d'Audrey Louvet :

J'ai préparé psychologiquement M. Isoird, frère de la victime, à ce choc. Car Audrey Louvet a quand même reconnu sa participation à des faits d'une extrême gravité.

La détention provisoire de Rémi Chesne, qui doit prendre fin en octobre prochain, devrait quant à elle pouvoir être repoussée.
 

Une énigme judiciaire 

L'affaire de la grotte sanglante de Sète avait débuté le 17 juillet 2014, avec la découverte du corps en partie calciné et abattu de 2 balles de Patrick Isoird dans une galerie souterraine du bas du mont Saint-Clair, à Sète.

Rémi Chesne, un coiffeur de 49 ans et Audrey Louvet, qui aurait servi d’appât, sont soupçonnés de cet assassinat. L'enquête menée par le SRPJ de Montpellier a conclu que Patrick Isoird avait été attiré dans cette galerie creusée à même la roche et située près du rond-point du Vignerai à Sète par les deux co-accusés.

La vengeance pour mobile ?

Rémi Chesne aurait ainsi voulu se venger, plusieurs années après avoir découvert l'existence d'une brève liaison entre sa propre épouse et Patrick Isoird. Une épouse décédée en 2009. Elle se serait suicidée, ce dont doute aujourd'hui sa famille. En juin 2017, le père de Nadège Chesne a d'ailleurs déposé plainte pour meurtre, suspectant son ex-gendre Rémi Chesne d'avoir mis en scène le suicide de sa fille. 
 

L'un nie, l'autre reconnaît son implication

Six ans après les faits, Rémi Chesne nie toujours farouchement toute implication. Mais Audrey Louvet, poursuivie pour "complicité d'assassinat", reconnaît sa participation, tout en affirmant ne pas avoir été mise au courant du sort funeste qui attendait Patrick Isoird selon son avocat, maître Gérard Christol :
 

Elle n’a jamais menti mais, au début, terrorisée, elle a fait des révélations à minima. Puis je l’ai convaincue de tout dire. [...] Elle n’avait aucune conscience de ce qui allait se passer. Or, pour qu’il y ait complicité, il faut qu’il y ait conscience de la volonté d’assassinat.
 

C'est à l’issue d’une reconstitution en 2017 qu'Audrey Louvet a reconnu avoir attiré Patrick Isoird sur une profondeur d'une cinquantaine de mètres dans la grotte, repérée selon elle au préalable avec Rémi Chesne.

Ecoutes téléphoniques et géolocalisation

Ce dernier aurait alors surgi armé et masqué et lui aurait intimé l’ordre de ligoter la victime, de lui dissimuler le visage et de le dépouiller de ses biens. Puis Patrick Isoird aurait été amené dans une cavité où son corps a été retrouvé. Selon maître Gérard Christol : "la géolocalisation montre que Rémi Chesne était aux abords de la grotte à l’heure du meurtre".

Des écoutes téléphoniques réalisées durant l'enquête prouveraient l’existence de liens entre les deux co-accusés et la victime.

Rémi Chesne est défendu par Luc Abratkiewicz et Franck Berton. Maîtres Gérard Christol et Eva Fournier sont les avocats d’Audrey Louvet. Le frère de Patrick Isoird est représenté par Jean-Marc Darrigade.

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