Procès des inondations meurtrières de Lamalou en 2014 : 2 ex-maires devant le tribunal à Béziers

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Écrit par Fabrice Dubault .

Deux anciens maires de Lamalou-les-Bains, dans l'Hérault, sont jugés à partir de ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Béziers. Ils comparaissent pour "homicides et blessures involontaires", près de 8 ans après des inondations dues à des pluies torrentielles qui ont fait quatre morts.

Après une longue bataille de procédure menée jusqu'à la Cour de cassation, Marcel Roques, maire centriste de Lamalou de 1989 à 2014 et Philippe Tailland, maire divers gauche depuis quelques mois à l'époque de la catastrophe, ont été définitivement renvoyés en correctionnelle, il y a tout juste un an.

Une décision prise après un appel du parquet de Béziers et un non-lieu général rendu par la magistrate en charge de l'instruction pour les 6 personnes mises en examen en 2016, pour blessures et homicides involontaires.

Deux employés de la station thermale et deux responsables municipaux ont eux bénéficié d'un non-lieu.

"Une crue centennale", fatalité météo ou défaut d'anticipation ? 

Cette nuit tragique, une crue centennale, selon l'experte météo venue témoigner à la barre, a noyé et ravagé Lamalou. 300 mm de pluie s'étaient abattus en 48 heures sur la commune. Mais ce qui a dévasté le terrain de camping municipal, c'est une vague puissante, elle a entrainé la mort de 4 curistes.

La vague a été causée par un embâcle constitué de branches et de troncs d'arbres qui a cédé sous la pression de l'eau.

Pour les parties civiles, certains défauts d'entretien, d'alerte et certaines négligences auraient pu être évités.

"On n'est pas dans la fatalité. On n'est pas en présence d'un avion qui s'écrase. Non. Ici, on est dans une série de défaillances coupables qui ont conduit au drame".

Pauline Manesse, avocate des victimes.

Toute la question est de savoir si ce phénomène était prévisible ou pas. La commune avait à l'époque décidé de se passer des services payant de l'entreprise Prédict de Montpellier, qui alerte en amont en cas de crue et/ou d'inondations.

"Le recours à cette société n'aurait rien changé. Il s'agit d'un tsunami météo dû à des éléments climatiques extrêmes et surtout à la soudaineté de l'événement. Donc, imprévisible" estime Frédéric Simon, avocat de Marcel Roques, l'ancien maire de Lamalou-les-Bains.

Mais cette "imprévisibilité" qui avait valu un non-lieu aux deux élus, dans un premier temps, n'a convaincu ni les 31 parties civiles qui cherchent toujours à comprendre 8 ans après les causes d'un tel drame, ni le Parquet de Béziers.

Un précédent en 1996 ?

Les deux anciens élus axent donc leur défense sur le caractère imprévisible de la crue et évoquent un cas de force majeure les exonérant de toute responsabilité.

"Durant ces trois jours, le tribunal va répondre à deux questions : ces faits-là étaient-ils prévisibles ? Et s'ils étaient prévisibles, tout a-t-il été fait dans les règles ?", a précisé la présidente du tribunal, Nadège Larochette.

Un ancien commandant de la brigade de gendarmerie de la commune voisine de Bédarieux est venu expliquer à la barre que le phénomène, quoi qu'en disent les deux anciens élus, avait au moins un précédent à Lamalou.
En 1996, ce gendarme avait pris la décision de faire évacuer le camping après avoir remarqué que l'Orb et un autre de ses affluents, la Marre, étaient en crue, tandis que le Bitoulet conservait un débit étonnement faible.

"J'ai craint qu'il n'y ait un obstacle plus haut, au-dessus de Lamalou, et j'ai fait partir tout le monde. Le lendemain, le camping était sous les eaux. Un barrage de débris avait effectivement cédé en amont, lâchant une grande quantité d'eau qui avait franchi le muret du camping", a-t-il témoigné.
Les deux anciens maires ont dit ne pas se souvenir avec précision de cet épisode.

Les 2 hommes ont encore 2 jours pour s'expliquer et lever ou non les doutes sur leurs responsabilités.

Des fautes, des manquements et des responsabilités...

En ordonnant le renvoi devant le tribunal des deux ex-maires, tous deux âgés de 73 ans aujourd'hui, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Montpellier a estimé que Philippe Tailland, qui ne s'est pas représenté aux Municipales de 2020, avait commis des "fautes caractérisées". La juridiction soulignait notamment "le défaut de déclenchement du plan de sauvegarde communal et d'évacuation du terrain de camping" alors que le département de l'Hérault avait été placé sous "vigilance orange" pour risque d'inondations par Météo France.

Quant à Marcel Roques, qui a dirigé la commune pendant 31 ans, s'il ne peut rien être retenu contre lui le jour des faits, car il n'était plus maire, il est accusé de divers manquements dans la période antérieure. On lui reproche notamment de ne pas avoir fait entretenir correctement le ruisseau ou d'avoir étendu jusqu'à l'automne la période d'ouverture du camping, gros pourvoyeur de revenus pour Lamalou, alors que les violents orages responsables de fortes pluies et d'inondations sont fréquents en automne, sur les hauteurs du Languedoc.

Une nuit de cauchemar au camping

Dans la nuit du 17 au 18 septembre 2014, une violente crue de la rivière Bitoulet, un affluent de l'Orb, a provoqué la mort d'un couple ainsi que d'une femme et de sa fille retrouvées décédées dans leur camping-car. Des touristes qui séjournaient au camping municipal de cette station thermale des Cévennes méridionales, à 35 kms au nord de Béziers, dans les Hauts-Cantons héraultais.

L'eau déferlant du Mont Espinouse (1.124 m) a provoqué de nombreux dégâts matériels et humains dans la commune de Lamalou.

REVOIR notre édition spéciale en direct de Lamalou au lendemain du drame.

Un camping en zone inondable

Installé en 1982, le camping municipal, qui surplombait d'environ trois mètres le cours d'eau, était dans une zone déclarée inondable en 1989, tout comme une résidence et des lotissements voisins.

La zone du drame avait en fait été signalée inondable en 1974, puis déclassée en 1982, date de la création du camping, pour à nouveau être déclarée inondable en 1989.

Les corps des 4 victimes décédées ont été découverts dans un amas de débris divers, végétation, arbres, caravanes et camping-cars, amoncelés contre le tablier d'une passerelle desservant un jardin japonais situé en aval du camping.

11 autres personnes ont été blessées. Toutes les victimes résidaient au camping.

Le procès doit durer trois jours, de mercredi à vendredi.

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