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Quelle sera la couleur politique de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées au lendemain des élections ?

La couleur politique des 13 départements de la future région à l'issue des départementales de 2015 / © Infographie B.Rieublanc
La couleur politique des 13 départements de la future région à l'issue des départementales de 2015 / © Infographie B.Rieublanc

Emmanuel Négrier, politologue et chercheur au CNRS de Montpellier propose une projection du scrutin régional réalisée à partir des résultats des départementales de 2015. La gauche l'emporterait avec 95 sièges à gauche. 32 conseillers régionaux siègeraient à droite et 31 pour le Front national.

Par Emmanuel Négrier

La méthode

Toute projection des résultats d’une élection sur une autre constitue un exercice périlleux, même s’il se fonde sur des données plus tangibles que celles des sondages. Nous nous sommes fondés sur le premier tour des élections départementales de 2015, car il représentait toutes les nuances qui devraient s’affronter en décembre à l’occasion des élections régionales. Le second tour, puisque 4 cantons avaient été pourvus dès le premier, et que bien des forces avaient été éliminées, n’était pas utilisable. Pour les élections régionales, nous devons tenir compte de deux particularités et de deux inconnues.

Première spécificité, le territoire. Une grande région, contrairement à un canton, ne permet pas facilement l’influence des notables sur l’électorat. Les candidats sont plus distants, et le poids des sortants, qu’on a souligné lors des élections départementales, est bien moindre. Ensuite, le mode de scrutin est différent, avec la possibilité pour une liste ayant obtenu 5% des voix, de fusionner avec une autre dépassant 10%. Le ticket d’accès au second tour est donc moins élevé. Le FN, par exemple, ne retrouvera pas la situation de duel où il a prospéré fin mars 2015. Et on a vu qu’en cas de triangulaire, le FN ne progressait pas entre les deux tours. Cet accès plus facile au second tour, ainsi que la possibilité de négocier une fusion, incite des listes de gauche ou de droite à « se compter au premier tour » avant de se rallier au meilleur niveau possible. Dans notre projection, c'est le cas d’une liste de type Front de Gauche alliée notamment aux Verts, rivale d’une liste socialiste et radicaux.

Les deux inconnues sont naturellement le taux de participation et la dynamique de campagne. L’abstention pourrait dépasser le score de mars 2015 (46% au premier tour, contre 50,27% au premier tour des élections régionales 2010). Mais entre mars et décembre 2015, beaucoup de choses sont intervenues, du côté des politiques gouvernementales de celui des principaux partis et du contexte général.
Une fois cette prudence exprimée, la projection des suffrages d’échelle départementale sur les prochaines régionales donne le résultat suivant, en cumulant ceux obtenus dans les départements par quatre forces principales : la gauche socialiste, divers gauche et apparentés ; la gauche Front de gauche + Europe Écologie Les Verts ; la droite et les divers droite ; l’extrême-droite.

 

Le rapport de force

Ce rapport de force tient compte de listes d’Union de la Gauche, qui par définition associaient plusieurs courants. Nous avons considéré ces listes dans le groupe « divers gauche », ce qui peut conduire à sous-représenter légèrement la gauche plus radicale ou les Verts, qui sont venus en soutien de tels binômes. Les faibles scores des listes « divers » ont été crédités à gauche, tandis que les binômes Modem, aux alliances variables, ont été placées à droite, ce qui a pour effet de neutraliser ces deux « inconnues ».
L’élection se joue d’abord à l’échelle régionale. Voici les quatre blocs dans leur rapport de forces sur cet espace à 13 départements, dans l’hypothèse où les deux grandes forces de gauche se maintiennent au second tour.

Le rapport entre droites et gauche à l’issue du 22 mars 2015
ListesNombre de voix%Sièges
Total PS DVG, PRG77181936,2%83
FDG, PC, EELV22124610,4%12
UMP DVD58435427,4%32
FN55751426,1%31
TOTAL2134933100 %158
Source : Emmanuelle Négrier avec données Ministère de l'Intérieur
Le rapport entre droite et gauche en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon à l’issue des élections départementales du 22 mars 2015 / © France 3 LR
Le rapport entre droite et gauche en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon à l’issue des élections départementales du 22 mars 2015 / © France 3 LR

La même projection donnerait 95 sièges à la gauche (40 pour la prime majoritaire + 55 dans la distribution des autres sièges) en cas de fusion entre les deux au second tour. La répartition des sièges est ensuite fonction du poids de chaque département dans le score total de la liste. Sans surprise, ce sont donc les départements de Haute-Garonne et de l’Hérault qui fournissent les plus gros contingents. Voici la répartition entre départements que donnerait le score du 22 mars projeté sur le 13 décembre prochain :

 

La répartition des sièges

Répartition théorique des sièges par forces politiques et départements
© E. Négrier et données Ministère Intérieur
© E. Négrier et données Ministère Intérieur

Les trois départements les plus peuplés (Haute-Garonne, Hérault et Gard) représentent déjà la moitié des sièges (80). Comme on le voit aussi, l’avance en sièges que permet la prime majoritaire est considérable. Elle donne l’illusion d’une avance très confortable à la gauche, même divisée en deux jusqu’au second tour.

Mais il convient d’être prudent. Une aggravation du contexte général, pour une élection qui subira une nationalisation semblable à celle que nous avons constatée pour les élections départementales, pourrait faire fondre cette avance.
Son amélioration pourrait avoir l’effet inverse. De même, le score d’une liste alternative se plaçant au centre du spectre - on pense bien sûr au positionnement de Philippe Saurel, que nous avons dans ces calculs intégré à une vaste gauche, dont il se réclame le plus souvent - pourrait écorner voire anéantir l’avantage à gauche si, à la dépression actuelle, la gauche ajoute les affres de la division. Cela contribuerait à placer le FN sur un piédestal que les électeurs ne lui accordent pas dans un affrontement majoritaire, ou à remettre en selle une liste Les Républicains pourtant si mal partie. Les jeux sont donc plus ouverts qu’il ne semble.

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