Bégaiement et éloquence : ils relèvent le défi de parler devant une foule d'inconnus malgré leur handicap

Pour la première fois à Montpellier, un concours d'éloquence voit s'affronter sept candidats confrontés au bégaiement. Ce samedi à partir de 14h, ils ont pour défi de parler devant un large public et prouver que l’on peut être bègue et éloquent.

Lutter contre ses émotions et maîtriser son bégaiement, c’est le combat de Youssef depuis toujours. À 37 ans, il prendra bientôt la parole devant un public pour la première fois de sa vie. Depuis six semaines, il s'entraîne avec son coach pour surmonter sa peur de parler devant des inconnus.

"Un peu stressant"

“Ce sera plus dur de parler devant 300 personnes, car j'ai moins peur de parler en famille, avec des amis ou des collègues, explique Youssef Benaboud. Je bégaie moins. Quand il y a un peu de monde, c’est un peu impressionnant d’avoir tout ce monde qui vous regarde et tout. C’est un peu stressant."

L'événement qui démarre à 14h ce samedi 24 février 2024 est un concours aux vertus thérapeutiques pour le candidat : cinq minutes devant une audience, sur un thème qui lui est cher, pour gagner en confiance en soi. “Mon sujet, c’est : faut-il lutter contre ses émotions ?, raconte Youssef. Et souvent les personnes bègues ont beaucoup d'émotions en elles. Le sujet me touche beaucoup !

"Une progression incroyable"

Un défi personnel davantage qu’un véritable concours : chaque candidat recevra un prix selon sa prestation mais aussi sa progression. “C’est vrai qu’au début, il avait une respiration qui se bloquait beaucoup et il avait du mal à réciter ces textes-là, se rappelle Guillaume Boyer, coach en éloquence qui accompagne les candidats. Il n'y avait pas d'expression, d'émotions. Et là aujourd'hui, j'ai l'impression de voir un acteur. Pour Youssef comme les autres, il y a eu vraiment une progression qui est incroyable !”

Le bégaiement touche 1% de la population. En France 600 000 personnes en sont atteintes. L'Association "Éloquence de la différence" lutte depuis 2019 pour normaliser ce “handicap”. Ce samedi au centre Rabelais de Montpellier, Youssef et six autres candidats doivent dépasser leur peur de prendre la parole en marchant dans les pas de grands orateurs eux aussi bègues, comme Winston Churchill ou Joe Biden.

Écrit avec Thomas Imbert.