Elections européennes : ces 4 informations à connaître sur la liste Parti socialiste-Place publique

La liste conduite par Raphaël Glucksmann talonne celle du camp présidentiel dans les sondages. Créditée de 13 à 15% des suffrages, elle reste largement en tête des intentions de vote à gauche, avec une ambition affichée : rassembler et offrir une 3e voie aux électeurs qui ne veulent plus choisir entre macronisme et mélenchonisme. En position éligible, on retrouve deux personnalités de la région.

En 2019, Raphaël Glucksmann avait évité le pire au Parti socialiste. Arrivée bonne dernière avec 6,19% des voix et six eurodéputés, dont l'Audois Eric Andrieu (qui ne se représente pas), la liste PS-Place publique permettait au parti à la rose de continuer à exister au sein du Parlement européen et sur la scène politique. Cinq ans plus tard, l'essayiste pourrait faire bien mieux, et se pose déjà en homme providentiel d'une gauche déçue de la Nupes et d'un macronisme qui semble avoir enterré le "en même temps".

La liste Parti socialiste-Place Publique version 2024 est créditée de 13 à 15% des intentions de vote dans les derniers sondages. Ce qui la placerait en troisième position derrière le Rassemblement national et Renaissance, loin devant les autres formations de gauche et écologistes. Son slogan : "Réveiller l'Europe", paraît désormais n'être que le premier pas d'une ambition plus grande et peut-être plus nationale. Sur France 2, Raphaël Gluscksmann a ainsi déclaré qu'il n'y aurait "pas de retour en arrière" après les élections européennes : "j'ai un cap extrêmement clair, je veux réveiller la gauche proeuropéenne et humaniste française".

La tête de liste : Raphaël Glucksmann

Né en 1979 à Boulogne-Billancourt, Raphaël Glucksmann est le fils du philosophe André Glucksmann. Après des études en classe préparatoire littéraire au prestigieux lycée Henri IV puis à Sciences Po Paris (où il fonde l'association Etudes sans frontières qui permet à neuf étudiants tchétchènes de venir se former en France), il devient journaliste au Soir d'Algérie, puis réalisateur de documentaires sur le génocide rwandais et la révolution orange ukrainienne. Au milieu des années 2010, il fait aussi un passage à France Inter comme chroniqueur et au Nouveau Magazine Littéraire en tant que directeur de la rédaction.

Entre-temps, Raphaël Glucksmann fait (déjà) un crochet par la politique, intervenant aux côtés du parti Alternative Libérale pour les législatives de 2006, avant de se retirer pour cause de "divergences avec [ses] convictions sociales".

Au début des années 2000, alors marié à la ministre de l'Intérieur géorgienne de l'époque (qui a la double nationalité ukrainienne), il devient conseiller officiel du président néolibéral de la Géorgie Mikheil Saakachvili. Le couple s'installe ensuite en Ukraine, où il participe au mouvement révolutionnaire Euromaïdan qui entend libérer le pays de l'influence russe et se rapprocher de l'Union Européenne.

Séparé de sa première épouse, il rentre en France. Opposé à l'idée de nationalisme, il appelle à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle de 2017 face à Marine Le Pen, après avoir soutenu le socialiste Benoît Hamon au premier tour.

En 2018, il fonde Place Publique avec notamment la militante écologiste Claire Nouvian et l'économiste Thomas Porcher. Leur ambition : unifier la gauche pour les élections européennes de 2019, en vain. Seuls le PS et Nouvelle Donne répondent à l'appel. Mais en l'absence de vote interne sur cette alliance, Claire Nouvian et Thomas Porcher quittent le jeune mouvement.

La liste de centre gauche passe la barre des 5% des suffrages nécessaires pour siéger et Raphaël Glucksmann est élu eurodéputé. Au Parlement européen, il est vice-président de la sous-commission des droits de l'Homme et membre de la commission des Affaires étrangères et de celle du Commerce international. Il défend une position atlantiste, tout en étant favorable à une défense commune européenne. Il doit une partie de sa notoriété à sa campagne sur les réseaux sociaux contre le génocide culturel des Ouïghours en Chine.

À 44 ans, c'est donc la deuxième fois que l'essayiste brigue un mandat européen. À Perpignan le 18 mai dernier, le candidat a désigné le Rassemblement National comme son principal adversaire dans la campagne.

Les principales propositions du PS-Place Publique

"Réveiller l'Europe" est le slogan de la liste Parti Socialiste-Place Publique, qui part du postulat qu'aujourd'hui, les 27 Etats membres sont trop dépendants du reste du monde militairement, économiquement et sur le plan énergétique. Le credo de Raphaël Glucksmann : retrouver de la souveraineté en redevenant producteurs et non plus seulement consommateurs de nos biens, de notre énergie et de notre sécurité.

Ce qu'on a vu pendant la pandémie, ce sentiment d'humiliation qu'on a tous ressenti quand on a vu qu'on était incapables de produire du Doliprane ou du curare en Europe pour nos hôpitaux, eh bien il faut s'en souvenir et bâtir de nouvelles politiques dessus ! Moi, ce que je veux, c'est que l'Europe redevienne un continent de producteurs.

Raphaël Glucksmann

L'Événement, France 2, 28 mai 2024

  • En matière économique, cela passe par un "Buy European Act", une loi qui réserverait la commande publique européenne en priorité aux entreprises qui fabriquent dans l'Union. Le programme prévoit aussi une réforme de la politique agricole commune (PAC) qui garantirait un revenu décent et protégerait les exploitants de la concurrence déloyale.
  • En matière écologique, il s'agirait de créer un fonds souverain européen qui investirait 200 milliards d'euros par an dans la transition. Pour ça, la liste prône une taxation des super profits des multinationales et des grandes fortunes européennes. Développer une "Europe du train", soutenir la pêche durable tout en protégeant les océans et accélérer le passage à l'agroécologie fait aussi partie des propositions.
  • En matière sociale, Raphaël Glucksmann veut mettre en place un "plan Marshall" du logement durable et abordable, réglementer l'activité d'AirBnb, réformer le marché européen de l'électricité pour faire baisser les factures et lutter contre la fracture sociale villes/campagnes en finançant au niveau européen le maintien et l'installation de services publics "lorsque les États s'effacent". Il voudrait aussi faire prévaloir, pour les femmes européennes, la législation la plus protectrice en vigueur dans les Etats membres, que ce soit en matière de lutte contre les violences, d'égalité salariale ou d'accès à la contraception et à l'IVG (qu'il veut inscrire dans la charte des Droits fondamentaux de l'UE).
  • En matière de défense, le programme promeut le lancement d'un fonds de 100 milliards d'euros pour l'industrie européenne de défense et l'augmentation de l'aide à l'Ukraine. Sur la scène mondiale, les candidats s'engagent à défendre les droits humains et les principes du droit international, qu'il s'agisse de l'Arménie, de Gaza, des Ouïghours ou des victimes de la répression en Iran.

Les candidats "locaux"

En position éligible, on retrouve deux candidates d'Occitanie. La Gardoise Chloé Ridel figure en 10e position. Âgée de 32 ans, cette jeune énarque a grandi à Lédenon. Elle est porte-parole du Parti socialiste et cofondatrice de l'Institut Rousseau, un laboratoire d'idées classé à gauche. Elle a présidé l'association "Mieux voter", qui milite en faveur de modes de scrutin innovants pour redynamiser la démocratie. Elle se définit comme "éco-socialiste" et féministe, et déclare : "je ne conçois pas l'écologie sans lutte contre les inégalités, sans reprise en main du marché, sans renouveau démocratique". Il y a deux ans, le magazine Objectif Gard dressait son portrait.

À la douzième place, on retrouve la Tarnaise Claire Fita, vice-présidente socialiste du Conseil régional d'Occitanie déléguée à la Culture pour tous, au patrimoine et aux langues régionales. À 47 ans, elle s'affirme "profondément ancrée dans le socialisme de Jaurès et dans [son] territoire du Tarn". Elle est soutenue par la présidente de la Région Carole Delga, qui voit en elle une élue expérimentée, incarnation de "la gauche du réel", capable de faire évoluer la réglementation européenne vers une Europe plus protectrice.

La dynamique

Longtemps porté par une vague ascendante, la liste "Réveiller l'Europe" semble se stabiliser autour de 13 à 15% des intentions de vote à quelques jours du scrutin. Mais l'écart se resserre avec la liste "Besoin d'Europe" de la majorité présidentielle, donnée autour de 16%. L'enjeu, dans la dernière ligne droite, sera pour Raphaël Glucksmann de maintenir sa dynamique pour tenter de coiffer Valérie Hayer sur le poteau, le RN, crédité de 32 à 34% des suffrages, paraissant désormais hors d'atteinte.

Au-delà du scrutin du 9 juin, le résultat pourrait redessiner les rapports de force à gauche au niveau national pour les prochaines échéances. La France insoumise ne s'y est pas trompée, pilonnant les prises de position de Raphaël Glucksmann à chaque occasion.

Retrouvez les 38 listes en lice pour le scrutin du 9 juin pour les élections européennes 2024 sur le site de France Info.

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