Enchère record pour un masque africain Fang du Gabon adjugé 4,2 millions d'euros à Montpellier

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C'était l'effervescence ce samedi à l'hôtel des ventes de Montpellier. Mis à prix à 500.000 euros, un masque Fang du XIXe siècle en bois appartenant à une société secrète du Gabon a finalement trouvé preneur à 4,2 millions. Frais compris, l'enchérisseur final va débourser 5,25 millions d'euros pour cette oeuvre.

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Il y avait 10 enchérisseurs pour acquérir un masque Fang du Gabon lors d'enchères à Montpellier, ce samedi après-midi.

Cette oeuvre d'art, datée au carbone 14, du XIXe siècle est un objet exceptionnel selon les experts en art africain. C'est désormais une pièce rare qui a battu un record de vente. Il n'y en aurait qu'une dizaine de ce genre au monde.

Ce masque de jugement qui servait à rendre la justice était dans le grenier d'une maison de l'Hérault depuis plus de 100 ans.

Les enchères ont duré moins de 10 minutes pour atteindre 4,2 millions d'euros. Le masque a été acheté par téléphone. La précédente vente record à Montpellier a été un tableau de Pierre Soulages, enlevé à 1,6 million d'€ en 2021.

L'oeuvre d'une société secrète

C'est un masque de la société secrète du Ngil du Gouverneur Fournier, il a pulvérisé son estimation de 300.000/400.000€ pour atteindre 5.250.000€ (soit 4,2 millions hors frais de vente). Il talonne de très près le record mondial pour un masque Fang détenu par celui de la collection Vérité vendu 5,75 millions d‘euros en juin 2006.

Ce masque sculpté à la fin du XIXe siècle, acquis au Gabon entre 1917 et 1918, a été rapporté par le gouverneur René-Victor Edward Maurice Fournier (1873-1931), et conservé dans la maison familiale depuis les années 20.

"La pureté de ses lignes et l’agencement de ses volumes lui confèrent un rang d’icône dans le corpus très restreint des masques de la société du Ngil. Il vient compléter la petite dizaine des autres spécimens de référence connus à travers les musées et les collections d’Occident" explique l'hôtel des ventes de Montpellier.

En effet, les rites traditionnels de justice coutumière de la société Ngil, qui parcourait les villages du Gabon pour débusquer les fauteurs de troubles, furent abandonnés dans les années 20, ce qui a mis un terme à la création des instruments de cette institution.

"C'est une oeuvre volée durant la colonisation"

Au moment de la vente, une délégation de Gabonais a interrompu les enchères. "Vous allez sortir vos chèques, alors que c'est un masque qui a été volé lors de la colonisation" lance l'un d'eux en pleine salle.

Selon eux, ce masque appartient au patrimoine culturel du Gabon, il n'a rien à faire dans une collection privé, hors d'Afrique.