Entretien. "Le glyphosate ? On n’est pas prêt malheureusement d’en sortir"

L’Union européenne vient d’autoriser l’utilisation du glyphosate pour 10 ans de plus. L’herbicide le plus contesté au monde est classé cancérogène probable par l’OMS. Il est aussi le plus vendu en Occitanie, plus grand vignoble de la planète. Thierry Arcier, paysan vigneron et membre de la Confédération paysanne de l’Hérault, a fait le choix du bio il y a une dizaine d’années.

Installé à Saint-Pargoire à l'ouest de Montpellier, Thierry Arcier a fait le choix d'une produciton biologique il y a environ dix ans.

France 3 Occitanie : comment réagissez-vous à la décision de la Commission européenne de prolonger l’usage du glyphosate pendant 10 ans ?

Elle n’est pas surprenante. Franchement, on s’y attendait. Quant à la position de la France qui s’est abstenue, qui ne dit mot consent ! Si on se retire, ça veut dire qu’on valide la chose.

L’effet d’annonce de 2017 d’Emmanuel Macron (il avait promis d’arrêter le glyphosate dans les trois ans, ndlr) est toujours sans résultat en 2023.

France 3 Occitanie : Dans son communiqué, la Commission européenne permet aux états qui le souhaitent d’arrêter le glyphosate. Vous y croyez pour la France ?

Nous serions surpris si la France prenait une décision à l’encontre de l’UE ! Mais c’est vrai, Il y a encore cet espoir.

On pourrait invoquer le principe de précaution, ne pas mettre la santé de chacun en danger à cause de l’eau contaminée. Et surtout celle des agriculteurs qui manipulent cet herbicide. Car ce n’est pas de la camomille ! Ce n’est pas pour rien si Monsanto a été condamné à verser 25 000 dollars à un utilisateur de Round Up aux États-Unis.

Mais le glyphosate n’est pas juste un problème d’agriculteurs.

Les paysans ont la charge morale d’être des empoisonneurs. Mais qui est le commanditaire en cas de meurtre ? Les industriels qui diffusent le poison, les politiques qui ne l’interdisent pas ?

Thierry Arcier, vigneron bio et membre de la Confédération paysanne de l'Hérault

France 3 Occitanie : y a-t-il aujourd’hui des alternatives pour les agriculteurs et viticulteurs de la région ?

Non, il n’existe pas d’alternatives chimiques dans les conditions économiques actuelles dans lesquelles se trouvent les agriculteurs.

Car ils sont en tension, ont de toutes petites récoltes et, dans le coin, ont le couteau sous la gorge.

Comment leur demander des efforts supplémentaires ? Le désherbage mécanique n’est pas toujours adapté. Et difficile de demander à des paysans déjà très âgés de travailler plus.

Pour ma part, j’ai économisé énormément sur les produits chimiques depuis que je suis passé en bio. Mais je m’en sors aussi parce que je valorise mon vin correctement, à cinq euros le litre. La moyenne pour les coopérateurs est plutôt à 50 centimes.

On ne sortira pas du glyphosate si on ne fait rien pour les revenus des paysans. Donc ce n’est pas aussi simple !

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