Gaz hilarant : à Montpellier, le maire interdit la vente et la consommation aux mineurs

Pour certains, l'inhalation du protoxyde d’azote est devenu un jeu qui peut s’avérer dangereux. Face à la hausse de la consommation du "gaz hilarant" à Montpellier, dans l’Hérault, le maire a décidé d’en interdire la vente et la consommation aux mineurs.

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Illustration. © Leyla Vidal / MAXPPP
Le gaz hilarant, fléau de la nouvelle génération ? En tous les cas, à Montpellier, ce phénomène a pris de l’ampleur en quelques années.
 
Il suffit de se promener dans les rues pour y apercevoir des petites cartouches grises, initialement utilisées dans le domaine de la santé, de l’industrie ou en tant que gaz propulseur pour siphon à crème chantilly.
 

L’euphorie à portée de main

Commercialisées en accès libre, les cartouches de protoxyde d’azote sont aujourd’hui utilisées à des fins récréatives, parfois associées à de l’alcool. Parmi les effets attendus par les consommateurs : euphorie, hilarité, distorsions auditives, visuelles ou encore des hallucinations. Cantonnés jusqu'alors à certains espaces festifs telles que les fêtes étudiantes, entre autres, l'utilisation du protoxyde d'azote se fait désormais dans l'espace public. "Le produit est très accessible" selon l'ANPAA (l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie). "Le "cracker" (tube à visser servant à percer les capsules) s’achète pour environ 5 à 10 euros, la plupart du temps sur internet. Les capsules achetées en grande surface reviennent quant à elles à moins d’un euro l’unité."

Dans un communiqué du 9 juillet 2020, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) affirme :

Les régions Hauts-de-France, Île-de-France et Occitanie sont les plus concernées.

"Ces dernières années, une augmentation du nombre d’intoxications, notamment chez les jeunes, a été enregistrée". En France, "entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019, 66 intoxications au protoxyde d’azote ont été enregistrées par les centres antipoison. Plus de la moitié des usagers avaient entre 20 et 25 ans."

Un jeu dangereux

Au CHU de Montpellier, l’addictologue Hélène Donnadieu Rigole a déjà rencontré de jeunes patients consommateurs.

Nous avons déjà accueilli plusieurs jeunes qui présentaient des complications liées à la consommation régulière et ancienne de protoxyde d’azote.

Mais quelles sont ces complications ? "Il y a des conséquences directes, comme le fait de se brûler en mettant la cartouche directement dans sa bouche ou bien des risques d’asphyxie, d’épilepsie et des troubles du rythme cardiaque."

A moyen et long termes, il peut y avoir des risques de dépendance même si cela reste rare. Cependant, il y a de vrais risques d’atteintes nerveuses puisque le fait d’inhaler du protoxyde d’azote provoque une carence en vitamine, et donc, des fourmillements des quatre membres avec de véritables paralysies.

A l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie d’Occitanie, le phénomène inquiète. L’ANPAA, qui procède à 19 000 consultations par an, mise sur les soins et la prévention.

Des consultations gratuites sont organisées et menées par des équipes spécialisées (psychologues ou encore éducateurs spécialisés) à Montpellier, Lodève et Gignac. Il est possible de joindre l'ANPAA au 04 99 77 10 77. "C’est une tendance qui augmente depuis 2017" constate la directrice Muriel Nivert-Boudou. "Nous procédons d’abord à la réduction des risques avant de passer aux soins."

Il faut éviter le mélange des produits : par exemple, il ne faut pas mélanger la prise de protoxyde d’azote à de l’alcool. Il ne faut pas non plus le prendre directement du siphon dans lequel est installée la cartouche. Et surtout : ne pas le consommer tous les jours.

"Les jeunes ne viennent pas en consultation au départ pour un problème d’addiction au protoxyde d’azote, ils viennent rencontrer un professionnel pour un autre produit addictif (alcool, cannabis, tabac). Lorsqu’ils en parlent, cette consommation est considérée comme annexe" ajoute Muriel Nivert-Boudou. L'ANPAA compte renforcer sa présence sur les réseaux sociaux afin de toucher le plus grand nombre de consommateurs et par le biais d'un nouveau dispositif : les Promeneurs du Net.

"Un enjeu de santé publique"

Michaël Delafosse, le maire de Montpellier, a récemment pris un arrêté interdisant "la consommation, la vente ou la cession gratuite aux mineurs de protoxyde d’azote, ainsi que la détention, l’utilisation, l’abandon et le dépôt des cartouches de protoxyde d’azote sur la voie publique."
 
"A Montpellier, nous voyons des cartouches partout dans les rues. Il faut savoir poser des limites" affirme Michaël Delafosse.

Toutes les études scientifiques prouvent que c’est un vrai danger pour les jeunes. C’est un enjeu de santé publique. Et ces cartouches consommées sur la voie publique et jetés à même le sol, sont autant de déchets qui polluent la ville et portent atteinte à l'environnement.

Aujourd’hui, le maire de Montpellier est allé à la rencontre de certains commerçants, afin de leur présenter l’arrêté interdisant la vente de ces cartouches de protoxyde d’azote aux mineurs. "Nous allons longuement communiquer sur le sujet et prévenir toutes les associations de commerçants." En cas de non-respect, le contrevenant risque une amende de 68 euros et 450 euros en cas de récidive.

Comme à Montpellier, dans l’Hérault, les maires de Palavas-les-Flots et Castelnau-le-Lez ont pris des arrêtés en ce sens : "insuffisant" pour Jean-Pierre Grand, sénateur Les Républicains.

Nous ne connaissons pas la solidité juridique de ces arrêtés. Nous préférons qu’ils soient renforcés par un texte de loi.

Les parlementaires s’impatientent

Face à l’évolution inquiétante de cette tendance, le Sénat a adopté une proposition de loi pour interdire la vente de ces cartouches de protoxyde d’azote aux mineurs. Cette loi doit encore être examinée à l’Assemblée Nationale. Le sénateur héraultais Jean-Pierre Grand, a demandé à ce que cette loi soit "rapidement examinée".

"Dans notre région, nous voyons beaucoup de désordres, trop souvent liés à l’inhalation de ce gaz. Il est dangereux également pour la santé. Il ne faut pas attendre des mois et des mois pour interdire la vente aux mineurs."
 



 
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