Montpellier : un centre d'hébergement d'urgence pour les SDF, face à l'hiver et à la crise sanitaire

Avec la crise sanitaire, de nombreux dispositifs d'aide aux personnes SDF sont saturés. Lors du premier confinement, un nouveau centre d'hébergement d'urgence a ouvert ses portes à Montpellier. Alors que l'hiver accentue la pénibilité de la vie à la rue, ses 90 places sont d'autant plus nécessaires.
Malgré les 3200 places d'hébergement existant dans l'Hérault, beaucoup de personnes SDF dorment dans la rue.
Malgré les 3200 places d'hébergement existant dans l'Hérault, beaucoup de personnes SDF dorment dans la rue. © Jean-Marc Lallemand / Maxppp
A Montpellier, le plus grand centre d'hébergement d'urgence du département a ouvert lors du premier confinement.
Aujourd'hui, alors que l'hiver s'installe, le centre ne désemplit pas. 

Après avoir passé huit ans dans un squat, Alexandre Alicandri peut enfin dormir au chaud, accompagné de sa chienne.
 

"Sans ce centre, je resterais dehors à faire la manche et à avoir froid. Là on a la douche, on a tout, on dort bien"

Alexandre Alicandri, sans domicile fixe depuis huit ans.


La possibilité d'accueillir les chiens est une caractéristique rare. Or, il est fréquent que des personnes sans domicile fixe renoncent à l'hébergement pour ne pas être séparées de leurs animaux.
 
Alexandre Alicandri et sa chienne Fifille ont pu s'installer à l'étage du centre réservé aux propriétaires de chiens.
Alexandre Alicandri et sa chienne Fifille ont pu s'installer à l'étage du centre réservé aux propriétaires de chiens. © FTV / Franck Detranchant

Les personnes isolées, hommes ou femmes, peuvent être accueillies, mais aussi des couples.  
Vacants depuis plusieurs années, les locaux de 2200 m² ont été réquisitionnés en avril par l'Etat afin d'y accueillir jusqu'à 90 personnes en situation de grande précarité.
 Après avoir appelé le 115, les personnes orientées vers ce centre bénéficient d'une chambre d'environ 12m² et d'une salle de bain individuelles. Des conditions d'une qualité rare. "Avoir des sanitaires et une chambre par personne, c'est proposer un accueil digne à des personnes qui, sinon, resteraient dans la rue", explique Thibault Fradet, chef de service dans l'association Gammes, qui gère le centre. Deux repas chauds par jour sont servis dans l'enceinte du centre.

Apporter confort et stabilité

Le confinement a isolé Gilles de ses amis et de sa famille, restés à Perpignan. Âgé de 48 ans, il trouve du répit et un peu de lien social dans ce centre.

C'est très important ce qui se passe ici. Ça me permet d'avoir un présent plus tranquille, pour me projeter vers l'avenir.

Gilles, 48 ans, sans domicile fixe

Gilles n'a encore aucune certitude sur sa destination à la sortie de l'hiver. La crise sanitaire limite la possibilité d'être hébergé par des proches et de changer quotidiennement d'endroits. "Cette situation crée beaucoup d'isolement... Quand on vit de l'entraide, ça devient très compliqué".
Les équipes de travailleurs sociaux sont mobilisées pour faire avancer chaque situation vers la réinsertion et la stabilité, mais les places manquent.
   

Des dispositifs saturés

Comme son nom l'indique, un centre d'hébergement d'urgence est supposé être une solution transitoire. "L'objectif est d'accompagner vers une autre solution de logement", rappelle Thibault Fradet. Or, 60% des personnes hébergées à l'heure actuelle sont arrivées lors du premier confinement. 
"La crise sanitaire fait que tous les autres dispositifs sont saturés", poursuit le travailleur social.
 

L'importance de ce centre, c'est de donner une solution d'hébergement aux personnes pendant cette attente qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Thibault Fradet, association Gammes

Dans un premier temps, le centre devait rester ouvert pour six mois. Face à la nécessité, les financements ont été reconduits pour six mois supplémentaires, jusqu'au 31 mars 2021. 

"Beaucoup de personnes se retrouvent sans aucune solution d'hébergement, même l'hiver", constate Thibault Fradet.
Dans l'Hérault, les 3200 places d'hébergement restent encore insuffisantes.
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