Montpellier : un syndicat d'enseignants dépose plainte contre Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education Nationale

Béziers - En avril dernier, un membre du personnel du lycée Jean-Moulin s’est pendu - novembre 2019 / © B. Bock FTV
Béziers - En avril dernier, un membre du personnel du lycée Jean-Moulin s’est pendu - novembre 2019 / © B. Bock FTV

Le Syndicat Action et Démocratie vient de déposer plainte contre Jean-Michel Blanquer face à la « souffrance chronique et croissante » de ceux qu'il représente. Il dénonce l'absence de suivi médical des enseignants. Dans l’Hérault, de nombreux cas témoignent d'une situation préoccupante.

Par C. Nowak et O. Le Creurer

"J'ai pensé au suicide, cela a été vraiment difficile." Victime d'un accident du travail, Denis Bonichot, enseignant à Frontignan (Hérault), s'est arrêté plus d'un an. Le Rectorat lui a demandé de reprendre son poste sans visite médicale comme l'impose la loi et contre l'avis d'un expert.

Absence de suivi médical


Cet absence de suivi médical a eu des conséquences dramatiques sur son quotidien. Victime d'un nouvel accident du travail après sa reprise, son employeur a décidé de le mettre en disponibilité avec perte de la moitié de son salaire. "Si, à la fin de mon premier accident, il y avait eu cette visite médicale de prévention qui aurait fait appliquer ce que l'expert mandaté par le Rectorat aviat dit, il n'y aurait jamais eu de problème."
 


Le décret du 9 mai 1995, relatif à la prévention médicale dans la fonction publique, stipule que les agents doivent faire l'objet d'une visite médicale auprès d'un médecin de prévention tous les cinq ans. Mais dans les faits cette obligation ne serait respectée que dans 3% des cas. 
 

Sentiment d'abandon

Dans l'Hérault de nombreux cas témoignent de ce mal-être et la détresse des professeurs. En avril dernier, un membre du personnel administratif du lycée Jean-Moulin de Béziers s’est pendu à quelques jours de la rentrée des classes. A Sète également, un professeur avait tenté de s’immoler par le feu en février dernier devant le collège Victor-Hugo. Ou à Agde, où une enseignante avait été menacée de mort par la grand-mère d'une élève.

Plainte pour non-respect de ses obligations en matière de prévention des risques et de suivi de la santé des agents


C'est face à cette recrudescence de situations alarmantes que le Syndicat d’enseignants "Action et Démocratie" vient de déposer plainte contre le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer devant la commission des requêtes de la Cour de Justice de la République pour "non-respect de ses obligations en matière de prévention des risques et de suivi de la santé des agents". En d'autres termes, il dénonce l'absence de suivi médical des enseignants. 

La plainte pointe du doigt la "recrudescence du nombre de maladies professionnelles et de suicides d’agents intervenus depuis la prise de fonction de Jean-Michel Blanquer" qui serait "directement imputable à la détérioration des conditions de travail, à la crise profonde qui frappe l’institution scolaire mais aussi à la négligence du ministre vis‐à‐vis de ses obligations".
 

Quand Monsieur Blanquer dit que la rentrée s'est bien passée et que vous regardez le nombre de suicides qu'il y a eu et les défaillances de sa propre administration, on se demande sur quels critères il se base pour dire cela, explique Gérard Lenfant, président académique Action et Démocratie.
 

1 médecin du travail pour 15.000 agents


Selon le syndicat, aucune mesure n'a été prise pour garantir la sécurité au travail. Il y aurait un manque considérable de médecins du travail, 1 pour 15 000 agents aujourd'hui.
Il s'appuie sur sur un rapport publié en 2014 : "Pour l’ensemble des 30 académies, il y avait 83 médecins de prévention pour 977.274 agents concernés, soit 1 médecin de prévention pour 15.104 agents. 5 académies n’avait pas de médecin de prévention : Besançon, Guyane, Limoges, Orléans-Tours et Reims (+ Mayotte)". Selon le syndicat, ces chiffres n'ont pas évolué en 2019.

Les collègues sont livrés à eux-mêmes. On aurait pu empêcher certains actes dramatiques de se produire, ajoute Gérard Lenfant


Gérard Lenfant ajoute, "les collègues sont livrés à eux-mêmes. On aurait pu empêcher certains actes dramatiques de se produire".

En mai dernier, après une série de suicides notamment à Béziers, le syndicat avait déjà porté plainte contre l'Etat.



 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus