Hérault : le coup de gueule du président de l'Union des Musulmans contre l'appel turc au boycott des produits français

Il représente les Musulmans de l'Hérault mais il est aussi chef d'entreprise. Abdelkader El Marraki voudrait que cesse ce boycott appelé par le président turc Erdogan car les Musulmans français en seraient les premières victimes. Et il refuse toute ingérence étrangère dans la politique française.

Mosquée de la Mosson, le quartier de Montpellier regroupant de nombreux franco-musulmans qui seront les premiers impactés par le boycott selon A. El Marraki.
Mosquée de la Mosson, le quartier de Montpellier regroupant de nombreux franco-musulmans qui seront les premiers impactés par le boycott selon A. El Marraki. © Max PPP/Guillaume Bonnefont
L'appel au boycott de produits français, lancé par le président turc, fait sortir le président de l'Union des Musulmans de l'Hérault de sa réserve.
Quelques actions isolées de boycott ont été recensées en ce début de semaine dans des supermarchés au Moyen-Orient, à la suite de la controverse liée aux propos du président Emmanuel Macron sur la liberté de caricaturer le prophète Mahomet. Concrètement, quelques produits français ont été retirés des rayons, notamment des fromages, des produits laitiers et de la charcuterie.
Malgré la réprobation internationale de son boycott, aujourd'hui Recep Tayyip Erdogan persiste et affirme : "nous ne les remettrons que lorsque Macron s'excusera",  même si ce boycott semble pour l'instant peu suivi dans le monde arabe.

En tant que Français musulman et chef d'entreprise qui exporte ses produits vers les pays arabes, je demande que cette campagne de boycott des produits français cesse immédiatement car ses conséquences immédiates vont frapper en premier des chefs d'entreprises et salariés dont beaucoup de musulmans font partie...

Abdelkader El Marraki, président de l'Union des Musulmans de l'Hérault

Abdelkader El Marraki, président de l'Union des musulmans de l'Hérault, inquiet de l'impact du boycott sur sa communauté.
Abdelkader El Marraki, président de l'Union des musulmans de l'Hérault, inquiet de l'impact du boycott sur sa communauté. © DR

Un boycott contre productif

Abdelkader El Marraki est le directeur général d'un laboratoire d'analyses médicales de Montpellier. Il s'inquiète déjà des relations commerciales avec sa succursale du Liban. Qui va trinquer suite à l'appel au boycott de produits français lancé hier par le président Erdogan et relayé dans le monde musulman ?
Au niveau local, les petites entreprises françaises travaillant en lien avec le Maroc, d'autres pays du Maghreb ou la Turquie vont être impactées. Pour le président de l'union des Musulmans de l'Hérault qui relaie l'inquiétude des membres de sa communauté, ce sont avant tout les entreprises françaises dont de nombreux cadres ou salariés sont musulmans qui paieront l'addition. Bref, un boycott contre productif car il ne touchera pas ceux qui pourraient être considérés comme les "responsables" de la polémique :
"Ces conséquences du boycott n'auront aucun effet sur les salaires des politiciens qui sont visés ni sur les décisions prises au nom de la France" ajoute Abdelkader El Marraki, persuadé que le boycott rate sa cible.

Le refus de toute ingérence étrangère

Pour le président de l'Union des Musulmans de l'Hérault, qui dit relayer la position nationale de son association, les solutions à la crise diplomatique, suite au discours d'Emmanuel Macron à propos des caricatures, ne peuvent être qu'internes.

Nous, citoyens français de confession musulmane, sommes capables de résoudre nos problèmes internes en discutant avec nos dirigeants dans la paix et pour la préservation de l'unité nationale de notre pays. Nous ne souhaitons aucune ingérence étrangère en France.

Abdelkader El Marraki

D'après lui, c'est par le dialogue au sein de la France avec toutes les composantes que le climat doit s'apaiser : "J'ai envie de dire à ceux appellent au boycott : Faites la démocratie chez vous, ne vous mêlez pas de la politique française"

Le malaise de la communauté musulmane face aux caricatures du prophète

"On va laisser passer la période de deuil national et rediscuter des caricatures, car ça nous touche tous" explique Abdelkader El Marraki.

Pour lui, il ne s'agit en aucun cas de cautionner l'acte barbare dont a été victime le professeur Samuel Paty, pas plus que les attentats précédents. Si le président de l'Union des Musulmans de l'Hérault s'est toujours montré solidaire de l'émotion suscitée dans sa communauté par la publication des caricatures de Charlie Hebdo, (On se souvient de sa participation à la manifestation contre ces caricatures qui avait rassemblé quelques 5.000 personnes à Montpellier), il explique l'avoir toujours fait dans la légalité, pacifiquement et en prônant le dialogue, profitant d'une liberté d'expression qu'il défend et qu'il a adopté en adoptant la France.

Je suis ici depuis 42 ans. On n'avait pas cette liberté là au Maroc. Aujourd'hui j'ai 57 ans et j'ai envie d'aider la France.

Les caricatures, ici projetées à Montpellier et Toulouse en hommage au professeur assassiné, au coeur de la polémique et du boycott turc.
Les caricatures, ici projetées à Montpellier et Toulouse en hommage au professeur assassiné, au coeur de la polémique et du boycott turc. © F3LR
Selon Abdelkader El Marraki, les caricatures, même si elles sont l'émanation de cette liberté d'expression, auraient un effet pervers : "Ça crée du fondamentalisme. De nombreux jeunes, peu pratiquants au départ, sont choqués et reviennent aux mosquées avec un discours dur"

"Il faudrait en parler sérieusement et éviter la surenchère politique" conclut le président de l'Union des Musulmans de l'Hérault. Il souhaiterait que les autorités s'appuient davantage sur les associations musulmanes qui sont partie prenante du vivre ensemble : "Aujourd'hui, personne ne nous fait confiance alors qu'on est les mieux placés pour alerter. Dans les quartiers, on connait tous les intégristes et les jeunes tentés de s'exprimer par la violence".

La population musulmane paie déjà un lourd tribu avec la crise sanitaire

Parce qu'il est en contact permanent avec la communauté franco-marocaine du quartier de La Mosson à Montpellier, et parce que son laboratoire est bien placé pour suivre l'évolution de la pandémie, Abdelkader El Marraki alerte sur le fardeau supplémentaire que représenteraient les conséquences économiques du boycott.
A. El Marraki dans son laboratoire d'analyses médicales à Montpellier
A. El Marraki dans son laboratoire d'analyses médicales à Montpellier © DR

Dans le quartier, c'est déjà la catastrophe. Il y a des clusters au sein de nombreuses familles qui ne peuvent pas s'isoler, ça explose.

Le Président de l'Union des Musulmans, très sensibilisé au Covid-19 par sa profession, n'a d'ailleurs pas hésité à fermer sa mosquée, celle de l'Union, dès que des cas positifs y ont été dépistés : "Je fais passer la vie des gens avant celle de la mosquée. On peut très bien prier chez soi en attendant que la pandémie se calme".
 
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