Violences conjugales et confinement : l'alerte dans les pharmacies de l'Hérault, "une bonne idée impossible à organiser"

Les pharmaciens sont déjà sur tous les fronts : accueil des malades, distribution des masques aux professionnels tout en protégeant leurs employés des risques de contamination. Comment trouver le temps de mettre en place un réseau d'alerte pour les victimes de violences conjugales? 

Enseigne de pharmacie - image d'illustration
Enseigne de pharmacie - image d'illustration © Richard Villalon / MaxPPP
Jeudi 26 mars, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a annoncé une augmentation de plus de 30% des violences conjugales en France en une semaine.
 
Le confinement aggrave la situation des femmes et des enfants maltraités, comme le craignaient les associations d’aide aux victimes.

Parmi les mesures annoncées par le gouvernement, pour lutter contre ces violences, la possibilité pour les victimes de lancer l’alerte dans les pharmacies.

Des pharmaciens sur tous les fronts

Avec près de 21 000 officines en France, ouvertes sans rendez-vous et presque tous les jours, le maillage territorial est dense. 

Ainsi, chaque jour en France, 4 millions de personnes se rendent chez un pharmacien (chiffres hors période de confinement).

Alors, cette idée d'être des relais d'alerte, les pharmaciens la comprennent et l'approuvent. Mais reconnaissent qu’elle nécessite une coordination importante avec les forces de l’ordre, impossible à mettre en œuvre en ce moment.

On nous a mis devant le fait accompli


« Une fois de plus, on nous a mis devant le fait accompli, sans nous donner de procédure à suivre », s’agace Frédéric Abécassis, le président du syndicat des pharmaciens de l'Hérault.

S’il comprend la nécessité de nouveaux mécanismes d’alerte, faciles d’accès pour les victimes en cette période de confinement, il regrette que les pharmaciens soient mis devant le fait accompli.

"Nous avons appris la nouvelle à la télévision comme tout le monde. Depuis nous n’avons reçu aucune indication supplémentaire sur des règles à suivre, des consignes de sécurité, un interlocuteur à privilégier. Rien."

Nous ferons comme toujours, nous serons à l’écoute des gens et nous appellerons le 17 s’il le faut.

"J’ai eu un coup de fil de la direction de la santé publique de la gendarmerie en Occitanie pour savoir ce que nous avions mis en place", poursuit le pharmacien qui exerce à Roujan, près de Béziers, "Rien de plus que d’habitude, comment le pourrions-nous ?"

Même constat à Sète. Dans son officine, Jean-Michel Ferrando décrit des journées longues et stressantes.

"Il y a tellement de choses à faire, on est sur le front en permanence, avec des règles qui changent et se contredisent parfois d’un jour à l’autre, notamment dans la distribution des masques aux professionnels de santé dont nous avons la charge pour l'Etat."

On ne peut pas arriver à gérer tous les fronts à la fois, et la police non plus, eux comme nous sont déjà en surcharge.

Et Jean-Michel Ferrando d’ajouter "si la situation se présenteon improvisera comme on a toujours fait".

La possibilité de donner l'alerte par l'intermédiaire d'une sortie à la pharmacie fonctionne comme le raconte cet article publié par FranceTVinfo le 28 mars, même s'il ne s'agit pas de la mise en place d'un réel dispositif en lien avec les forces de l'ordre. 

Le bon réflexe : les numéros d'urgence

  
En cette période de confinement, le 3919, le numéro d'alerte classique, fonctionne toujours, ainsi que le 114, pour l'envoi d'un sms d'urgence, pendant toute la durée du confinement, pour une alerte en toute discrétion. Le 17 doit être appelé en cas d'urgence.
 


Il est également possible de télécharger gratuitement un guide des femmes victimes de violence, rédigé par deux avocates, Céline Marcovici et My-Kim Yang-Paya, et mis à disposition par les éditions Alma.

Ce guide pratique est destiné à l'entourage ou aux personnes témoins de violences, qui voudraient venir en aide aux victimes.

Après l'alerte? 

Le HCE (haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes) a profité des annonces de la communication ministérielle pour rappeler qu'après l'alerte, il faut surtout mettre les victimes à l'abri du conjoint violent. 

"Dans le contexte du confinement, la seule mesure garantissant une mise en sécurité des femmes victimes de violences conjugales et de leurs enfants est l'éviction de l'agresseur", explique le HCE dans un communiqué. "Cette mesure permet d'abord que les victimes retrouvent leur sécurité au sein de leur lieu de vie. Elle permet aussi d'assurer le contrôle des déplacements des agresseurs compte tenu des règles du confinement."

 
Deux condamnations pour violences conjugales le 30 mars à Béziers:
Le 30 mars 2020, le tribunal correctionnel de Béziers a condamné deux hommes pour violences conjugales, ils ont été incarcérés à l'issue de l'audience :
- un homme de 43 ans, déjà condamné à plusieurs reprises, a été condamné à 18 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt auxquels se sont ajoutés 9 mois d'emprisonnement en révocation d'un précédent sursis, pour avoir commis des violences le 28 mars 2020 à Valras-Plage au préjudice de sa compagne. 
- un homme de 51 ans a été condamné à 12 mois d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans et maintien en détention pour avoir commis des violences sur sa compagne le 13 février 2020 à Béziers. Il n'avait jamais été condamné jusqu'alors. L'enquête diligentée par le commissariat de Béziers avait permis de lui reprocher également des violences commises sur la même compagne en 2017 et en 2019. 
Dans ces deux cas, les violences ont été commises dans le cadre de disputes fortement alcoolisées selon Raphaël Balland, procureur de la République à Béziers.
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