Confinement : ils ont commémoré le 8 mai 1945 en dressant le drapeau français pour les combattants, même ceux du virus

Des cérémonies de commémoration du 8 mai 1945 en mode restreint cette année pour cause de confinement face au coronavirus. A Poussan dans l’Hérault, un octogénaire a voulu à sa manière faire sa commémoration en lançant une initiative : dresser le drapeau français.
Roger Tognetti à 82 ans tenait à participer symboliquement aux commémorations du 8 mai 1945 en mode confinement : il a donné l'exemple en dressant le drapeau français dans son quartier.
Roger Tognetti à 82 ans tenait à participer symboliquement aux commémorations du 8 mai 1945 en mode confinement : il a donné l'exemple en dressant le drapeau français dans son quartier. © Philippe Sans/FTV France 3 Occitanie
C’est un 8 mai particulier que vivent ceux qui étaient habitués à se rendre aux commémorations traditionnelles de l’armistice de la deuxième Guerre mondiale et de la victoire des Forces Alliées sur l’Allemagne nazie : avec le confinement, les cérémonies et rassemblements sont encore interdits dans les cimetières. Alors à Poussan, petite commune héraultaise, un octogénaire a lancé l’idée de dresser les drapeaux tricolores dans les jardins.

Il est connu comme le loup blanc dans sa rue des Farigoules, mais aussi dans son quartier et dans sa commune héraultaise de Poussan, un peu plus de 6 000 habitants au nord du Bassin de Thau : René Tognetti a 82 ans, mais toutes ses jambes et sa verve.
  

« Mon deuxième confinement en quelque sorte ! »


Cet habitué des longues marches dans les collines de la Moure qui dominent la commune subit comme tant d’autres le confinement depuis le 17 mars. Il a dû réduire ses sorties : finis les 13 kilomètres du lundi matin qui contribuent à sa forme, remplacés par l’autre traditionnelle marche quotidienne de 2 à 5 kilomètres.

En juillet 1958, ce fils d’immigré italien est parti en Algérie, à Robertville, pour 28 mois d’armée :

Je n’ai eu que 3 semaines de permission. C’était dur tout ce temps sans voir ma fiancée restée en France. Aujourd’hui en quelque sorte, c’est mon deuxième confinement. Mais différent. 


Il a terminé avec le grade de Maréchal des logis, puis a été décoré d’une médaille de la Valeur militaire et de la Médaille militaire remise voici quatre ans jour pour jour, le 8 mai 2016. Un évènement immortalisé localement à l'époque :
  
Pourtant, il ne fait pas partie aujourd’hui d’une association d’Anciens Combattants, et se dit «pas du tout militariste».

Chaque 11 novembre et chaque 8 mai, il assiste malgré ce aux traditionnelles commémorations des armistices des Première et Deuxième Guerres mondiales.

 


Soutien aux soignants et à ceux qui combattent


Absent cette année de cimetière pour cause de confinement et d’interdiction de rassemblement, Roger Tognetti tenait cependant à commémorer à sa façon les 75 ans de la victoire des Alliés sur le nazisme :

Pour moi cela a une double signification : d’abord le soutien au corps médical qui se bat depuis deux mois, comme les casseroles que l’on tape le soir. Et puis le 8 mai, c’est une date importante : il y a des gens qui sont morts pendant la guerre pour faire ce que nous pouvons faire en ce moment !


Alors il a demandé à la mairie de relayer sa demande : que les habitants de Poussan dressent chez eux des drapeaux ce jour de commémoration. Une initiative suivie dans son quartier, un peu moins dans les autres quartiers : 

Moi je le fais, car être patriote en ce moment est important !


A quelques encablures de chez Roger, Jean Grangeon retraité lui aussi a suivi le mouvement :

Je le mettais déjà par habitude lors des fêtes nationales : le 1er et le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui cela a une signification particulière : comme si nous participions à une commémoration malgré le confinement, malgré les séparations imposées.

Jean Grangeon a lui aussi suivi la démarche de Roger Tognetti : il a dressé chez lui un drapeau français pour dépasser les distances autour d'une commémoration.
Jean Grangeon a lui aussi suivi la démarche de Roger Tognetti : il a dressé chez lui un drapeau français pour dépasser les distances autour d'une commémoration. © Philippe Sans/FTV France 3 Occitanie


Un regret : l’absence d’un défilé même restreint


Un regret cependant pour Roger Tognetti :

Que la municipalité n’ait pas pris trois musiciens pour, en respectant les mesures de distanciation sanitaire, défiler dans les rues. Pour que les gens aux balcons puissent aussi participer en quelque sorte. Ne serait-ce qu’en jouant « Le chant des partisans » cher aux résistants de l’époque et bien sûr « La Marseillaise ».

Sur sa page Facebook, Roger Tognetti a relayé pour sa part ce « Chant des partisans ». Et dès lundi 11 mai, l'octogénaire est prêt à se déconfiner en reprenant sa marche dans "ses" collines de la Moure.
 

Des cérémonies officielles réduites au strict minimum


Car seuls le maire, deux conseillers municipaux, un représentant des Anciens combattants locaux ont pu (restrictions du confinement obligent) déposer une gerbe ce 8 mai au matin au monument aux morts du cimetière de Poussan.
 
Une remise de gerbe commémorant le 8 mai 1945 effectuée en ce 8 mai 2020 par le maire de Poussan et un de ses adjoints, en comité restreint, dans le respect des consignes sanitaires contre le coronavirus.
Une remise de gerbe commémorant le 8 mai 1945 effectuée en ce 8 mai 2020 par le maire de Poussan et un de ses adjoints, en comité restreint, dans le respect des consignes sanitaires contre le coronavirus. © Philippe Péron - Service communication Ville de Poussan

Au départ, dans l’application stricte du confinement, aucune cérémonie de commémoration n’avait été autorisée par le gouvernement. Mais à la demande de l’Association des Maires de France, la position a été assouplie. Avec la possibilité pour les maires de déposer une gerbe en limitant le nombre de personnes présentes et représentatives, et en l’absence de tout public devant le Monument aux morts de la commune.
 
A Decazeville dans l’Aveyron, une commémoration de ce 8 mai 1945 en version restreinte aussi dans le respect des conditions de confinement et de protection sanitaire. Pour François Marty le maire sans étiquette, le regret d’absence de population mais le devoir de mémoire à perpétuer :

D’habitude vous avez les écoles, la lyre, les représentants des corps constitués…il y a quand même une centaine à deux cents personnes. Là, ça fait drôle ! Mais c’est une très belle chose de ne pas oublier tous ceux qui ont souffert pour notre liberté !

Une commémoration du 8 mai 1945 aussi restreinte à Decazeville (Aveyron) ce 8 mai 2020, bien loin des 100 à 200 personnes habituelles sans école et musiciens.
Une commémoration du 8 mai 1945 aussi restreinte à Decazeville (Aveyron) ce 8 mai 2020, bien loin des 100 à 200 personnes habituelles sans école et musiciens. © FTV/France 3 Occitanie


 
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