Réforme des retraites : les pêcheurs d'Occitanie bloquent le port de Sète

En cette nouvelle journée nationale d’actions contre la réforme des retraites, les pêcheurs et autres professionnels de la mer se mobilisent pour la première fois. Depuis 9 heure jeudi matin, venus de l’ensemble de la région Occitanie, ils bloquent le port de Sète.
 

Une dizaine de petits métiers de la pêche bloquent l'accès au port de Sète contre le projet de réforme des retraites - 9 janvier 2020
Une dizaine de petits métiers de la pêche bloquent l'accès au port de Sète contre le projet de réforme des retraites - 9 janvier 2020 © J. Mériot/FTV
Jusqu'alors les marins pêcheurs et autres professionnels de la mer n'avaient pas ouvertement rallié le mouvement entamé le 5 décembre dernier contre la réforme des retraites portée par le gouvernement du premier ministre Edouard Philippe et par le candidat Emmanuel Macron dans son programme de campagne présidentielle.

Après avoir entamé des négociations pour défendre la spécificité de leur régime, la profession des marins pêcheurs se met désormais à l'eau, vent debout contre cette réforme qui impacterait son régime spécial. Pour l'intersyndicale des marins pêcheurs de la région Occitanie : "la réforme des retraites et l’ensemble de ses conséquences sonnent comme le glas des pêches professionnelles maritimes."
Une dizaine de chalutiers est venue aussi en soutien renforcer l'action des petits métiers.
Une dizaine de chalutiers est venue aussi en soutien renforcer l'action des petits métiers. © J. Mériot/FTV

C'est l'ensemble de la profession qui se sent concernée, des petits métiers jusqu'aux patrons pêcheurs des chalutiers, ainsi que les conchyliculteurs. Ils rejoignent ainsi le mouvement national entamé voici cinq semaines, comme l'explique Manu Liberti.


Un régime spécial de retraite menacé

En ligne de mire, la refonte du régime spécial de l’ENIM pour les marins qui sera appliquée pour les entrants dans la carrière à partir de 2022. Et ce alors que la profession estime avoir fait d’importants efforts et concessions sur bien des domaines.

Si les discussions sont engagées pour définir un âge de pénibilité reconnu pour un départ autour des 55-57 ans, c’est surtout le montant des futures retraites qui pose problème.

Actuellement, les marins peuvent partir à 50 ans après 25 ans de cotisation ou à 52 ans et demi avec 37 ans et demi de cotisations.

Pour chaque année cotisée, ils s’assurent 2% du salaire forfaitaire annuel. Pour Manu Liberti représentant CGT au sein de l'intersyndicale, "Aujourd’hui les retraites moyennes sont de 900 à 1 000 euros pour un départ à 50 ans, 1300 à 1 500 € pour un départ à 55 ans.".
 

Avec la réforme, les jeunes qui démarreront demain toucheront à leur retraite, 25% de moins !


Des cotisations de plus en plus lourdes

Autre point négatif pour la profession, l’augmentation des cotisations sociales dont celles des retraites. Elles passeraient de 12,85 % actuellement à 28,12% avec la réforme. "Or la sociologie de notre profession ici en Occitanie notamment est celle d’entreprises uninominales, familiales ou artisanales", explique Manu Liberti.
 

De 4 000 € de cotisations sociales forfaitaires par marin (hors URSAAF), on passerait à 8 000 € ! Impossible pour nos trésoreries !

Une situation confirmée par Jean-Baptiste Gaubert, patron pêcheur venu lui ce matin manifester depuis Gruissan (Aude) :


Déjà que nos comptabilités sont justes, on ne pourra plus tenir. Ce sera la catastrophe et cela tuera le métier tout simplement!"
 


Des manifestations sont aussi attendues dans d’autres ports de la région, du Barcarès dans les Pyrénées-Orientales au Grau-du-Roi dans le Gard, en passant par Leucate et Port-La-Nouvelle dans l’Aude.

Ce jeudi aprés-midi, les représentants de la profession seront reçu en Préfecture, et tous comptent aussi sur les réunions nationales du 17 janvier où seront abordées aussi avec le gouvernement la spécificité de leur régime retraite.
Un blocus de l'Etang de Thau au port de Sète
Ce sont d’abord les petits métiers qui, après s’être rejoints à l’entrée du quartier typique de la Pointe-Courte côté Etang de Thau, ont remonté le canal royal vers la mer jusqu’à l’embouchure du port. Ils ont rejoint ensuite les autres pêcheurs de chalutiers mais aussi les conchyliculteurs pour bloquer alors le chenal au droit de la capitainerie jusqu’à 18h.

Cette action vise à gêner toute activité commerciale du port, tout en laissant libre passage pour les services du port. L’intersyndicale comprend la FFS Sète Môle, le syndicat des matelots affilié à la CFTC, le syndicats des petits métiers affilié CFDT, la CGT avec les branches matelots et patrons pêcheurs.
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