Coronavirus : les ventes de vin AOC Cahors s'effondrent avec la crise, les vignerons s'interrogent pour l'avenir

Dans le vignoble cadurcien, l’inquiétude grandit à mesure que les jours passent. Après 2 années marquées par des épisodes de gel destructeurs pour les vignes, en 2018 et 2019, la crise du Covid fragilise encore un peu plus l’équilibre financier des producteurs de l’appellation.
 

Le vignoble cadurcien durement touché par la crise du Covid
Le vignoble cadurcien durement touché par la crise du Covid © Eric Marlot
« La situation était déjà compliquée avant le Covid alors imaginez ce qu’elle peut être aujourd’hui après deux mois sans aucune vente ou presque »

Quand on demande à Caroline Cassot, présidente de la fédération des vignerons indépendants du Lot comment se porte l’AOC Cahors, elle n’y va pas par quatre chemins pour exprimer une inquiétude qui se fait chaque jour un peu plus profonde dans le vignoble.

Il faut dire que les viticulteurs de l’appellation n’ont pas été épargnés ces dernières années. En 2017 et en 2019, c’est le gel qui les a privés d’une grande partie de leur récolte. Quelques années plus tôt, certains avaient déjà été frappés par la grêle. Et maintenant, c’est le Coronavirus qui paralyse la quasi-totalité des circuits de vente habituels.
 
Pour les viticulteurs, les premières difficultés sont arrivées avec l’annulation de nombreux salons, et ce dès la mi-février, avant même le confinement.
Le 16 mars, quand le gouvernement annonce la fermeture des restaurants et des commerces, la filière perd une autre source de forts débouchés.
Les cavistes et les hôtels bars restaurants (HBR), gros clients, gèlent toutes leurs commandes.
 

Quant aux stocks en partance pour l’étranger, ils se retrouvent bloqués dans les chais.

Les seules ventes sur lesquelles les vignerons peuvent encore s’appuyer pour faire rentrer un peu d’argent dans les caisses sont celles des produits distribués en grande surface. Des vins d’entrée de gamme et des Bib (Bag in box) qui ne représentent qu’une faible part de la production, la majorité étant écoulée en bouteilles.



L’été sera chaud


Les vignerons le savent, les touristes aiment découvrir les vins locaux des lieux qu’ils visitent. La vente directe au domaine représente elle aussi un circuit de distribution à fort potentiel. Mais cette année, les choses pourraient bien être très différentes des autres années. Les contraintes sanitaires pourraient pousser certains vignerons qui ne pourront pas y répondre à fermer leur cave aux touristes. Pour les autres, beaucoup de questions restent sans réponse.

On ne sait pas si les touristes viendront. Et s’ils viennent, auront-ils les moyens d’acheter. Avec les pertes de salaire liées au chômage partiel, beaucoup de gens ont perdu de leur pouvoir d’achat.

s’interroge Caroline Cassot
 

Des craintes…


Pour les viticulteurs, la période est on ne peut plus délicate. Dans les vignobles, le relevage des vignes bat son plein. Un travail qui exige une main d’œuvre conséquente qu’il faudra payer à la fin du mois alors que les rentrées d’argent sont quasiment nulles. Depuis le début de la crise, les retards de paiement s’accumulent. Les revendeurs ayant été contraints de fermer leurs établissements, ils sont eux aussi à cours de trésorerie.

Dans certains domaines, la perte de chiffre d’affaires pourrait atteindre 80% et sera au bas mot 50% sur l’ensemble de la filière, estime la fédération des vignerons indépendants, alors que les charges elles restent fixes.

On n’a pas de visibilité sur l’avenir mais une chose est sûre, ce qui a été perdu ne sera pas rattrapé

Caroline Cassot - Présidente de la fédération des vignerons indépendants du Lot

Pour faire face, beaucoup envisagent d’avoir recours à un prêt garanti par l’État. Mais là encore, ce n’est pas la panacée estime Pascal Veyraerghe, président de l’UIVC (Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors)

Les prêts restent des prêts. La période la plus compliquée sera quand il faudra les rembourser, c’est-à-dire entre cet automne et le début de l’année prochaine


Pascal Verhaeghe - Président de l’UIVC (Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors)

   

… et des notes d’espoir


Malgré cela, les vignerons veulent garder le moral et quelques signes les y encouragent. Ainsi, depuis le déconfinement, les commandes à l’export, à l’arrêt depuis février, redémarrent doucement. C’est le cas notamment pour les expéditions vers la Chine et les Etats-Unis.

L’annonce de la réouverture des bars restaurants le 2 juin prochain est aussi une source de réconfort pour les viticulteurs, même s’ils savent que la relance sera lente et dépendra en grande partie des obligations sanitaires mises en place. Certaines pistes, comme la pose de paroi en plexiglass entre les clients pourrait dissuader certains d’aller au restaurant.

Plus étonnant, la dernière note d’espoir vient des faibles rendements induits par le gel de l’année passée. En effet, cela permet de ne pas avoir, comme dans d’autres régions, des surstocks importants. Les vignerons n’auront donc pas à brader leurs millésimes passés pour libérer des cuves à l’approche des prochaines vendanges. C’est la raison pour laquelle, l’appellation AOC Cahors n’a pas, comme d’autres appellations d’Occitanie, choisi d’adhérer au programme de distillation de crise. 

On craint quand même une baisse des prix, même légère, car beaucoup d’autres appellations ont des surstocks importants qu’elles vont devoir vendre, même en les bradant, et il faudra qu’on s’aligne.

Pascal Verhaeghe – Président de l’UIVC (Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors)



Danger pour demain ?


La filière viticole est depuis longtemps sur la corde raide. La baisse de la consommation sur le marché intérieur et la concurrence de vins étrangers (chiliens et argentins pour le Malbec) la soumettent à une forte tension.
Si 2020 restera comme une année particulière à cause des conséquences de la crise du Covid, elle devrait également rester dans les mémoires comme une année exceptionnelle en terme de production.

"La récolte s’annonce magnifique. Nous n’avons pas eu de gel. De la pluie juste ce qu’il faut et du soleil au moment de la floraison. Autant dire que, si nous n’avons pas d’orages d’été accompagnés de grêle comme on a déjà connu, le millésime 2020 sera remarquable. C’est le point positif à retenir", conclut Pascal Verhaeghe, comme pour conjurer le mauvais sort.
 

Un plan d’aide régional


Vendredi 29 mai, la Région présentera un plan de relance pour les entreprises de la filière viticole. Un plan d’envergure basé sur des aides directes pour les entreprises viticoles, en particulier pour la commercialisation et des actions collectives et de promotion. L’objectif affiché est de pérenniser les emplois mais aussi de favoriser le développement local des activités et d’impulser la reconquête des marchés en France comme à l'international.

Avec ce plan, la Région répond présente aux côtés des entreprises viticoles pour les protéger des impacts de la crise que nous traversons et permettre dès à présent la relance de l'activité sur tous les territoires

Carole Delga - Présidente de la Région Occitanie (PS)
 

Un enjeu majeur pour l’AOC Cahors et pour toute la filière viticole en Occitanie.

Si la filière est la 2ème source d’excédent dans la balance commerciale après l’aéronautique au niveau national, l’Occitanie est la première région viticole de France et le 1er vignoble mondial pour les vins sous signe de qualité (IGP et AOP) avec 90 vins sous appellation pour 273 000 hectares de vignes.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
viticulture agriculture économie coronavirus santé société
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter