Laxisme, lenteur, sans moyens : le procureur de la République du Lot passe au crible les idées reçues sur la justice

Dans son nouvel ouvrage "50 idées reçues sur la justice", Alexandre Rossi, procureur de la République du Lot, passe en revue les clichés sur le système judiciaire français. Il nuance ce qu'il considère comme des préjugés.

Alexandre Rossi, procureur du Lot, a sorti son deuxième livre dans lequel il passe au crible "50 idées reçues sur la justice". Jugée laxiste, lente, sans moyen, la justice en prend souvent pour son grade. Dans cet ouvrage, le magistrat nuance ces différents a priori.

La justice au sens large

"Qui mieux qu’un magistrat pour parler de justice". Alexandra Rossi, procureur de la République à Cahors depuis janvier 2022, s’est lancé un nouveau défi. Passer au crible cinquante idées reçues sur la justice qui courent dans notre société. "Il y a des a priori, et moi j’apporte des nuances. J’en profite aussi pour expliquer certaines procédures, vulgariser la justice dans son ensemble". Un ouvrage qui offre un regard critique sur le système judiciaire français, en pointant ses forces et ses faiblesses.

Magistrat depuis une quinzaine d’années, il a déjà publié un premier ouvrage "Chronique d’un procureur de la République". Au cours du premier confinement, il décide de prendre les préjugés les plus ancrés dans notre société et de les nuancer. "Cette fois, le spectre est plus large et concerne l’institution dans son ensemble, explique le procureur. Il y a aussi ce qui se dit dans les médias et sur les réseaux sociaux où la vision est souvent grossie, erronée et infondée, sans aucune forme de contradictoire".

Ni laxiste, ni sévère

Parmi les clichés qu’Alexandre Rossi déconstruit, le laxisme judiciaire. "Les prisons françaises sont les plus remplies et l’Hexagone est le premier pays d’Europe avec le plus de peines de prison ferme donc je ne suis pas sûr que la justice soit laxiste, insiste le magistrat. Les Français veulent une justice sévère, mais elle doit simplement être juste." Pour cette idée reçue sur le laxisme, le magistrat attribue un pourcentage de vérité de 50-50. "Elle n’est ni laxiste, ni trop sévère. La question qui se pose, c’est est-ce la justice qui est trop laxiste ou la loi ? Car le magistrat ne fait qu’appliquer la loi."

La lenteur de la justice n’est évidemment pas épargnée. "Oui, la justice est lente. Mais cette lenteur permet d’être sûr, d’avoir du contradictoire, des preuves. Elle permet aussi de dépassionner les débats et de se pencher sur la personnalité du prévenu." Pour autant, elle signe aussi le manque de moyens dont souffre le système judiciaire français. "On réclame plus de moyens, plus de magistrats, d’avocats, de juges. Nous avons le même nombre de magistrats qu’au 19ème siècle. Mais ce n’est pas facile d’ouvrir la voie à un recrutement massif". Ce manque de moyens, Alexandre Rossi l’aborde dans plusieurs billets de son livre.

Manque de confiance

Pour autant, le procureur de Cahors ne dépeint pas un tableau sombre du système judiciaire français. "Je suis plutôt positif, il a ses faiblesses mais aussi ses forces", déclare-t-il. Pour accompagner chacun des clichés qu’il démembre, des exemples de célèbres procès viennent illustrer ses propos, comme celui de Sarah Halimi ou de Jacqueline Sauvage, ou encore comme les affaires Balkany, Sarkozy ou Fillon.

Ce qui frappe Alexandre Rossi ces dernières années, c’est le "justice bashing". "Cela me parait excessif, mais si on prenait davantage le temps de communiquer, l’image de la justice serait sûrement plus positive", justifie le procureur. Cette confiance, qui n’est plus envers la justice française, peut se voir réparer grâce à la "loi confiance ", qui autorise les procès à être filmés.

"Caméra ou pas, les audiences se passeront toujours pareil, sachant qu’elles sont déjà publiques. Ce n’est pas une caméra qui rendra un juge irréprochable, si tant est qu’il ne l’est pas. Mais cela va permettre de montrer la justice telle qu’elle est, montrer que le parquet ne traite pas que des gros faits divers ou des histoires graveleuses. C’est l’aspect positif de la loi", se réjouit le procureur de Cahors. Mais cela ne sera certainement pas suffisant pour regagner la confiance des Français.