Lot : Railcoop, la coopérative qui veut redonner vie aux lignes ferroviaires délaissées par la SNCF

Relancer des liaisons ferroviaires abandonnées par la SNCF parce que non rentables. Faut-il être fou ou visionnaire pour se lancer dans une telle aventure ? C’est le challenge qu’entend relever Railcoop en remettant sur les rails la ligne directe Lyon-Bordeaux interrompue depuis 2012.
 
Gare de Bordeaux
Gare de Bordeaux © PQR/MAXPPP
Le pari de Railcoop : aller là où la SNCF ne va plus. La coopérative, installée à Cajarc dans le Lot, espère transporter ses premiers voyageurs sur la ligne Lyon-Bordeaux en 2022 avant de développer d’autres liaisons province-province, sans détour par Paris : Toulouse-Rennes et Lyon-Thionville.

Devenir un acteur de l’offre ferroviaire

Créée fin 2019, Railcoop, qui réunit des acteurs du secteur ferroviaire, de la transition écologique ou de l’énergie, fait figure de Petit Poucet dans la course à l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire. Pourtant, face à la RATP ou à Transdev, la coopérative lotoise entend bien se faire une place dans le transport fret comme dans le transport de voyageurs. Elle vient d’ailleurs de notifier à l’Autorité de Régulation des Transports son intention de rouvrir la ligne directe entre Lyon et Bordeaux, abandonnée par la SNCF depuis presque une décennie. Aujourd’hui, pour se rendre de Lyon à Bordeaux, il faut passer par Paris avec un changement entre la gare de Lyon et la gare Montparnasse.  

Railcoop s’est fixé comme objectif d’assurer 6 liaisons quotidiennes entre la capitale des Gaules et la capitale girondine dès l’été 2022. Un trajet de 6h47 qui desservira notamment les gares de Roanne, Montluçon, Limoges et Périgueux.

Pour Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée, l’objectif premier n’est pas la rentabilité mais en offrant une alternative à la voiture avec des aménagements et des services de qualité, elle est convaincue de la réussite du projet.
 

Nous visons une clientèle familiale et touristique qui prend habituellement la voiture. Pour cela, nous prévoyons de grands espaces pour les bagages volumineux comme les planches de surf, les skis ou les poussettes. Et nous n’oublions pas non plus les actifs avec l’aménagement d’un espace « Affaire » isolé avec connexion wifi dans chacune de nos rames.

Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée de Railcoop

La route est encore longue

Avant de pouvoir faire circuler ses premiers trains, Railcoop va devoir obtenir du ministère des transports une licence et un certificat de sécurité d’entreprise ferroviaire indispensable pour transporter des voyageurs. Or, pour obtenir la licence, il lui faut avoir un capital social d’un million et demi d’euros alors qu’il est aujourd’hui de 500.000 euros. La coopérative va donc devoir lever des fonds avant de déposer sa demande de licence, d’autant que l’entreprise estime à 5 millions d’euros les besoins financiers pour mener à bien le projet. Pour Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée, l’enjeu est de mobiliser les collectivités locales et les entreprises pour qu’elles deviennent sociétaires. Car aujourd’hui, les 1500 sociétaires sont quasi exclusivement des personnes physiques.
 

Notre gros enjeu pour les mois à venir est d’augmenter rapidement notre capital social. Cela nous permettra d’avoir plus de poids pour négocier la location ou le crédit-bail pour les 14 rames que nous envisageons de mettre en service

Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée de Railcoop





Railcoop projette de mettre sur les rails 14 rames Régiolis fabriquées par le géant ferroviaire Alstom. 6 seront dédiées à la ligne Lyon- Bordeaux, 3 à la liaison Toulouse-Rennes et 3 au trafic entre Lyon et Thionville.
 

Une rame Régiolis dans les usines Alstom
Une rame Régiolis dans les usines Alstom © PQR/MAXPPP

Avant même de mettre sur les rails la ligne Lyon-Bordeaux, Railcoop espère faire rouler des trains de marchandise entre la zone industrielle de Figeac dans le Lot et Toulouse dès l’année prochaine. "On transportera par rail des gravats ou du matériel métallique, explique Alexandra Debaisieux. On ne fera pas l'économie totale de la route, mais on cherche un modèle coopératif avec les collectivités locales

La coopérative se projette également sur le long terme avec pour intention d’exploiter des trains de nuit à l’horizon 2024.
 
SCIC, un statut à part
Railcoop a le statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) Ce statut lui impose de réinvestir au minimum 57,5% des bénéfices dans l’entreprise dont tout un chacun peut devenir sociétaire en acquérant une ou plusieurs parts sociales dont la valeur nominale est fixée par les statuts. Chaque sociétaire, qu’il ait une ou plusieurs parts compte pour une voix en assemblée générale.
 
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