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Le premier camp d'internement pour étrangers a été créé à Rieucros en Lozère il y a 80 ans

Le camp de Rieucros près de Mende est très vite devenue un camp d'internement pour femmes, jugées "indésirables" par le régime de Vichy / © F3 LR
Le camp de Rieucros près de Mende est très vite devenue un camp d'internement pour femmes, jugées "indésirables" par le régime de Vichy / © F3 LR

Le premier centre d’internement pour étrangers en France a été créé à Mende en Lozère en 1939. Anti-fascistes allemands, Républicains espagnols et membres des Brigades internationales y sont enfermés. Il devient très vite réservé aux femmes. Et fermera ses tristes portes en 1942.

Par Carine Alazet

Créé par décret le 21 janvier 1939, le camp de Rieucros a pour but d'interner les "indésirables" qui ne sont pas de nationalité française : anti-fascistes allemands, républicains espagnols et membres des Brigades internationales par exemple.

En novembre 1939, ce camp d'internement devient réservé aux femmes, plus particulièrement aux Espagnoles.

Le 13 février 1942, il ferme ses portes.

De cette triste période, il ne reste presque rien sur place, au milieu des bois : une stèle et un profil sculpté dans la roche. 

Ici, en bas d'une pente boisée, 17 baraquements en bois ont abrité jusqu'à 600 femmes durant la Seconde Guerre Mondiale. 

Pour Sandrine Peyrac, la présidente de l'association pour le souvenir du camp de Rieucros, c'est sans doute l'un des plus grands camps français : il s'étendait à l'époque sur 30 hectares. 

C'est un camp très très étendu et par exemple le camp où ensuite iront les internés de Rieucros ne faisait que deux hectares, donc elles avaient beaucoup d'espace (...) les baraquements étaient installés en bas, dans la partie à peu près plate qu'on pouvait avoir à l'intérieur du camp.

Pendant 3 ans, de janvier 1939 à février 1942, la vie suit son cours au camp de Rieucros.

Les femmes y élèvent leurs enfants dans la rudesse des hivers lozériens, luttant contre les pénuries de nourriture.  

27 nationalités se côtoient : indésirables étrangères, militantes communistes, mais aussi internées pour des faits de droits communs ou d'atteinte à la moralité, les motifs d'enfermement sont aussi aussi variés qu'arbitraires.

C'est le résultat de décrets-lois, mis en place en 1938, et largement utilisés ensuite par le régime de Vichy, comme l'explique Yannick Pepin, du service éducatif des archives départementales de Lozère.  

Ces femmes sont victimes des décrets-lois de 1938 qui permettaient l'assignation à résidence administrative par le préfet. Et le préfet n'avait pas forcément besoin d'avoir un jugement ou d'avoir une preuve. Il lui suffisait de considérer qu'une personne était considérée comme potentiellement dangereuse.

Ce camp était l'un des seuls exclusivement dédié aux femmes en France. 

77 ans après sa fermeture, 80 ans après sa création, l'association pour le souvenir du camp de Rieucros milite pour que cette partie de l'histoire ne tombe pas dans l'oubli, malgré l'absence de vestiges.

Tous les baraquements ont été démontés lorsque le camp a été déplacé.

Pour Sandrine Peyrac, la présidente de l'association, c'est la preuve aussi que cette partie peu glorieuse de l'histoire de France est encore mal assumée.

C'est une mémoire gênante mais aussi c'est très compliqué d'expliquer pourquoi en France, il y avait 200 camps d'internement pendant la seconde guerre mondiale en zone libre. Et donc tout ça rentre difficilement encore dans une explication de ce qu'a été le gouvernement de Vichy à cette période là.


Un gouvernement de Vichy qui livre sans hésiter des internées de Rieucros à l'occupant nazies : des Allemandes opposées au régime et des juives, une trentaine sera déportée à Auschwitz. Aucune n'en reviendra.

Le reportage d'Ophélie Le Piver et Yannick Le Teurnier



 

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