Meurtre de Patricia Bouchon : l’accusé Laurent Dejean, une personnalité borderline proche de la folie

Le procès en appel de Laurent Dejean se tient devant la cour d’assises du Tarn depuis le 28 juin. Il est jugé pour le meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc en février 2011. Il a toujours nié les faits. La cour a entendu les experts psychiatre et psychologue.
Juillet 2021. Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Il est jugé en appel pour le meurtre de Patricia Bouchon en février 2011.
Juillet 2021. Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Il est jugé en appel pour le meurtre de Patricia Bouchon en février 2011. © Vincent Desplanche pour FTV

Qui est Laurent Dejean ? Souffre-t-il de schizophrénie ? Et depuis combien de temps ?
Jugé pour le meurtre de Patricia Bouchon en février 2011 à Bouloc, cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans a souvent eu un comportement étrange. Il a fait des déclarations qui ont paru suspectes. La cour d'assises du Tarn entendait ce jeudi des experts psychiatre et psychologue.

Des déclarations étranges

Depuis le début de son procès en appel, Laurent Dejean s’exprime très régulièrement. Le président de la cour d’assises du Tarn, Noël Picco l’invite à le faire à chaque fois qu’un témoin ou un expert est appelé à la barre. Il parle le plus souvent d’une voix forte, toujours très poliment. "Oui monsieur le président… " Il est très attentif à tout ce qui se dit.
Parfois, il tient des propos un peu étrange comme quand il dit qu’il a fait "le deuil de Patricia Bouchon". Mais il ne voit pas le problème quand on le lui fait remarquer. Il explique. Il dit qu’il est sensible et que la mort de Patricia Bouchon l’a choqué. Ses réponses sont parfois un peu à côté de la plaque comme si sa parole allait aussi vite que sa pensée. Il commence à répondre et ne s’arrête plus, donne des détails sur quelqu’un ou quelque chose que personne ne lui a demandé.

Laurent Dejean est placé depuis plus de 10 ans sous curatelle renforcée. Sa curatrice est venue à la barre devant la cour d’assises du Tarn. Elle s’occupe de lui depuis juin 2013. C’est une mesure de protection prise sur la base d’un certificat médical quand une personne ne peut pas défendre seule ses intérêts explique-t-elle.
"Mais Laurent Dejean conserve son autonomie de décision. Je suis juste là en soutien. Ce que je constate c’est qu’il est dans l’incapacité de s’organiser dans un objectif précis, de mener une action à son terme. Il a des difficultés pour maintenir son attention très longtemps. Je dois l’aider à se concentrer sinon il s’éparpille. Il est d’une nature inquiète presque craintive". Elle le décrit comme soucieux de bien faire, appliqué et coopératif. Et scrupuleux pour son traitement médical.

"Je suis très gentil depuis que je fais ma piqure"

L’enquêteur de personnalité a rencontré Laurent Dejean à la maison d’arrêt de Seysses en avril 2016. La vie carcérale se passe bien avec les co-détenus et les surveillants. Il a passé son enfance et son adolescence à Bouloc. Il reconnait avoir été très entouré par ses sœurs et son père avec qui il était très complice mais ce dernier meurt à l’âge de 63 ans. Laurent Dejean a 17 ans. J’ai perdu mes repères, il m’emmenait partout a dit l’accusé à l’enquêteur. Les rapports avec sa mère deviennent conflictuels car son père cédait souvent à ses caprices. Sa sœur explique en effet que Laurent pouvait se mettre très très en colère quand sa mère refusait de lui donner 10 euros. Il a arrêté sa scolarité à ce moment-là, à 17 ans. Il fait un apprentissage de boulanger mais ne s’entend pas avec son employeur il trouve qu’il fait trop d’heures de travail. Il devient miroitier mais cela ne l’intéresse pas. Il trouve un peu de boulot dans la taille de la vigne et puis il devient plaquiste en 2010. Il quitte son emploi en juillet 2011.

-Quel souvenir avez-vous de votre enfance lui demande le président ?
-Je ne suis jamais allé en vacances à la mer.
-Vous étiez choyé dans la famille ?
-Oui, mon père m’emmenait partout, me présentait à tout le monde. Il m’a appris la maçonnerie, la pêche.
-C’était quoi vos loisirs ?
-Aller à la pêche, aux champignons.
-Si vous deviez vous décrire ?
-Je suis très gentil naturellement. Je suis très gentil depuis que je fais ma piqure. Je suis allé voir mon père en soins intensifs et j’ai perdu mon père et ma mère était dépressive et je ne m’entendais pas du tout avec ma mère mais maintenant ça va. Je l’appelle tous les soirs.

Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Juillet 2021. Il nie toujours avoir tué Patricia Bouchon.
Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Juillet 2021. Il nie toujours avoir tué Patricia Bouchon. © Vincent Desplanche pour FTV

Une personnalité borderline à la frontière de la folie

L’expert psychiatre appelé à la barre ce jeudi évoque une personnalité borderline à la frontière des symptômes de la folie avec des signes de schizophrénie, un vécu hors de la réalité des autres. "C’est un sujet qui a un rapport faussé avec la réalité en raison de ses troubles psychologiques et de son fonctionnement mental". "Il dit, continue l’expert, qu’il n’a rien à voir avec la mort de cette personne. Je n’ai pas de sérum de vérité. Ce dont je suis sûr, c’est qu’un sujet qui a un vrai trouble mental revendique son acte. Ce qui est également certain, c’est qu’il a présenté sûrement avant les faits, une évolution du registre de la schizophrénie".

Interrogé sur les phrases étonnantes prononcées par l’accusé comme "j’ai fait le deuil de Patricia", l’expert explique : "ce sont des bizzareries de comportements de patients notamment les schizophrènes". Enfin, l’enquête sur le meurtre de Patricia Bouchon a pu être un facteur préoccupant pour lui. Il était angoissé par la mort depuis son enfance et son adolescence avec un père qu’il n’a connu que malade et qui est décédé quand il avait 17 ans.

Laurent Dejean est invité à s'exprimer à nouveau avant le début des plaidoiries. "Je voudrais dire aux jurés que je n'ai pas tué cette dame, ça m'a fait faire beaucoup de souci. C'est pas mon ADN, ce ne sont pas mes empreintes. J'ai psychoté."

-"La cour va peut-être vous laisser en prison" lui dit le président.
-"Mais je suis innocent".
-"Quand vous ressortirez de prison, qu'allez-vous faire ?"
-"Je continuerai à me soigner, je prendrai un petit appartement, je ne prendrai pas de cannabis et j'essayerai de m'en sortir parce que je n'ai eu que des échecs dans ma vie".

Les débats sont terminés. Ce jeudi après-midi, l'avocate générale prononcera son réquisitoire.

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