Mort de l'ours Cachou dans les Pyrénées espagnoles : le juge catalan refuse de révéler les résultats de l'autopsie

L'ours Cachou avait été capturé en mai 2019 pour l'équiper d'un collier GPS. C'est grâce à ce traçage que les Catalans se sont rendus compte qu'il ne bougeait plus, et l'ont retrouvé mort en avril 2020. / © Conselh Generau d'Aran
L'ours Cachou avait été capturé en mai 2019 pour l'équiper d'un collier GPS. C'est grâce à ce traçage que les Catalans se sont rendus compte qu'il ne bougeait plus, et l'ont retrouvé mort en avril 2020. / © Conselh Generau d'Aran

Le corps de l'ours Cachou (fils de Balou, introduit dans les Pyrénées en 2006) a été retrouvé le 9 avril dans le Val d'Aran, côté espagnol des Pyrénées. Le juge catalan en charge de l'affaire refuse de rendre publique l'autopsie du cadavre qui permettrait de comprendre les causes de sa mort.

Par Karen Cassuto

Qu'est-il arrivé à l'ours Cachou ? La question reste en suspens. A ce jour, on sait seulement qu'il a été retrouvé mort le 9 avril dans les montagnes de la commune de Les, en Val d'Aran, côté espagnol des Pyrénées.
 

Une découverte rendue possible grâce au collier GPS dont il était équipé pour suivre son comportement. Les données indiquaient que l'animal ne bougeait plus depuis plusieurs jours. Cachou avait 5 ans, son corps a été identifié par les agents ruraux catalans. Une autopsie a été réalisée mais Ivan Afonso, responsable Environnement au Conseil du Val d'Aran affirme : 

Je suppose que les résultats d'autopsie seront rendus publics quand le secret d'instruction décrété par le juge de Vielha sera levé.

Pour l'heure, impossible donc de savoir de quelle manière l'ours Cachou a perdu la vie.
 


Que cache ce secret d'instruction ?

La question de la réintroduction de l'ours des Pyrénées est au coeur d'une véritable bataille. Il y a d'un côté les personnes favorables à sa réintroduction pour protéger l'espèce, et de l'autre les éleveurs dont les bêtes sont parfois victimes de ce prédateur. Ces derniers espèrent que l'Etat prendra un jour la décision de retirer l'ours des montagnes pyrénéennes. Pour les pro-ours, la cohabitation entre l'animal et l'homme est possible. Les anti-ours pensent l'inverse. Chacun des deux "camps" interprète le secret d'instruction différemment. 

Pour Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'ours Adet, les Catalans ne cachent pas forcément quelque chose. "Mais ça laisse le doute planer" explique le défenseur de l'ours. Et de reprendre : "les hypothèses peuvent être très nombreuses et le problème est là. La nature humaine ayant horreur du vide, chacun est tenté de le combler avec ce qu’il espère ou ce qu’il craint". Alain Reynes ne retire aucune possibilité : Cachou pourrait avoir été empoisonné, tué par un autre animal ou même par balle. Pour lui, le secret d'instruction n'est pas forcément une mauvaise chose : 

Si c’est pour une meilleure qualité d’analyse et que cela garantit une procédure indépendante et impartiale alors on peut le comprendre et admettre que pendant une période limitée il y ait une discrétion assurée autour de cette affaire. Mais si les informations ne pas diffusées parce que le contenu est gênant, alors ça devient un problème. 

Oliver Maurin, co-président de l'ADDIP (Association pour le Développement Durable de l'Identité des Pyrénées) et éleveur de brebis, lui, penche plutôt pour l'hypothèse de l'empoisonnement. 
 


Des pilules vomitives ?

Olivier Maurin ne s'en cache pas, un ours en moins ne pose pas problème aux éleveurs, au contraire. Néanmoins il affirme que les éleveurs "ne se réjouissent jamais de la mort d'un animal qui n'avait rien demandé". Pour lui, la faute revient probablement à l'OFB (Office Français de la Biodiversité). Il explique avoir discuté des essais en cours pour favoriser la cohabitation entre l'ours et l'homme avec l'un des responsables de l'OFB.

Il m’avait cité l’exemple de pilules vomitives pour les ours afin de leur apprendre à ne pas attaquer. Je me suis dit que ça allait loin, précise l'éleveur. L'idée était de mettre un fongicide sur la carcasse d’une bête morte pour que ça fasse vomir l'ours.

Pour lui, c'est probablement de cette manière que Cachou est décédé. "S'il est mort suite à une bagarre avec un autre mâle, je ne vois pas pourquoi on le cacherait" remarque-t-il. Et si l'ours a été empoisonné, "ça en dit long sur le fait qu'ils ne trouvent pas de solution pour faire cohabiter pastoralisme, activité humaine et ours". Et d'ajouter : "ce ne serait pas la première fois que les services d'administration font des essais qui se soldent par la mort d'un ours."

Les tentatives de solution pour une cohabitation sont multiples. Une partie des éleveurs affirme que la situation est insoluble et souhaite le retrait de l'ours. Quand on demande au co-président de l'ADDIP si Cachou aurait pu être tué par un éleveur, sa réponse est ferme : 

Il y a beaucoup d’éleveurs qui n'en peuvent plus. Si on était en capacité de les éliminer ça serait fait depuis longtemps. Mais ce n'est pas possible car ce sont des animaux sauvages et le risque est trop grand. Et on a jamais autorisé les éleveurs à utiliser leurs armes. 

L’OFB affirme n'avoir aucun test chimique en cours, "on ne fait pas de test de poison sur les ours" déclare le service de communication.
 


Une espèce rare

"L’ours Cachou avait un intérêt particulier au sein de la population pyrénéenne car il a un patrimoine génétique différent des autres : c’est l’unique descendant du mâle Balou qu’on avait lâché en 2006", rapporte Alain Reynes. Quand le directeur de l'association Pays de l'ours Adet a appris la mort de Cachou, il a d'abord été surpris : "c'est un mâle qui a 5 ans, donc dans la pleine possession de ses moyens. Tout juste adulte, il pouvait participer à la reproduction et semblait en parfaite santé". Puis déçu :

Il constituait un espoir de part son patrimoine génétique original. Cela renforce la nécessité de lâcher des individus supplémentaires. 

Pays de l'ours Adet lutte pour "la restauration d'ours dans les Pyrénées et une bonne cohabitation avec les activités humaines".

Jusqu'au 22 mai, une consultation publique est ouverte par le ministère de la Transition écologique. Elle vise à demander aux Français leur avis à propos de la mise en place de mesures d'effarouchement de l'ours brun dans le Pyrénées pour prévenir les dommages sur les troupeaux. 
 

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