Procès de la “démembreuse“ de Toulouse : ”Vous avez sali la mémoire de votre victime”

© Luc Perillat/Drawmyevents
© Luc Perillat/Drawmyevents

Jeudi 24 octobre 2019, 4ème jour du procès de Sophie Masala, jugée pour le meurtre de Maryline Planche en mai 2016 à Toulouse, les avocats des parties civiles ont plaidé au nom de la victime, une personne "profondément bonne" dont l'accusée avait fait un "objet d'obsession".

Par Marie Martin

L'eau et le feu. Une victime appréciée de tous et une meurtrière qui ne connaît pas les limites. C'est en substance le fondement de la plaidoirie des parties civiles, ce jeudi 24 octobre 2019, 4ème jour du procès devant la cour d'assises de la Haute-Garonne de Sophie Masala, accusée d'avoir tué et démembré sa collègue Maryline Planche.

C'est maître Laurent Boguet, l'un des deux avocats de la famille Planche, qui ouvre le bal. "Il est des dossiers qui laissent plus de traces que d'autres. Celui-ci en laissera d'importantes. Dans ce que nous acceptons d'admettre, il y a des limites. Faire disparaître l'enveloppe charnelle de sa victime, ça pose question...".

Et de brosser le portrait de Sophie Masala. Un être d'une "totale duplicité", "rongé non pas par le remord mais par l'angoisse". Laurent Boguet compare l'accusée à Loki, le dieu scandinave de la discorde. Partout où elle passe, dit-il, elle soulève des problèmes.

Ni moi, ni maître Catala, ni la famille de la victime ne vous croyons, Madame

Et de rappeler aux jurés qu'il y a dans le box des accusés une femme chez qui les experts psychiatres ne décèlent aucune tare mentale et qui discerne parfaitement le bien du mal. Il rappelle que lors de sa première audition par la police, à son arrestation le 26 mai 2016, elle dit beaucoup de choses sur Maryline, l'état de son appartement qu'elle a vu en janvier 2016, les dossiers aperçus chez elle toujours en janvier, les avances amoureuses ou sexuelles que la victime avait pu lui faire. "Aujourd'hui, elle vous dit : "Les avances, vous oubliez, ce n'était pas vrai. L'appartement, vous oubliez, je ne l'avais pas vu en janvier. Et les photos des dossiers, je ne les ai pas prises en janvier". 

Maître Boguet n'y va pas par quatre chemins : pour lui, Sophie Masala a constitué ces éléments après les faits. Plus tôt dans la journée, il lui a demandé directement : "Est-ce que tout ça n'a pas des allures d'alibi, Madame ?".

Selon lui encore, Sophie Masala fait "vivre" Maryline après sa mort en envoyant des SMS à sa famille mais aussi à elle-même pour dire qu'elle n'est pour rien dans sa mort. Mais elle commet des erreurs, que l'avocat se charge d'énumérer. Notamment sur la base des analyses de son téléphone et de son ordinateur.

Vos ordinateur et téléphone vont vous démentir

Ce dont est convaincu maître Laurent Boguet, et la famille de Maryline Planche derrière lui, c'est que Sophie Masala a pris Maryline Planche pour cible parce que cette dernière avait ce qui lui manquait : la reconnaissance de ses pairs. "Elle va tout faire pour mettre Maryline Planche en difficulté". "Il y a une méthode chez elle. Il ne fait pas bon travailler avec elle. En gros, c'est : "Vous m'aimez ou vous devenez mon ennemi". Et je pèse mes mots", tonne l'avocat. 

Il invoque l'image de Maryline aux jurés : "Cette pauvre femme, je sais que vous la voyez. Son boulot, elle n'avait que ça. Elle, elle n'avait pas d'enfants à choyer. Mais pour l'accusée, c'est : "Elle, on l'aime trop. Et moi, on ne m'aime pas. Il y a un jeu de miroir".

L'avocat s'adresse directement  à Sophie Masala : "En fait, ce que vous lui reprochiez, c'était vos propres travers". 

L'hypothèse soutenue par la partie civile est limpide : Sophie Masala a volé des tickets restaurants (ce qu'elle reconnaît), elle risque de perdre son emploi et elle imagine que Maryline Planche peut lui sauver la mise. Elle se rend chez sa victime dans ce but mais échoue. Et imagine alors l'histoire des dossiers, des clés, etc. "Les mensonges, quand ils s'empilent, n'aboutissent pas à la vérité, Madame". 

Soudain, maître Laurent Boguet raconte à la cour avoir récemment défendu un mineur pour agression grave sur un professeur. L'enfant voulait cacher à son père qu'il n'avait pas rendu un devoir et avait donc écopé d'un zéro. Son père étant convoqué, l'enfant a agressé à l'arme blanche l'enseignant, celui-ci refusant d'annuler la mauvaise note. "Vous êtes cet enfant, Madame", dit-il à Sophie Masala...

 

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