Propagation de la Covid-19 : les syndicats de l’enseignement secondaire réprouvent la politique du gouvernement

Dans les collèges et lycées de l’Occitanie, la situation sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 se dégrade. Tous les voyants sont au rouge, les syndicats d’enseignants dénoncent le manque d’anticipation du ministère et l’absence d’un protocole cohérent.

Les syndicats d'enseignants dénoncent le manque d'anticipation du ministère et l'absence d'un protocole cohérent.
Les syndicats d'enseignants dénoncent le manque d'anticipation du ministère et l'absence d'un protocole cohérent. © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Depuis trois semaines la situation sanitaire dans les collèges et lycées de l’Occitanie se dégrade. La circulation du variant anglais domine et les taux d’incidence ne cessent d’augmenter chez les jeunes dans la tranche des O-19.

Le virus circule de plus en plus dans nos établissements, la situation est très fragile, nous sommes sur une pente très dangereuse, certains département ont des taux d’incidence de 400 cas pour 100 000 habitants. On a atteint la situation d'il y a trois semaines en Ile de France.

souligne Pierre Priouret, secrétaire académique du syndicat Snes-fsu, et la situation se tend davantage dans certains départements comme à Millau dans le sud Aveyron, où un lycée a fermé.

Côté enseignants, c’est l’incompréhension qui domine. Les syndicats dénoncent le manque d’anticipation du gouvernement et du ministère de l’éducation nationale qui est resté sourd aux nombreuses solutions proposées par le corps enseignant depuis le mois d’août. Des propositions pour faire face à la crise sanitaire afin d’éviter la fermeture des établissements. Ils demandent des mesures concrètes et un protocole cohérent et ferme, " des mesures pour arrêter les frais, il faut sortir du déni. Il y a des choses à faire, des mesures intermédiaires qui peuvent être appliquées entre le tout et le rien. Nous n’avons jamais souhaité la fermeture des écoles, on fait des propositions depuis six mois dans notre académie. On avait le temps de faire des choses, on a encore le temps, on est au pied du mur", rajoute Pierre Priouret.

Une situation sanitaire alarmante

Sylvain Lagarde est professeur de lettres au lycée Montaigne à Rodez. Secrétaire académique au Snes-fsu, il dresse le même constat alarmant que ses confrères. Dans le département de l’Aveyron la situation sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus se dégrade,

Depuis  trois semaines de nombreuses classes ferment dans le département, dans mon établissement toutes les classes de terminales générales ont fermé la semaine dernière, on peut parler de cluster.

Dans le département du Tarn, la situation est aussi très inquiétante, nous confie une enseignante du collège Jacques Durand à Puylaurens. "De nombreuses classes sont fermées dans le département, dans mon collège trois classes ont fermé la semaine dernière. Le virus circule activement, de nombreux élèves sont absents, les professeurs ne sont pas remplacés, l’enseignement est dégradé, les établissements ne fonctionnent pas normalement. Cette crise va laisser des traces", rajoute cette membre du bureau départemental du snes-fsu.

"Sur les réseaux sociaux, il ya une forme de mépris qui se répand vis-à-vis du travail des enseignants , ils passent pour des fainéants alors que cela fait un moment qu’ils alertent sur la situation".  

Un protocole sanitaire "bricolé et sans règle générale"

Les syndicats dénoncent les mesures trop aléatoires proposées par le ministère de l'éducation nationale, "du bricolage, aucune politique cohérente solide. Tout cela tient du miracle ; l’institution n’a pas pris la mesure de la situation. De nombreux lycées comme celui d’Olympe de Gouges à Montauban tournent à plein régime, il n’ y a pas eu la mise en place de demi-groupes alors que c’est une structure de plus de 1200 élèves. Il faut prendre des mesures fortes".

Pour le secrétaire académique du syndicat snes-fsu il faut renforcer le protocole sanitaire de façon globale en mettant en place les demi-groupes dans tous les établissements, en installant des capteurs de CO2, en réglant aussi le problème de la cantine  :

Il faut limiter les jauges et réaménager les emplois du temps, il vaut mieux réduire les heures de cours que de fermer les établissements. On le dit depuis la rentrée de septembre ! S'il y a des décisions à prendre en matière de prévention c’est maintenant qu’il faut les prendre, il faut que le ministère arrête d’être dans le déni et de s’en remettre à la chance, c’est un positionnement incompréhensible.

Les syndicats déplorent le remplacement mal assuré des enseignants, "le rectorat n’arrive pas à recruter, ce qui fragilise les élèves dans leur apprentissage" , constate le professeur de mathématique Pierre Priouret qui a du mal à comprendre pourquoi le corps enseignant n’a pas été en première ligne dans le cadre de la campagne de vaccination.

Pour Sylvain Lagarde, professeur de lettres au lycée Montaigne à Rodez , il y a eu trop de variables d' ajustement dans la mise en place des protocoles sanitaires selon les établissements.

"On demande une cohérence de territoire. Le ministre de l’éducation nationale, Michel Blanquer  demande aux chefs d'établissements de renforcer les mesures sanitaires,  si possible! Ce n’est pas sérieux, on appelle pas cela un protocole, on marche sur la tête. Même chose pour le dépistage, pas un élève n’a été testé depuis la rentrée de février, les tests sont réservés au premier degré. Dans toutes les entreprises, des mesures sanitaires strictes ont été mises en place pour protéger les salariés et permettre la continuité de l'activité, pour les collèges et les lycées on reste à 35 élèves dans la même pièce et cela ne pose un problème à personne!"

La professeure du collège Jacques Durand à Puylaurens dans le Tarn précise que malgré la bonne volonté des chefs d’établissement qui tentent de limiter la casse, fin mars aucune classe n’a évolué en demi-groupe. "L’épidémie progresse dans nos collèges, les cantines sont maintenues et certaines mesures ont été allégées comme l’autorisation de la pratique du sport dans les gymnases. Et puis il y a un relâchement des gestes barrières chez les jeunes, on peut les comprendre, ils sont nombreux en milieu rural à prendre le bus pour se rendre au collège et le port du masque est aléatoire".

Faut-il fermer les collèges et les lycées ?

Ce soir le président de la république Emmanuel Macron devrait faire des annonces. "

La fermeture des établissements n’est pas une bonne chose. Maintenant l’ouverture ne peut pas se faire à n’importe quel prix. L’annonce d’une fermeture serait une mauvaise nouvelle mais si on en est là, c’est de la responsabilité du ministre qui n’a jamais écouté nos demandes et propositions.

Sylvain Lagarde, secrétaire académique Snes-fsu- professeur au lycée Montaigne à Rodez

 

"Les annonces de ce soir sont faites sous la contrainte d’une situation qui aurait pu largement être anticipée. Il y a un décalage entre les actes et les paroles", rajoute Pierre Priouret.

Avancer les vacances scolaires, la solution ?

Les élèves en ont assez de cette situation, précise la professeure du collège de Puylaurens.

Avancer les vacances si l’on a pas le choix, oui ! Si on pouvait avoir une vraie interruption de quatre semaines et que l’on vaccine au maximum, cela permettrait de faire avancer les choses et de limiter la casse, c’est tout de même très inquiétant tout cela arrive tard. Et puis si il faut reprendre l’enseignement à distance, on est pas prêt en milieu rural et cela va creuser davantage des inégalités déjà présentes avant cette crise sanitaire.

Pour Pierre Priouret, enseignant au lycée Stéphane Hessel à Toulouse, "avancer les vacances, c’est un moyen de couper l’épidémie, c’est moins pire que de fermer les écoles, les collèges ou les lycées, on s’attendait à cette mesure aux vacances de février…"

La tension entre le ministère de l’éducation et les enseignants est très vive. Michel Blanquer est visé par une plainte "pour mise en danger de la vie d’autrui", déposée par le collectif d’enseignants "Les stylos rouges". Un collectif qui demande la fermeture des classes pour quelques semaines et qui regrette les mesures" molles"du gouvernement.

Sur le terrain la défiance envers le ministre de l’éducation nationale, Michel Blanquer s’est amplifiée avec la crise sanitaire "de façon profonde et définitive", rajoute Sylvain Lafarge.

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