"Ce drame n'a pas servi de leçon" : Fabien Bourgeonnier se confie dans un livre sur l'accident de Millas

Cinq ans après l'accident de Millas, dans lequel son fils a perdu la vie, Fabien Bourgeonnier publie un livre, "Loïc, ma vie, mon drame, mon combat" (éd. Alexandra de Saint-Prix). Il y raconte le cataclysme provoqué par ce drame, son combat pour la prévention et son ressenti suite au procès.

France 3 : Pourquoi avez-vous eu envie, voire besoin, d'écrire ce livre ?

Fabien Bourgeonnier : Depuis cinq ans, j'écris sur les réseaux sociaux, aux pouvoirs publics et de fil en aiguille, ce livre est venu parce que j'ai eu besoin de raconter mon histoire. J'ai eu besoin d'expliquer ce drame de l'intérieur, avec la vision d'un père, d'expliquer ce qu'il s'est passé pour nous et pourquoi il ne faut pas forcément écouter les réseaux sociaux. Au-delà du calvaire que nos enfants ont vécu, nous, les parents, on a aussi vécu un calvaire. On est 23 familles à avoir été percutées de plein fouet, et pas seulement les parents mais aussi les enfants, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, les grands-parents, qui sont eux aussi détruits par le drame. C'est important de communiquer là-dessus.

Vous dites "j'ai eu besoin", est-ce que cela vous a fait du bien ? Est-ce que ça a eu un effet thérapeutique ?

En ayant discuté avec d'autres parents qui ont écrit, eux, ça leur a fait quelque chose, moi, non, pas du tout. Je suis plutôt dans l'optique plus terre à terre d'expliquer ce drame et cette envie de se battre. Mais une thérapie, non, parce que y'a rien qui me soigne, en fait. Pour moi, il n'y a pas un médicament miracle qui va m'enlever le mal que j'ai. Il faut parler parce qu'on a besoin de communiquer, et si on peut changer certaines choses, c'est bien. On ne peut pas s'arrêter à "c'est comme ça". Tout ne sera pas changé, mais c'est pour ça que j'ai senti cette envie d'écrire. Je me sers de la force que m'a donnée mon fils. C'est un gamin qui m'a appris à vivre et à parler.

Justement, Loïc, on ne vous a jamais entendu en parler…

(Il coupe) Et vous ne m'entendrez pas en parler.

Mais dans ce livre, il y a quelque chose qui a changé. Vous prenez la parole sur votre fils, publiquement, pour la première fois.

Je ne parle pas de mon fils, j'explique le vécu d'une famille normale, qui grandit et s'épanouit avec ses enfants, mais qui, à moment donné, est touchée par un drame. Et il faut bien commencer par le début. Je ne peux pas commencer au 14 décembre. Aujourd'hui, mon fils existe à travers moi, à travers mon combat, il est dans mon cœur, au bout de mes doigts, comme tous mes enfants. Ce qui m'intéresse, c'est que les choses changent. Grâce à lui, j'ai décidé de me battre et c'est pour ça que j'en parle un petit peu dans ce livre.

Ma vie s'est arrêtée et il a fallu que je trouve quelque chose pour rebondir et prendre une bouffée d'oxygène.

Fabien Bourgeonnier

Cela passe bien sûr par votre association, À la mémoire de nos anges, et par votre travail de prévention.

Je me bats pour faire comprendre aux gens qu'il est important de faire attention, que ce soit dans un car scolaire ou sur un passage à niveau. Et ça, à travers l'expérience que nous avons vécu. Mon fils était debout dans le car et il n'était pas le seul. Quasiment aucun enfant n'était attaché et on s'en aperçoit quand on va dans les établissements scolaires pour faire de la prévention. Quasiment aucun n'est attaché. C'est important qu'un père l'ayant vécu puisse leur transmettre ça.

Avez-vous l'impression que votre combat est entendu ?

Le drame de Millas n'a pas servi de leçon. Avant ce drame, je ne m'étais jamais demandé on a mis ce collège entre deux passages à niveau. Et aujourd'hui, on n'a rien déplacé. Le risque existe encore. À l'heure actuelle, des enfants traversent à pied le passage à niveau et des cars le franchissent tous les jours. On ne s'est pas posé les bonnes questions.

Dans votre livre, vous avez aussi un mot pour les enfants de ce drame. C'est aussi une façon de leur rendre hommage ?

Effectivement. Cinq ans se sont passés, on a vécu un procès, et j'ai rencontré les enfants qui sont venus s'excuser. Ça m'a retourné le cœur. Parce que ces enfants ne sont pas coupables de quoi que ce soit. J'ai eu besoin de leur dire. Ces enfants ont vécu un calvaire et les 17 qui sont encore là, heureusement qu'ils sont encore là (23 enfants étaient à bord du bus, NDLR). J'avais besoin de parler d'eux, de leur rendre hommage et de leur expliquer qu'ils n'avaient pas à s'en vouloir. Que c'était plutôt à nous d'être là pour eux et pas l'inverse.

La justice doit bientôt annoncer la date de l'audience en appel. Quelques mois après le verdict (cinq ans de prison dont quatre avec sursis pour la conductrice du car, NDLR), quel est votre ressenti sur le procès ?

Ce procès était un calvaire pour nous. On a vu le manque d'empathie, le comportement plus qu'ignoble de la conductrice et des avocats de la défense. Le droit à la défense est important, mais il ne faut pas non plus en oublier les victimes. Et j'ai vu pendant le procès un avocat de la défense se lever pour traiter un des enfants de menteur. Comment on peut dire ça à une victime ? C'est honteux.

Et sur le verdict ?

Je ne suis pas pour la loi du talion, mais quand on voit le résultat, qu'il n'y a que 5 ans de requis dont 4 avec sursis, il n'y a rien en fait. Je ne demande pas que les gens soient condamnés à 40, 50, 60 années de prison. Mais cinq années, ce n'est même pas une année pour chacun des six enfants décédés. Et ça voudrait dire qu'on oublie aussi encore une fois les enfants blessés. On voit bien qu'il y a un problème. Ce procès ne nous a rien ramenés. Et l'appel, encore une fois, ne nous donnera rien.

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