L'artichaut du Roussillon vendu à perte à cause du gel du printemps

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Écrit par Fabrice Dubault avec Arnaud Richard-Ferraro

L’artichaut du Roussillon est une production emblématique du pays catalan. Mais la filière est en crise. Alors que la récolte a démarré depuis six semaines, l’envolée des prix qui pèse sur le panier alimentation des ménages et une météo capricieuse, font craindre aux producteurs une récolte à perte.

"Quand l'artichaut est frais, on l'entend chanter, il crisse en le serrant dans ses mains!". C'est le conseil qualité que Ludovic Combacal, président du syndicat des producteurs d'artichauts du Roussillon donne au milieu de son champ à Torreilles.

Ludovic est un agriculteur heureux mais un entrepreneur angoissé face à la récolte de ses 17 hectares d’artichauts. En cause notamment, les coups de froid et le gel de ces dernières semaines. 

"Sur les feuilles des artichauts, on voit très bien les dégâts du gel qui sont venus altérer visuellement le fond de la plante. Ce sont toutes ces petites marques marron. Commercialement, ça pose des gros problèmes, on a parfois des refus de nos clients à cause de ces petites imperfections".

Ludovic Combacal, président du syndicat des producteurs d'artichauts du Roussillon.

Si le légume ayant subi le gel est tout aussi bon dans l’assiette, sa valorisation sur les marchés et dans les commerces est bien en dessous du coût de revient de la récolte.

VOIR notre reportage à Torreilles.

Les artichauts et le gel

A la coopérative de Saint-Hippolyte qui réceptionne la production d’une quarantaine de maraîchers pour la grande distribution, seuls les artichauts sans défaut visuel passent le filtre du calibrage.

"On a eu deux semaines avec 30 à 40% de déchets, c'est énorme pour nous. D'habitude c'est autour de 10%, donc c’est assez compliqué à gérer. Et c'est un grand manque à gagner pour les producteurs. Mais on est tributaires de la météo".

Adeline Moutazaïm, directrice de la coopérative Teraneo de Saint-Hippolyte.

Des coûts de production en hausse

En plus d’une main-d’oeuvre plus volatile à cause du Covid, la flambée des prix des matières premières de base pèse sur les coûts des producteurs et sur la place de l’artichaut dans le panier des consommateurs.

"Le gazole augmente, les engrais augmentent, tout augmente et le prix d'achat de nos artichauts lui n'a pas augmenté. On ne peut pas répercuter la hausse des coûts sur le consommateur, sinon on ne vend plus rien. Pour le moment, on vend à perte mais on ne pourra pas faire tampon éternellement" se désole Fabien Corpetto, maraîcher à Saint-Laurent-de-la-Salanque.

6.000 tonnes d’artichauts sont récoltées chaque année dans 50 communes des Pyrénées-Orientales, une production qui face aux crises peut aussi en partie s’appuyer depuis 2015 sur le label qualité IGP, Indication géographique protégée, artichauts du Roussillon.