Perpignan : les épiciers de nuit montent un collectif pour attaquer l'arrêté de fermeture à 22h

A Perpignan, les épiciers de nuit ont réagi à l’arrêté pris par le maire, Louis Aliot (RN), de fermer les commerces d’alimentation générale à 22 heures au lieu de 2 heures du matin. Ils comptent saisir le tribunal administratif pour faire annuler cette mesure.

Les épiceries de nuit à Perpignan contraintes de fermer à 22 heures au lieu de 2 heures du matin - 23 septembre 2020
Les épiceries de nuit à Perpignan contraintes de fermer à 22 heures au lieu de 2 heures du matin - 23 septembre 2020 © DR
Ils ne comptent pas se laisser faire. Les épiciers de nuit de Perpignan se sont réunis en collectif pour aller à l’encontre des décisions prises par le maire de Perpignan à leur égard. Suite à ce qu'il appelle "un règlement de compte entre commerçants", le maire (RN) Louis Aliot a déclaré vouloir lutter contre l'insécurité et "contre la mafia qui sévit à Perpignan". 
 

Fermeture à 22 heures

Il a annoncé, le 15 septembre dernier, avoir pris un arrêté de fermeture à 22 heures des épiceries de nuit en centre-ville. Une mesure déjà en vigueur dans les zones de sécurité prioritaire et qui concerne désormais 50 épiceries : "Ces épiceries sont à l’origine de nombreuses plaintes de nos concitoyens. Et effectivement, nous avons un problème à Perpignan, qui a une origine dans l’ouverture d’établissements plus ou moins louches avec ou sans autorisation, qui pratiquent un commerce illicite, géré par des épiceries de nuit ou de vente à emporter, qui occasionne des troubles de voisinage, de la contrebande et du trafic de cigarettes, mais aussi du trafic de stupéfiants. On prend cet arrêté qui est un peu destiné à mettre fin à un certain nombre de trafics sur notre sol," avait déclaré Louis Aliot devant nos caméras. 

 

Une perte de 50% du chiffre d'affaires

 

Sauf que pour ces épiciers, qui font une partie de leur chiffre la nuit, la décision ne passe pas.
 
Des épiciers dénoncent une injustice - 23 septembre 2020
Des épiciers dénoncent une injustice - 23 septembre 2020 © DR


Une vingtaine d’entre eux s’est donc réunie en collectif pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une « injustice ». A la tête de ce collectif, Benjamin Boitar, il est propriétaire d’une épicerie ouverte de 10h à 1h du matin normalement, située avenue Julien Panchot, près du centre. Six personnes travaillent avec lui, il va devoir en licencier trois :
 

J’ai trois personnes qui travaillent le jour, et trois la nuit, les personnes de la nuit je vais devoir les licencier. Sur une semaine, nous avons perdu 50% de notre chiffre d’affaires. C’est énorme. Pendant le confinement, tout le monde nous saluait, on apportait de l’eau chez les gens du quartier, des denrées, et là on nous traite de trafiquants. On paye nos charges, nos locaux, nous ne sommes pas dans la rue. 
 

Selon ce commerçant : "la mairie focalise sur l’alcool alors que c’est 10 à 20% du chiffre d’affaires. Nous, nous n’avons pas d’incivilités devant le magasin. C’est injuste car on ne pose aucun problème."


Une action en justice


Ils ont décidé de saisir le tribunal administratif pour faire annuler la mesure de fermeture. L’avocat du collectif, Jean Codognès, dénonce une discrimination : "C’est une décision qui porte atteinte à la liberté de commerce. Elle cible une population bien particulière à savoir les français d’origine maghrébine. C’est une interdiction qui est généralisée, elle assimile la délinquance aux épiceries de nuit. Et surtout elle va ruiner une partie de ces épiceries. Pour certains, ils font entre 40 à 50% de leur chiffre d’affaires la nuit."

Leur recours sera déposé ce jeudi devant le tribunal administratif.

En plus de saisir la justice. Les épiciers organisent une action ce vendredi à 15h sur la place de Catalogne à Perpignan. Ils prévoient un goûter géant avec les denrées qu’ils seront bientôt contraints de jeter disent-ils. Ce goûter sera suivi d'une marche en direction de la mairie. "Je leur réponds de venir discuter avec les responsables à la mairie. S’il n’y avait pas de problème, il n’y aurait pas eu d’arrêté. Je pense que ces épiceries ont une part du contrat à remplir dans la tranquillité publique. Et pour un certain nombre d’entre eux, ce n’est pas le cas, " affirme le maire de Perpignan.



 
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