Perpignan : l'abattage de chênes provoque la colère des résidents du quartier de l'université

Mercredi, une dizaine d'arbres, dont des chênes centenaires, a été abattue dans le quartier de l'université à Perpignan. Cet acte "écocide" d'un promoteur immobilier a provoqué la colère des riverains.

Les résidents du quartier de l'université à Perpignan s'opposent à l'abattage de chênes centenaires - mercredi 21 avril 2021.
Les résidents du quartier de l'université à Perpignan s'opposent à l'abattage de chênes centenaires - mercredi 21 avril 2021. © Alain Sabatier FTV

Stupéfaction, mercredi matin, lorsque les habitants du lotissement des universités à Perpignan ont entendu le bruit des tronçonneuses. Jean Jensane, un riverain, n'en revient toujours pas "Ils sont arrivés ce mercredi matin, avec un gros camion et une pelle mécanique. Puis, ils se sont mis à couper un magnifique pin et se sont attaqués à l'abattage d'un des grands chênes qui longent en contre-bas l'université. Cela m'a fait mal au coeur! Un arbre magnifique de plus de 15 mètres de haut que l'on assassine. C'est le mot. Ces chênes ont plus de 200 ans !".

Très vite le voisinage s'est mobilisé. Mais l'abattage a continué jusqu'en début d'après-midi, au moment où Muriel Barraquier s'interpose physiquement...

C'est incroyable. Il a fallu que j'en arrive là pour faire stopper ce massacre programmé. Heureusement, les deux ouvriers n'ont pas osé aller plus loin. Nous avons alors appelé la police munipale.

Muriel Barraquier, résidente du quartier de l'université à Perpignan

Muriel Barraquier, résidente du quartier de l'Université à Perpignan devant sa maison et les chênes qu'elle a sauvés.
Muriel Barraquier, résidente du quartier de l'Université à Perpignan devant sa maison et les chênes qu'elle a sauvés. © Alain Sabatier

"Ils ont été supers et compréhensifs. On savait que la construction d'un lotissement de 12 villas devait se faire. Mais pas en détruisant les arbres. Dans le permis de construire qui date du 10 octobre 2018, il est bien stipulé que les arbres seraient conservés. Seul un léger élagage éventuel est permis. Jamais il n'a été question de les couper. Enfin pour le moment, j'ai pu sauver les huit derniers qui restent. Ce sont les plus beaux, ceux mitoyens de ma maison." conclut Muriel Barraquier.

Résultat constaté ce jeudi par les policiers municipaux : Six chênes d'un diamètre de 24 à 60 cm abattus. Et 5 résineux de 50 à 60 cm.
Contacté par téléphone, Frédéric Talon, le promoteur immobilier, s'estime dans son bon droit. Il est propriétaire d'une parcelle de 4.000m2 achetée à la commune de Perpignan le 19 octobre 2020. La destruction du patrimoine environnemental perpignanais ne semble pas l'émouvoir outre mesure.

Des chênes historiques

Car outre leur bonne santé, ces feuillus font partie de l'histoire de Perpignan. Ces chênes suivent l'ancien tracé de "Las Canals". Ce réseau d'arrosage, construit au début du XIVe, partait de la Têt au niveau de Vinça pour alimenter en eau le palais des Rois de Majorque et le centre ancien de la Ville.
En 1967, lors de la construction des villas du quartier, le canal a été dévié à l'entrée de l'université vers les quartiers de Saint Gaudérique au sud-est du coeur de la cité catalane. Depuis, ces chênes abattus étaient les seuls vestiges du passé.

Ce jeudi après-midi, les adhérents de l'ASPAHR, l'association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais, ont pris en photos les dégats causés par "un acte de barbarie" selon eux.

C'est un scandale. Mais il n'y a rien de surprenant cela fait plus de cinquante ans que l'on urbanise à tout va à Perpignan sans respecter les vestiges du passé. On bétonne à tout va !

Olivier Poisson, président de l'ASPAHR

"Seul à l'intérieur du campus universitaire, le canal est resté dans son état d'origine. Un ruisseau qui coule lentement à l'ombre de deux allées de chênes. C'est magnifique. Mais là, il n'y a pas d'enjeu immobilier. Et puis en principe, Perpignan devrait repester ce tracé du canal. Ce sont les rois de Majorque qui l'ont confié à la Ville." s'exclame Olivier Poisson, le président de l'ASPAHR.

Pour l'heure, les habitants du quartier ne désarment pas. Ils vont porter plainte contre le promoteur pour non-respect des clauses du permis de construire. Ils veilleront surtout qu'aucune modification ne soit permise par les services de l'Urbanisme de la Ville. Et que le futur lotissement s'appellera bien comme prévu, le "Domaine des chênes" et non "Domaine des chênes abattus".

Le panneau publicitaire du domaine des chênes
Le panneau publicitaire du domaine des chênes © Alain Sabatier

 

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