Rémi Ochlik avait participé à Visa pour l'image

Le photographe mort en Syrie, était présent au festival de Perpignan en septembre dernier.

Par Laurence CREUSOT

Rémi Ochlik, photographe de 28 ans tué à Homs en Syrie, avait exposé au festival de Perpignan, Visa pour l'image. Il avait participé en septembre 2011 à une table ronde sur les difficultés du métier de reporter de guerre au palais des congrès de Perpignan.

Rémi Ochlik, photographe de 28 ans tué à Homs en Syrie, était, de l'avis de ses confrères un professionnel de grand talent, passionné par son métier qu'il voulait exercer "au plus près de l'événement".

Svelte, cheveux bruns courts et regard bleu, ce célibataire avait co-fondé en 2005 l'agence IP3 Press, dont l'objectif était de couvrir l'information à Paris et les conflits dans le monde. Son site portfolio (www.ochlik.com) affiche de nombreuses photos de guerre, souvent à couper le souffle, et quelques-unes de France, manifs ou campagne présidentielle de 2007.

"Il avait envie de bouffer du terrain, ce métier il le transpirait, il l'aimait profondément", a raconté à l'AFP son confrère Franck Medan, précisant que ce "grand pro" avait "l'habitude de couvrir ce genre de situations" dangereuses.

Ochlik à Visa  pour l'image en 2011

Nous avions rendu compte de la table ronde à laquelle le photo reporter participait, c'était le 2 septembre 2011 au palais des Congrès de Perpignan.

Le site visa pour l'image 2011

Extrait :

Profession : reporter, spécialité : révolutions

« J’ai été témoin de quatre révolutions en une année, vous avouerez que c’est vraiment une expérience unique ! »

Yuri Kozyrev était de tous les fronts cette année. Tunisie, Egypte, Yémen, Lybie.

C’est un habitué du photo reportage et cet après-midi-là, il fait figure d’aîné. Modèle incontesté de la couverture des conflits à chaud.

 Yuri Kozyrev, Bénédicte Kurzen et Rémy Ochlik.

Sur scène devant les photos des révolutions arabes, le casting est impressionnant autour de Kozyrev : Jérôme Delay pour Associated Press, Guillaume Binet Newsweek et l’agence Myop, Rémi Ochlik, Bénédicte Kurzen.

Tous ont couvert les événements de la place Tahrir, la Tunisie, le Yemen ou le Nigéria.

Toutes les générations de photographes sont représentées.

« Je hais Yuri dit en souriant Jérôme Delay, il est toujours là avant tout le monde, comme pour marquer son admiration. »

© Yury Kozyrev

Certains comme Yuri et Rémy rentrent tout juste de Tripoli.

« Fascinant Tripoli, témoigne Kozyrev, incroyable. On peut visiter la maison de Khadafi. Voir toutes ses photos de famille entreposées dans un hangar. Trésor de guerre des rebelles. Rien n’est fini bien entendu »

Situation surréaliste, excitante.

Rémi raconte que tout est allé très vite : « on est arrivé le samedi et Moubarak était renversé le mardi ». « C’était très rapide, très surprenant cette chute ».

Très dangereux aussi. « Aujourd’hui le front s’est déplacés vers Syrte et on connaît toujours pas l’issue de ces combats ».

Jérôme Delay, qui écrivait aussi une rubrique quotidienne pour le Monde, explique qu’il a retrouvé en Lybie, les anciens ceux de Bagdad et ceux de Sarajevo. En revanche la nouvelle génération était plutôt en Tunisie.

Normal réplique l’un de ces jeunes. « Le billet pour Tunis c’est 100 euros, le billet pour Le Caire est à 300. »

Tout est dit. La réalité économique rattrape le métier.

La plupart d’entre eux sont partis sans commande.

Après explique Bénédicte il faut pouvoir exister. « On avait une blague entre nous. La place Tahrir c’est comme le Castillet à Perpignan, le café de la poste en moins. » Visa pour l’image a reçu 250 travaux en provenance de la fameuse place…

" Alors j’ai choisi de montrer ce qui m’a frappé le plus : cette énergie phénomènale et la parole retrouvée des Egyptiens"explique Bénédicte avec un beau sourire.

« Voir des gens libérés, de le vivre c’est extra. Ce serait bien d’en vivre. » conclut encore Jérôme Delay.

Chacun se demande autour de la table s’il aura la possibilité de poursuivre, de couvrir l’après Printemps arabe.

Repéré en 2004 par Jean-François Leroy

A 20 ans, en février 2004, Rémi Ochlick tombe sur une dépêche de l'AFP évoquant le conflit en Haïti, où des rebelles menacent de prendre le pouvoir, après la chute du président Aristide. Il part, tout seul, trois semaines. "au plus près"

Ses photos lui valent le prix Francois Chalais pour les jeunes reporters et une présentation à Visa pour l'image, une opportunité rare et un "sérieux coup de pouce" pour un débutant, souligne Franck Medan, actuel gérant de Wostok qui a connu le photographe à ses débuts.

Jean-François Leroy, le directeur du festival, expliquait alors: "On m'a montré un travail sur les événements d'Haïti. Très beau, très fort. Je ne connaissais pas le mec qui a fait ça. Je l'ai fait venir. Il s'appelle Rémi Ochlik, il a vingt ans. Il a travaillé tout seul, comme un grand. Voilà. Le photojournalisme n'est pas mort".

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