Le festival Visa pour l’image accueille cette année trois expositions sur la bataille de Mossoul. Laurent Van der Stockt, Lorenzo Meloni et Alvaro Canovas, photoreporters, suivent la reprise des quartiers, captent le désarroi des civils et les morts de Daesh.

Sur un cliché d’Alvaro Canovas, un soldat de l’armée irakienne tire par les cheveux le cadavre d’un membre de l’organisation État islamique. Plus loin, le corps d’un djihadiste qui vient d’activer sa ceinture explosive, par l’objectif de Lorenzo Meloni. La mort est omniprésente dans chacune des trois expositions sur Mossoul.

Montrer les morts chez Daesh, c’est rassurant

Néanmoins, le visiteur ne verra pas de civils ou de soldats tués. Seuls les morts de Daesh sont photographiés. « Je n’ai pas vu beaucoup de combattants irakiens morts, car dès qu’ils sont touchés, ils sont exfiltrés, se remémore Alvaro Canovas. Avec les soldats, on est dans une avancée, je ne regarde pas en arrière. »

Après le passage des combattants libérateurs, ce qu’il reste, ce sont les ruines et les dépouilles des membres de l’État islamique. Lorenzo Meloni a participé aux reprises de Kobané, Palmyre, Syrte et Mossoul. « Je n’aime pas faire des photos de cadavres, assure le reporter italien. La représentation que l’on se fait de Daesh dans cette histoire visuelle, ce sont eux, ces corps. »

Il faut savoir que ces photoreporters répondent souvent à des commandes de médias, ils doivent montrer des images fortes

« Montrer les morts dans le camp de Daesh, c’est rassurant, commente Laetitia Guillemin, responsable de service photo dans la presse. Il faut savoir que ces photoreporters répondent souvent à des commandes de médias, ils doivent montrer des images fortes. » Morts, les combattants de l’EI sont démystifiés, dans des positions dégradantes, loin de l’idée d’une fin en martyrs.


L’attente d’un côté, la tension de l’autre

Dans les trois salles, les spectateurs se heurtent à ce conflit violent, cadré par des objectifs différents. « Avoir trois points de vue sur cette guerre complexe, c’est intéressant pour le public, assure Laetitia Guillemin. On voit bien que les trois ont chacun un positionnement différent. Laurent Van der Stockt est dans l’action, il se met à la place des militaires, il prolonge le regard de ces héros qui sauvent le monde avec une incroyable tension. » Les drapeaux blancs brandis par les civils et leurs visages apeurés hantent cette exposition découpée en deux parties. Avec d’un côté la chronologie d’un combat libérateur, de l’autre un zoom sur la survie d’une colonne de l’armée irakienne, prise dans un guet-apens.

La guerre, c’est l’attente de quelque chose, le silence, la peur


« Lorenzo Meloni se met, lui, à l’extérieur du conflit. C’est une autre facette de la guerre, avec des photos techniquement parfaites, il joue avec les vides. » Une position d’attente qui est, selon le photoreporter italien, le point-clé d’une guerre. « Je n’aime pas travailler dans des endroits chaotiques, commente celui qui a couvert les batailles de Kobané, Palmyre, Syrte et Mossoul. La guerre, c’est l’attente de quelque chose, le silence, la peur. »

Alvaro Canovas fait l’entre-deux. Il est avec les peshmergas sur le front mais aussi quand ils envoient des messages à leurs proches. « On montre ces gens qui viennent d’être libérés et des soldats dépeints comme des héros, reprend Laetitia Guillemin. On pense qu’ils les libèrent, puis le combat reprend, certains meurent. »

Plus les soldats avancent, moins il y a d’espoir 

Sur une colline avec un guetteur, dans un blindé irakien ou à la recherche de djihadistes cachés dans des maisons abandonnées, les trois photoreporters sont au plus près des combattants. À quelques mètres de ces libérateurs, humains avant tout. « Les libérations se font par blocs, se remémore Alvaro Canovas. Plus les soldats avancent, moins il y a d’espoir dans les quartiers où les sympathisants de Daesh sont nombreux. Je voulais surtout montrer que la guerre, ce n’est pas tout le temps sombre. Dès que les combattants avaient une pause, ils rigolaient et allaient sur WhatsApp pour appeler leur famille. Ces gens combattent chez eux, leur femme est peut-être à moins de cent kilomètres. »

Les regards de l’enfant et de son père, ça nous prend

Les habitants reprennent petit à petit possession de ces ruines. En larmes dans les clichés de Lorenzo Meloni, par des sourires et le bisou d’un enfant à un soldat dans l’exposition d’Alvaro Canovas. Le spectateur s’en émeut. « Les regards de l’enfant et de son père, ça nous prend, souffle Paulette devant la photo d’un contrôle de Laurent Van der Stockt. Je suis plus sensible à ce genre de photos qu’à une voiture-bélier. »



« Le spectateur comprend ainsi les mécanismes d’une guerre, poursuit Laetitia Guillemin. Tout n’est pas noir ou blanc, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. » La bataille de Mossoul est souvent résumée par des successions de reprises de villes, de démonstrations de forces de l’armée irakienne ou de l’État islamique. Ces regards croisés sont une mise à distance. Une guerre, ce n’est pas uniquement des combats.

Pour suivre le travail des étudiants de l'ESJ Montpellier à Visa pour l'image : voir leur blog