La rentrée sociale, c'est maintenant

Aéroport de Montpellier-Méditerranée - tour de contrôle et avion Air France - archives
Aéroport de Montpellier-Méditerranée - tour de contrôle et avion Air France - archives

Grève des pilotes d'Air France, des inspecteurs du permis de conduire, des huissiers et des notaires : la semaine qui démarre s'annonce à haut risque pour le gouvernement de Manuel Valls, qui tentera mardi d'obtenir la confiance des députés. Voici ce qu'il faut savoir sur les perturbations à venir.

Par Valérie Luxey

Au moins 50% des vols annulés ce lundi : l'appel à la grève des pilotes d'Air France devrait être particulièrement suivi cette semaine. Le motif de leur colère : les conditions d'expansion de la filiale à bas coûts de la compagnie, entité du numéro 2 européen Air France-KLM.

Vers le plus long conflit depuis 16 ans

Le SNPL, syndicat majoritaire, a appelé à la grève reconductible jusqu'au 22 septembre, mais le SPAF (2ème syndicat) et Alter (non représentatif) ne prévoient pas pour l'instant de mobilisation au-delà du 18. Reste qu'une grève d'une semaine serait le plus long conflit mené par des pilotes d'Air France depuis 1998.

Désaccord sur les chiffres de la mobilisation

Et déjà, devançant les prévisions de la direction, le SPAF table sur "80 à 85% de vols annulés" ce lundi, évoquant des informations provenant du centre de commandement opérationnel de la compagnie, selon Julien Duboz, son porte-parole, interrogé par l'Agence France Presse. Une direction d'Air France qui a envoyé 65.000 SMS à ses passagers et qui va s'efforcer de faire voler des avions "de plus grosse capacité", mais qui conseille "à ses clients ayant réservé un vol entre le 15 et le 22 septembre de reporter leur voyage, de changer leur billet sans frais" ou de "se faire rembourser". 

Pour le SNPL, seul invité à la table des ultimes négociations ce dimanche, les  craintes sont grandes que le projet de développement de la filiale low cost Transavia n'aboutisse à "l'externalisation des emplois" et à du "dumping social".
Le syndicat se montrait dimanche pessimiste quant à la possibilité de trouver une issue à la crise amorcée voilà plusieurs semaines.
Selon Jean-Louis Barber, responsable du SNPL : "la direction reste sur un projet tout ficelé, dans le dogme. Sa responsabilité, c'est de savoir écouter et d'éviter de faire perdre beaucoup d'argent à la compagnie. On est sur un sujet de fond, on ne parle pas d'augmentation de salaires".

Les prévisions de trafic à Montpellier

La direction chiffre à "10 à 15 millions" d'euros par jour le coût de cette grève. Car avec le jeu des repos qui impose la rotation des équipages, l'impact de la grève pourrait être amplifié mardi et mercredi. Dès ce dimanche, l'aéroport de Montpellier Méditerranée a fait étaét des prévisions de trafic pour la journée de lundi. Voici les vols annulés au départ et à l'arrivée de Fréjorgues :

  • Vols à l'arrivée à Montpellier
Nantes >> Montpellier
A5 3050 – Arrivée 08h10

Paris Orly >> Montpellier
AF 7540  – Arrivée 08h15

Paris Roissy >> Montpellier
AF 7688 – Arrivée 10h05

Paris Roissy >> Montpellier
AF 7680 – Arrivée 14h35

Paris Orly >> Montpellier
AF 7550 - Arrivée 15h25

Paris Orly >>  Montpellier
AF 7552 – Arrivée 19h30

Paris Orly >> Montpellier
AF 7554 – Arrivée 21h15

Paris Roissy>> Montpellier
AF 7684 – Arrivée 22h50

  • Vols au départ de Montpellier
Montpellier >> Nantes
A5 3051  – Arrivée 08h50

Montpellier >>  Paris Orly
AF 7543 – Départ 08h55

Montpellier >> Paris Roissy
AF 7689 – Départ 10h50

Montpellier >>  Paris Roissy
AF 7683 – Départ 15h20

Montpellier >>  Paris Orly
AF 7551 – Départ 16h10

Montpellier >>  Paris Orly
AF 7553 – Départ 20h15

Pas de perturbation à Perpignan

Les vols au départ et à l'arrivée de Perpignan ne sont pas affectés par le mouvement de grève, les avions étant affrétés par la compagnie Brit Air, filale d'Air France.

Les inspecteurs du permis de conduire à l'arrêt

Une forte mobilisation est également attendue à partir de ce lundi parmi les inspecteurs du permis de conduire. Ils sont appelés à se mettre en grève contre une réforme qui néglige et réduit, selon eux, leur mission de formation. Un préavis de grève illimitée a été déposé par le SNICA-FO (Syndicat national  des Inspecteurs, Cadres et Administratifs du permis de conduire et de la sécurité routière Force Ouvrière), majoritaire dans la profession.

Une réforme sans réflexion, selon les syndicats

De son côté, le Syndicat National des Personnels Techniques, Administratifs et de Services (SNPTAS-CGT) a déposé un préavis reconductible jusqu'au 19 septembre. "Il est difficile de donner un nombre, mais la mobilisation s'annonce une nouvelle fois massive. Il y a un vrai ras-le-bol sur le terrain", selon Thomas Knecht, secrétaire général adjoint du SNICA-FO, qui ajoute : "Les agents sont à bout, ils ont l'impression d'avoir été trahis par le Ministère
de l'Intérieur
". Il dénonce une réforme faite "pour produire des places d'examen, sans une réflexion sur la qualité de la formation. Ce n'est pas parce qu'on propose à l'usager de passer l'examen toutes les semaines que pour autant, il l'obtient".

Activité déléguée à un prestataire en 2015

Afin de raccourcir les délais pour passer ou repasser le permis voiture, le gouvernement a confié la surveillance de l'examen du code à des gendarmes et policiers en retraite, en attendant que cette activité soit entièrement déléguée à un prestataire agréé par l'Etat, à partir de juillet 2015. Cette mesure doit permettre aux inspecteurs de se concentrer sur l'examen pratique. 

Les autos-écoles aussi dans le collimateur

Depuis le 1er août 2014, l'épreuve de conduite a également été réduite de 35 à 32 minutes. Objectif : permettre aux inspecteurs de faire passer un candidat supplémentaire par jour.
Enfin, le gouvernement souhaite entamer notamment une révision de l'agrément des auto-écoles et des clauses obligatoires des contrats entre candidats et établissements.

Les huissiers cadenassent la journée

Et puis il y a la colère des huissiers, en grève eux aussi à partir de ce lundi contre le projet de réforme des professions réglementées qui, selon eux, met leur métier en péril.
L'Inspection Générale des Finances (IGF) propose en effet de libéraliser ces professions (huissiers mais aussi notaires ou encore opticiens) pour faire baisser les coûts.

Remise en question de leur mission de service public

Au programme : ouverture du capital des études d'huissiers, qui se verraient confier une compétence nationale. Elle leur permettrait de s'installer où elles le veulent. Surtout, l'IGF préconise de confier à d'autres opérateurs une de leurs principales missions: la remise d'actes et de décisions de justice.
Autant de mesures qui, du point de vue des huissiers, risquent de corrompre leur mission de service public. 

10000 emplois seraient menacés

La Chambre nationale des huissiers assure ne pas être opposée à une réforme. Elle a même fait des propositions, notamment concernant la délivrance d'assignations par courriel. Mais elle reste fermement opposée au projet de Bercy, qui menacerait selon elle 10.000 emplois dans les 2.000 études de l'Hexagone.

Les notaires en grève mercredi

Elle appelle donc à une grève des audiences pénales, des significations de jugement et des citations, du 15 au 22 septembre. Les notaires, hostiles eux aussi à la réforme, prévoient une journée d'action mercredi 17.

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