L'absence de chiffres sur les besoins en eau ravive les tensions entre pro et anti-barrage de Sivens

L'irrigation des exploitations agricoles est la principale explication des besoins en eau de la vallée du Tescou et la raison du projet d'un barrage sur Sivens en 2014. / © AFP
L'irrigation des exploitations agricoles est la principale explication des besoins en eau de la vallée du Tescou et la raison du projet d'un barrage sur Sivens en 2014. / © AFP

Le 15 juillet 2019, les membres du projet de territoire voteront sur la possibilité d'une retenue d'eau sur le site de Sivens pour répondre à la nécessité en eau de la vallée du Tescou. Mais l'absence de l'évaluation de ces besoins provoque de nouvelles crispations.

Par Sylvain Duchampt

Jean-Louis Marty est installé depuis 40 ans dans la vallée du Tescou (Tarn). Cet agriculteur est en pleine conversion bio de sa production. Mais cette année, faute d’eau, il a été amené à faire des choix, comme d’arroser régulièrement d’une partie de l’une de ses parcelles de pomme de terre.   

« L’eau vient du Tescou. Je pompe environ, sept à huit mètres cubes par jour, alors qu’en année normale, je vais jusqu’à 100 mètres cubes. »

Il suffit d’observer le cours d’eau pour constater la situation : un niveau très bas et un débit très faible. Pour Jean-Louis Marty : « le Tescou est à son niveau historique le plus bas depuis 1976. »
 

Une baisse des volumes d'eau de 40%

Selon le rapport du ministère de l’écologie et du développement durable rendu en janvier 2015, à la veille de l’abandon du projet initial de barrage à Sivens, les volumes annuels de la rivière ont diminué de 45 % en 40 ans. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette dégradation : « évolution du climat, changements dans l’occupation du sol et augmentation des prélèvements d’irrigation ».

En raison de ce manque d’eau, les pertes de l’agriculteur sur son exploitation avoisinent les 50 %. Pour résoudre ces problèmes, les membres du projet de territoire ont identifié trois pistes. Celle proposant une retenue à 330 mètres du projet initial de Sivens a les faveurs de Jean-Louis Marty et de la majorité des exploitants. Elle serait la seule, selon eux, à répondre à leur besoin en eau en mobilisant plus de 900 000 m3 : « Sans elle, c’est la faillite des exploitations, leur non-reprise. Cette vallée c’est environ 50 agriculteurs et 1,5 million d’euros pour les circuits courts. »

Ce besoin en eau est justement l’une des raisons des tensions apparues ces dernières semaines entre acteurs du projet de territoire.

 Les besoins en eaux de la vallée n’ont pas été étudiés notamment pour l’agriculture et son évolution. Comment peut-on privilégier telle ou telle piste, si nous n’avons pas ces éléments.

assure Gérard Lanoye de l’association écologiste Apifera.

« C’est actuellement un gros problème, reconnait également, le vice-président EELV de la région Occitanie, Guillaume Cros. Le conseil départemental du Tarn essaie d’imposer une retenue sur le site de Sivens mais on ne sait pas ce dont on a besoin. Nous sommes revenus à la solution de mars 2015 comme si rien ne s’était passé. Il y a quand même eu un mort.»

Un projet surdimensionné 

Le projet initial de Sivens, surdimensionné, prévoyait un barrage de 1,5 million de m3. Dans leur rapport de janvier de 2015, les deux experts du ministère de l’écologie et du développement durable proposaient un volume global de stockage de 750 000 m3 grâce à la réalisation entre autre d’un réservoir sur le site de Sivens et d’une retenue latérale au Tescou.

Cette solution devait répondre aux besoins d’irrigation agricole mais avec des conditions : « Pour ce faire, la maîtrise de l’eau, pour une surface qui restera toujours limitée, est un impératif permettant de régulariser les rendements, de mettre en place des cultures spéciales à cycle estival, ou des successions de cultures telles qu’en maraîchage. Mais d’autres facteurs sont également à améliorer : la performance agronomique générale, les possibilités de transformation, les marchés de niche, les circuits courts. Autant de moyens de conforter aussi les emplois d’aval. » 
 

Des chiffres non communiqués

Ce qui fait dire à Christian Pince du collectif du Testet « la question des besoins en eau est une question de vision. Le Conseil départemental et les agriculteurs sont toujours au siècle dernier. Ils ont un raisonnement simpliste et pensent que les réserves de la ressource se font uniquement en hiver. C’est bien plus complexe. Pour notre part, nous pensons que 250 000m3 seront largement suffisant pour répondre aux besoins en eau. Nous sommes prêts à aller plus loin mais en aucun cas avec une solution qui impacterait la zone humide du Testet. »

Selon un autre membre du projet de territoire, cette évaluation des besoins en eau de la vallée existe mais personne ne souhaite aujourd'hui, semble-t-il, la diffuser. Contactée, la préfecture nous a répondu : 

La chambre d'agriculture a bien présenté aux acteurs de l'instance de co-construction des scénarii d'évolution de développement économique agricole  de la vallée du Tescou qui permettent d'approcher une évaluation des besoins en eau. Au regard des échanges qui se poursuivent, il parait prématuré de communiquer ces éléments.

 Des radicaux déjà prêts


250 000 m3 ? 750 000 m3 ? 1 million m3 ? Quel volume pour la vallée du Tescou afin de faire face à une sécheresse récurrente et toujours plus dure ? Chaque acteur de ce dossier a sa propre réponse. Mais cette bataille de chiffres ravive également les tensions. Des groupes écologistes radicaux suivent attentivement le déroulé de ces discussions et ne cachent pas leur volonté de passer à l'action si le 15 juillet prochain, un projet de barrage était à nouveau voté sur le site de Sivens.   

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