Procès de l'infanticide de Gaillac : "Je vous demanderai un peu de fraternité"

Vendredi 15 novembre 2019, dernier jour du procès d'Elisa Delga et Mickaël Taboulot pour violences volontaires ayant entraîné la mort d'Amine, en 2017, sans intention de la donner, les défenseurs du couple ont plaidé non pas la non-culpabilité mais le doute sur les responsabilités respectives. 

"J'ai beaucoup de mal à entamer mon propos", a commencé, s'adressant aux jurés, maître Robin Sénié-Delon, avocat d'Elisa Delga, "car j'ai l'impression que personne ne vous a aidés". Et de dénoncer des "fâcheux raccourcis", une "analyse difficile, évidemment".

Porter la voix de celle qui n'en a pas

"Cela a été difficile d'y comprendre quelque chose dans ces mensonges", reconnaît-il. Mais Elisa Delga, explique-t-il, n'est pas ici jugée pour ses mensonges et ces derniers ne prouvent pas sa culpabilité. "Moi, je dois porter la voix de celle qui n'en a pas. Il faudrait voir une mère fautive quand moi, je ne vois même pas une femme". 

Et le jeune avocat de poursuivre : "Bien sûr, vous allez la condamner parce qu'elle est coupable de n'avoir rien fait". Elisa Delga, pour son conseil, est coupable d'une terrible omission. "Comment elle peut aller se coucher alors que l'inéluctable est en train de se produire ?"

S'approcher d'elle

Mais, poursuit-il, Elisa Delga n'avait pas de mobile, elle n'avait aucune raison de donner des coups violents à son enfant. Elle n'était peut-être pas une mère parfaite mais elle aimait Amine. "Il faut s'approcher d'elle. C'est difficile car tout, dans ce dossier, nous répugne. Le visage d'Amine vous hantera toute votre vie".Maître Sénié-Delon évoque l'enfance d'Elisa, qui n'est pas une enfance, selon lui. En tout cas, elle n'en a pas souvenir. Ou de deux seulement : son père poursuivant sa mère dans la maison et ses règles arrivées à l'âge de 9 ans pour lesquelles sa mère lui dit que ce n'est pas son problème.
Puis, c'est le placement, durant 4 ans : "un déchirement, une fêlure qu'elle ne remplira jamais". "Sa mère l'a dit, elle est vide". 

La hantise d'un placement

A 18 ans, elle est enceinte du père d'Amine, un quadragénaire alcoolique qui ne reconnaîtra pas le petit. Elle rejoint sa famille dont tous les membres ou presque estiment qu'elle n'est pas en mesure d'élever un enfant. Cette grossesse, elle l'accepte et la veut. Mais dès le 3ème jour, à la maternité, des réserves sont émises : un placement fille-mère est proposé. Elisa Delga et sa mère s'y opposent. Ce placement éventuel d'Amine deviendra une obsession pour Elisa, selon son avocat. 

Il veut montrer les bons côtés de la mère. Car dans ses premiers mois, Amine est un bébé normal, qui évolue normalement. "Elle n'est pas totalement défaillante, à ce moment-là", plaide-t-il.

Comme on pouvait s'y attendre, maître Sénié-Delon va progessivement faire converger sa plaidoirie vers le co-accusé de sa cliente, Mickaël Taboulot, son compagnon qui vient s'installer chez elle fin décembre 2016, quelques jours seulement avant la mort d'Amine. Il souligne tous les moments où la jeune femme laisse son enfant seul avec son conjoint. Que s'est-il passé pendant ses absences ?

Et surtout, pourquoi Elisa Delga, si comme elle le dira plus tard, son compagnon frappe son enfant, ne part-elle pas avec le bébé ? "Elle n'a rien dit, elle n'a rien fait. Je crois qu'elle est là, la responsabilité d'Elisa Delga". 

Cela relève de l'omission, pas de la co-action

Robin Sénié-Delon rappelle que l'avocat général a demandé une peine de 30 ans de prison à l'encontre d'Elisa Delga, "pour qu'il soit bien sûr qu'elle ne revoie pas la lumière du jour avant longtemps", dit-il. 

"On ne retient même pas son jeune âge ! Mais enfin, pendant 20 ans, on n'a pas entendu parler d'elle ! Quand a-t-elle été dangereuse, à part pendant ces trois jours ?"


Et de s'adresser aux jurés : "C'est ça que je vous demanderai, un peu de fraternité..."