"Harcelé, j'ai pas dormi depuis trois jours. C’est pas humain" : perchés dans les arbres, les opposants à l'A69 continuent de résister

Le compte à rebours est lancé. Trois opposants sont toujours perchés à Cuq-Toulza (Tarn) dans les arbres centenaires pour protester contre l'A69. Selon eux, les gendarmes les ont empêchés de dormir et partiellement de se ravitailler. Ils veulent tenir jusqu'au 15 novembre, date à laquelle la législation interdit l'abattage des arbres pour protéger les chauves-souris.

Il a beaucoup plu ces derniers jours et le vent souffle fort sur la zone escarpée de la forêt de Sherwood, le nom donné à ce bois d'un peu plus d'un hectare et demi par les opposants à l'A69, en référence à Robin des Bois. L'esprit de résistance habite toujours ce lieu situé sur la commune de Cuq-Toulza (Tarn).

" Nous empêcher de dormir nous a poussés à tenir. "

Depuis le jeudi 9 novembre, plusieurs grimpeurs se sont accrochés dans des chênes centenaires pour tenter de les sauver. Sur ce terrain d'1,6 hectares de la commune tarnaise, il ne reste plus grand-chose. Les autres végétaux ont été coupés, broyés, déchiquetés. Perchés dans les hauteurs, les écureuils voient les arbres tomber autour, fragilisant encore plus leur position. "Ils ont tout abattu autour de nous. On a sifflé pour alerter mais ils ne se sont pas arrêtés. La prise au vent n’est pas la même car la canopée ne nous protège plus. Plusieurs arbres ont été coupés après notre montée, ce qui nous a mis en danger", clame Reva l'un des trois grimpeurs.

Le vent souffle fort et la pluie est bien tombée depuis le début de l'occupation. Au lieu-dit "La Ferrière", c'est le sommet d'une colline, difficile d'accès, escarpée. Si les forces de l'ordre ont réussi à en déloger certains, trois résistent encore car impossible d'amener une nacelle pour pouvoir atteindre ces militants par le haut.

Depuis, les forces de l'ordre nassent le camp pour tenter de décourager les occupants. "Nos représentants politiques ont la charge de faire respecter les accords de Paris. Mais ici, on ne respecte même pas le droit basique de dormir, poursuit Reva, l'un des trois "écureuils". Toute la nuit à taper sur les troncs d’arbres, à crier nos noms, à utiliser le portable très fort, avec des lampes braquées sur nous en mode stroboscope pour nous fatiguer. Ce n'est pas humain." Et Camille, un deuxième écureuil placé encore plus haut de poursuivre : "Trois jours que je n’ai pas dormi. Ça me fait très très mal mais je vais aller jusqu'au bout. Je crois que de nous empêcher de dormir nous a poussés à tenir bon."

Selon un communiqué des opposants, les gendarmes du PSIG (Pelotons de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie Nationale) quadrillent le lieu et ont empêché pendant un certain temps le ravitaillement en eau, nourriture et vêtements chauds. "Les forces de l'ordre ont disparu tout d'un coup dimanche puis elles sont revenues ce matin vers 7H. Il semblerait que le préfet ait un peu lâché la bride", déclare Thomas Digard porte-parole de La voie est Libre. 

Tenir jusqu'à la mi-novembre

Trois arbres et trois personnes au sommet qui tiennent, dans un environnement dévasté. Dans le froid et affrontant la pluie, les opposants sont fatigués mais hyper-motivés sans avoir de quoi se nourrir correctement. Un médecin psychiatre s'est présenté dimanche, alerté par la situation. "Je connais ce mouvement La Voie est Libre et j'ai su que les écureuils n’allaient pas bien. J’ai répondu à cet appel car je n’ai pas envie qu’il y ait un accident. La privation de sommeil peut conduire au passage à l’acte suicidaire. Je souhaite aller leur parler".

En bas des arbres, les soutiens sont nombreux. "Les écureuils sont très courageux malgré les mises en danger qu'ils subissent depuis jeudi soir, déclare Victoria du collectif La Voie est Libre qui a déjà occupé des arbres à Vendine ou Saint-Germain-des-prés (Tarn). "Le 15 novembre, on doit normalement arrêter de couper des arbres pour protéger les chauves-souris qui nichent à l'intérieur. Le concessionnaire ATOSCA a fait savoir depuis longtemps que pour des coupes exceptionnelles, il pouvait aller au-delà de ces autorisations."

Un arrêté préfectoral inter-départements prévoit en effet deux périodes pour l'abattage et le défrichement afin de préserver les espèces qui vivent dans les arbres. L'une d'entre elles s'achève à la mi-novembre.

Comme Victoria, les militants qui se sont initiés à la grimpe et à la vie dans les arbres sont nombreux. Ils arrivent de toute la France mais aussi des environs pour défendre leur cause. La date du 15 novembre est aussi stratégique : si les écureuils tiennent, les terrassements de l'ensemble du chantier de déviation seront compromis pour l'hiver, ce qui perturberait de manière significative l'avancée des travaux.

Un débat en commission à l'Assemblée Nationale suite à une pétition

Une manifestation a eu lieu hier dimanche à Cuq-Toulza pour soutenir les écureuils. Une autre est prévue le mardi 14 novembre 2023 à 19h place du Capitole à Toulouse. 

Les opposants ont également lancé une pétition déposée mercredi dernier à l'Assemblée Nationale. En un seul jour, elle a dépassé le seuil des 10 000 signataires. "Le président de la commission Développement durable et aménagement du territoire Jean-Marc Zulesi (Renaissance) s'était engagé pour que toute pétition dépassant les 10 000 signatures soit mise à l'ordre du jour de la commission, déclare Thomas Digard du collectif La Voie est Libre. Donc nous attendons désormais que chose soit faite. Nous avons dépassé hier les 20 000 et aujourd'hui, le site de l'assemblée est bloqué." 

Pour l'heure, on ne sait pas si les engagements seront respectés. Les militants espèrent ainsi pouvoir médiatiser ces échanges à l'Assemblée.

En outre, depuis lundi matin 13 novembre, les opposants occupent un nouveau terrain situé à quelques kilomètres de la "CremZad" évacuée en octobre dernier, toujours sur la commune de Saïx près de Castres (Tarn). 5 écureuils sont sur place, sur ce terrain d'un hectare. Le propriétaire se dit ravi de leur visite car il s'oppose lui aussi à l'A69.

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