Réactions suite aux propos de Jean-Luc Mélenchon sur les attentats de 2012 à Toulouse et Montauban

Jean-Luc Mélenchon a semé le trouble ce dimanche avec ses déclarations à propos des attentats et "événements gravissimes" précédant les élections, avant de se dire victime d'un "buzz affligeant". Des paroles qui ont choqué. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, les estime indignes.

Les propos de Jean-Luc Mélenchon sur France Inter ce dimanche sont qualifiés d'indignes et d'inadmissibles par Jean-Luc Moudenc et Latifa Ibn Ziaten. 6 juin 2021.
Les propos de Jean-Luc Mélenchon sur France Inter ce dimanche sont qualifiés d'indignes et d'inadmissibles par Jean-Luc Moudenc et Latifa Ibn Ziaten. 6 juin 2021. © France Inter

Jean-Luc Mélenchon a créé la polémique ce dimanche en affirmant sur France Inter qu'un meurtre avant la présidentielle était "écrit d'avance". Dans la soirée, il s'est dit victime d'un "buzz affligeant".
Avec de tels propos sur les attentats de Toulouse et Montauban, perpétrés en 2012, par Mohammed Merah notamment, le leader de la France insoumise ne craint pas d'attiser les flammes et de s'attirer les qualificatifs de "complotiste" et de "démagogue".

"Pour moi, c'était incroyable... totalement", réagit le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc qui dit avoir dû réécouter les déclarations de Jean-Luc Mélenchon pour réaliser ce qu'il venait d'entendre.

C'est véritablement énorme, c'est extrêmement choquant. Comment peut-il à ce point déformer la signification réelle des faits ? Comment peut-il nier la réalité des problèmes de sécurité, les problèmes d'islamisme et en faire une sorte de tactique présidentielle ?

Jean-Luc Moudenc

Le maire de Toulouse ne doute pas que les paroles du chef de file de la France insoumise constitue une forme de manipulation : "comme il est à la peine dans les sondages, qu'il est loin du niveau qui a été le sien lors de l'élection présidentielle de 2017, il essaie de secouer le cocotier en choquant de manière très violente pour peut-être amener vers les urnes des personnes qui n'y vont pas".

"C'est bateau tout ça"

Jean-Luc Mélenchon évoquait sur France Inter ce dimanche Emmanuel Macron, "dans tous les pays du monde, ils ont inventé un type comme ça qui ne sortait de rien et qui était porté par un système oligarchique", il a précisé sa pensée en expliquant :

"Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Cela a été Merah en 2012. Cela a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées. Avant, on avait eu Papy Voise dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance. Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau. Nous aurons l’événement gravissime qui va une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. Voilà, c’est bateau tout ça".

En mars 2012, Mohammed Merah a tué sept personnes : trois militaires à Toulouse et à Montauban, trois enfants juifs et un enseignant de l'école juive ozar hatorah à Toulouse. Le terroriste a été abattu par le RAID.

Attentats et agression

Paul Voise, un retraité de 72 ans, avait été agressé à son domicile à quelques jours de la présidentielle de 2002. Ce fait divers médiatisé avait contribué selon certains commentateurs et responsables politiques, à l’échec de Lionel Jospin (PS) lors du premier tour le 21 avril, et la qualification de Jean-Marie Le Pen (FN) face au président sortant Jacques Chirac (UMP). L'affaire se soldera par un non-lieu.

L’attentat sur les Champs-Elysées s'est, lui, déroulé le 20 avril 2017. L’islamiste Karim Cheurfi a tiré avec une kalachnikov sur un fourgon de police. Il a tué un policier et blessé deux autres avant d’être abattu.

Mélenchon "victime de harcèlement"

Jean-Luc Mélenchon se dit comme il l'a fait à d'autres occasions, victime de harcèlement de "quelques gens influents" et de la "post-vérité". Il ne serait pas le responsable du fait que ses propos ont choqué, mais dénonce "un bon coup monté à partir d'une phrase". Sur les réseaux sociaux, il explique avoir relevé la concomitance entre certains faits divers tragiques et l'élection présidentielle. 

Le député européen de la France insoumise, Manuel Bompard, prend la défense de Jean-Luc Mélenchon sur twitter. Il affirme notamment que "Jean-Luc Melenchon n’a jamais nié l’existence des attentats terroristes, leur cruauté ou la douleur des victimes. Il est abject de faire ce procès à un homme qui a toujours su trouver les mots juste dans ces moments terribles de notre histoire".

Des propos "inadmissibles"

Une défense qui ne tient pas, loin s'en faut, pour Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad Ibn Ziaten assassiné par Mohammed Merah. Elle réagit ainsi sur twitter : "les propos de Jean-Luc Melenchon sont inadmissibles et ne devraient même pas être tenus. Je suis la mère de Imad, militaire mort debout face à l'obscurantisme en mars 2012. Le respect, c’est un minimum pour l’honneur de mon fils, des autres victimes et des familles endeuillées".

Pour Patrick Klugman, l'avocat de Samuel Sandler, qui a perdu son fils et ses deux petits-fils en 2012, tués par Mohammed Merah, ce sont "des faits d'une extrême gravité et d'une gravité d'autant plus haute encore du fait de la responsabilité politique de Jean-Luc Mélenchon".

Poursuites judiciaires en question

"Je m'étonne qu'il souhaite assurer les victimes de sa compassion sans revenir sur ses propos, poursuit-il. Ces propos, c'est que l'affaire Merah, c'était une affaire écrite par avance pour justifier un feuilleton électoral de fin de course présidentielle. Ce qu'il dit c'est que c'était un grave incident ou au mieux un meurtre alors qu'on parle d'une série d'attentats à caractère terroriste. Donc on ne peut pas à la fois assurer les victimes de sa compassion tout en minorant les faits qu'elles ont vécu dans leur chair après la perte d'un être proche sans rien retenir, redire, sans revenir sur ces propos qui sont inqualifiables".

L'avocat explique ne pouvoir effectuer qu'un signalement à la justice. "Je pense que ces propos ne peuvent pas rester en l'air" plaide-t-il en exhortant le ministère public et le parquet de Paris à prendre leurs responsabilités, c'est-à-dire à poursuivre Jean-Luc Mélenchon. 

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