RER B : automatisation et trains rénovés... La ligne maudite sur de nouveaux rails

La ligne B du RER a vécu deux déraillements en deux ans, et connaît des taux de ponctualité toujours loin des objectifs contractuels. Pour les associations d'usagers, le compte n'y est pas. Même si des travaux de modernisation sont en cours et des trains rénovés sur le point d'être livrés.

Une rame du RER B à la gare de Denfert-Rochereau, à Paris.
Une rame du RER B à la gare de Denfert-Rochereau, à Paris. © France 3 Paris Île-de-France / G. Delsart
Un déraillement en 2018, un autre deux ans plus tard... Le RER B serait-il l'objet d'une malédiction ? Ou cette ligne, longtemps délaissée par les pouvoirs publics, paie-t-elle aujourd'hui la rançon d'années d'abandon ? Le fait est qu'en 2020, elle continue de crisper les associations d'usagers qui n'hésitent pas à lui décerner le titre de pire ligne du réseau francilien. En juin 2018, dans la vallée de Chevreuse, ce sont les pluies torrentielles du printemps qui ont fait s'affaisser toute une partie du talus sous la voie ferrée. Résultat : un train renversé dans un accident qui blessera sept personnes. Le 24 juin 2020, le déraillement d'une rame aux abords de Denfert-Rochereau ne fera pas de blessés, mais causera d'importantes perturbations durant plusieurs jours."Avant le confinement, cette ligne comptabilisait un million de voyageurs", explique Marie-Hélène Wittersheim, présidente de l'association COURB, qui regroupe des usagers du sud de la ligne. "Or nous restons encore sur des rames à simple niveau avec un retard conséquent dans la maintenance et le renouvellement."

Le marché du RER MING, avant la fin de l'année

Ces rames doivent faire l'objet d'un vaste renouvellement, avec l'arrivée du RER MING (pour "matériel d'interconnexion nouvelle génération"), à l'horizon 2025. Des voitures à deux étages qui changeraient la donne pour les usagers. Mais l'attribution du marché se fait attendre, d'où l'inquiétude des usagers et de certains élus.
 

"Le RER MING va tout changer, puisque ce sera beaucoup plus de ponctualité, et beaucoup plus de confort."

Valérie Pécresse, Présidente (Libres!) d'Île-de-France mobilités


Interrogée sur le sujet dans Parigo, sur France 3 Paris Île-de-France, Valérie Pécresse, Présidente (Libres!) d'Île-de-France mobilités, confirme que ces rames seront bien commandées avant la fin 2020. Ce nouveau RER "va tout changer, puisque ce sera beaucoup plus de ponctualité, et beaucoup plus de confort", affirme la Présidente du Conseil régional.

"On attend vraiment cette commande de nouveaux trains. On sait que sur le RER A, c'est ce qui avait changé la donne."

Arnaud Bertrand, Président de l'association "Plus de trains"


"On attend vraiment cette commande de nouveaux trains", confie Arnaud Bertrand, Président de l'association d’usagers "Plus de trains". "On sait que sur le RER A, c'est ce qui avait changé la donne" de la modernisation.

D'ici 2025, des trains "toilettés", à simple niveau, vont faire leur retour en région parisienne : 31 rames MI84 rénovées vont être livrées (avec deux ans de retard), dont la première doit arriver dans les tout prochains jours.
Un écran d'information à la gare de Denfert-Rochereau, sur la ligne B du RER.
Un écran d'information à la gare de Denfert-Rochereau, sur la ligne B du RER. © France 3 Paris Île-de-France / G. Delsart

Ponctualité et perturbations, des points noirs sur la ligne

La ponctualité, les perturbations... C'est le grand grief des associations d'usagers à l'égard des opérateurs, RATP et SNCF, en charge de l'exploitation des 80 kilomètres de la ligne. Si l'année 2007 a connu 89 jours perturbés, l'année 2019 en a connu 172. Cela fait beaucoup pour cette ligne, la deuxième plus fréquentée d'Île-de-France.

Côté ponctualité, cela s’est certes amélioré sur la ligne : 89,1 % des voyageurs sont arrivés à l’heure en 2019, contre 81,5 % en 2010. Des chiffres toutefois loin de l’objectif contractuel convenu avec l'autorité organisatrice des transports Île-de-France mobilités. Des difficultés auxquelles ne sont pas étrangères les infrastructures vieillissantes. Les propriétaires des voies, RATP et SNCF Réseau ont d'ailleurs entamé d'importants travaux de modernisation, comme le renouvellement des rails et du ballast, sur 12 kilomètres de ligne entre Aulnay et Roissy. Des voies de retournement, au Bourget et à Orsay, sont également en cours de construction. Ces infrastructures doivent absorber une partie des retards en cas de perturbations, en permettant à une rame de faire demi-tour. 
Le chantier du tiroir de retournement d'Orsay, en Essonne.
Le chantier du tiroir de retournement d'Orsay, en Essonne. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
Seulement voilà, encore la malchance pour le RER B. L'épidémie de Covid et le confinement ont retardé les travaux du tiroir de retournement d'Orsay, dans la vallée de Chevreuse. L'ouvrage, qui devait être livré en septembre 2020, ne le sera pas avant un an. Ce qui n'améliorera pas la ponctualité sur le sud de la ligne.

Le système Nexteo au mieux pour 2025

Autre forte attente des usagers et des élus : le système de signalisation automatique Nexteo, censé équiper le RER B en 2025. L'annonce du report de l'appel d'offres par SNCF Réseau a provoqué l'ire de Valérie Pécresse. Convoqués durant l'été par Île-de-France mobilités, les dirigeants du réseau ferré se sont engagés à le publier d'ici la fin 2020. La présidente d'IDFM confirme là encore que l'appel d'offres sera bien passé d'ici la fin de l'année.

Un projet vital pour la ligne B, observe Marie-Hélène Wittersheim : "Chaque interconnexion avec le Grand Paris Express génère 30% de trafic en plus sur la ligne." D'où la nécessité d'améliorer la signalisation, notamment dans le tunnel partagé RER B-RER D entre Châtelet et Gare du Nord. Mais la mise en service n'est pas envisagée... avant 2025.
Parigo, numéro 120 / 3 octobre 2020

 
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