C’était il y a 80 ans, la rafle du Vel d’Hiv

Publié le Mis à jour le
Écrit par Elie Saïkali .

Elle est entrée dans l’Histoire comme l'une des plus importantes exactions commises à l'encontre des populations juives en Europe de l’Ouest durant la Seconde Guerre mondiale. La rafle du Vel d’Hiv a envoyé à la mort des milliers de personnes en juillet 1942.

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Les 16 et 17 juillet 1942, une opération de police de très grande envergure est menée par près de 4500 policiers français dans Paris et sa banlieue. Elle est organisée par la préfecture de police, en accord avec l’occupant nazi, dans le but d’arrêter des Juifs. En deux jours, 13 152 personnes sont interpellées. 3118 hommes, 5919 femmes, et 4115 enfants âgés de deux à seize ans.

Tous sont d’abord emmenés dans des centres de détention fermés (des commissariats, des garages, des casernes, des écoles…). Les adultes seuls et les couples sans enfants sont ensuite transférés au camp de Drancy.

Les autres, les familles avec enfants, sont emmenés au Vélodrome d'Hiver, à l’angle de la rue Nélaton et du boulevard de Grenelle (XVe arrondissement). Plus de 8000 personnes y sont parquées, entassées dans des conditions effroyables durant plusieurs jours, avant d'être transférées vers les camps du Loiret, puis déportées vers Auschwitz. Aucun allemand n’a participé à cette opération.

"Police ouvrez !"

Rachel Jedinak faisait partie des 4115 enfants arrêtés les 16 et 17 juillet 1942. Alors âgée de huit ans, elle vivait dans le XXe arrondissement de Paris. Elle se souvient de ce jour. "La veille, ma mère nous a caché, ma sœur et moi, chez nos grands-parents paternels qui habitaient à cinquante mètres de chez nous. Nous nous pensions en sécurité", raconte-t-elle. "Le 16 juillet, à l’aube, de grands coups frappent à la porte : 'Police ouvrez !'. Sur un ton très fort, les policiers nous ont dit : 'Allez les enfants, habillez-vous vite, vous allez rejoindre votre mère. Dépêchez-vous'", se souvient Rachel. Elle explique qu'en chemin, "un des deux policiers nous dit d’un air goguenard : 'Vous pouvez remercier votre concierge, c’est elle qui nous a dit où vous étiez'. Ils nous ont ramené auprès de notre mère".

Les policiers hurlaient, sifflaient. Les petits pleuraient, l’angoisse se lisait sur tous les visages. Cette image, je ne l’ai jamais oubliée.

Rachel Jedinak

Direction "la Bellevilloise", l'un des lieux d'arrestation mis en place par la police, avec d'autres familles arrêtées. Rachel décrit l'atmosphère du lieu. "Nous étions plusieurs centaines, debout, serrées les unes contre les autres. Il y avait une chaleur étouffante. Les policiers hurlaient, sifflaient. Les petits pleuraient, l’angoisse se lisait sur tous les visages. Cette image, je ne l’ai jamais oubliée".
Au bout d'un certain temps, "une voisine s’est approchée de ma mère et lui a dit que sa grande fille de 14 ans a réussi à s’enfuir par l’issue de secours. Ma mère se tourne vers nous, et nous dit 'vous allez faire comme Léa. Vous restez près de l’issue de secours' qui n’était gardée que par deux policiers", se souvient Rachel.

C’est plus tard que j’ai compris que cette gifle m’a sauvé la vie.

Rachel Jedinak

"Quand on a huit ans, on lit la peur et l’angoisse, je n’ai pas voulu quitter ma mère. J’ai hurlé 'je ne veux pas te quitter'. Elle a alors fait quelque chose que je n’ai pas compris sur le moment. Elle m’a giflée très fort. La seule gifle de ma vie. C’est plus tard que j’ai compris que cette gifle m’a sauvée la vie. J’ai lâché ma mère. Nous sommes parties près de l’issue de secours. Et là, les deux policiers de faction ont tourné la tête pour ne pas nous voir sortir toutes les deux. C’est là que l’on voit la différence d’attitude entre les policiers. C’était à l’échelle de ce qu’il se passait à Paris. Certains étaient d’accord et d’autres non. Nous sommes repartis en courant chez nos grands-parents", explique Rachel.

Aujourd'hui octogénaire, Rachel nous indique que son père a été arrêté lors de la rafle du billet vert le 14 mai 1941. Sa mère a quant à elle été envoyée au camp de Drancy. Elle y est restée treize jours, avant d'être déportée à Auschwitz.

"Quantitativement la plus importante"

La rafle du Vel d'Hiv est entrée dans l’histoire comme "celle qui a rassemblé d’un seul coup 13 000 Juifs pour la déportation. Donc quantitativement la plus importante. C’est aussi la première rafle qui a entraîné l’arrestation d’enfants, alors qu’avant ce n’était pas le cas. Il y a donc l’aspect gigantesque de la rafle et l’aspect inhumain", indique l'avocat Serge Klarsfeld, spécialiste reconnu de la Shoah et président de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France.

Il ajoute que durant le mois d'août, "les enfants ont été séparés de leurs parents et déportés sans leurs parents". De tous les enfants qui ont été déportés, aucun n’est revenu.

Accomplir "l’irréparable"

Il faut attendre le 16 juillet 1995 – 53 ans après les faits – pour que le président Jacques Chirac reconnaisse pour la première fois la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv et dans la déportation des populations juives sous le régime de Vichy. "Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée, chacun le sait, par des Français, par l’État français." déclare-t-il alors dans un discours historique. "La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux", ajoute le chef de l’État.

Durant leur mandat, François Hollande et Emmanuel Macron sont restés sur la même ligne. "La vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France", avait alors répété François Hollande en 2012. "C’est bien la France qui organisa la rafle (du Vel d’Hiv) puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort des 13 152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leur domicile, dont plus de 8 000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz", a déclaré M. Macron en 2017.

Commémorations de la mairie de Paris

Une série de commémorations sont organisées par la mairie de Paris cette semaine. Anne Hidalgo s’est rendue ce mardi 12 juillet au Mémorial de la Shoah à Drancy (Seine-Saint-Denis) et la cité de la Muette, en présence de Serge et Beate Klarsfeld ainsi que d’un représentant de chaque groupe politique élu au Conseil de Paris.

Ce vendredi 15 juillet, une cérémonie a eu lieu durant la matinée sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Deux kakémonos, réalisés en lien avec le Mémorial de la Shoah, ornent la façade de la mairie pour rendre hommage aux Parisiennes et Parisiens déportés.

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