Procès du 13-Novembre : le récit "terrifiant" de l’un des premiers policiers à entrer dans le Bataclan

Au 10e jour du procès, le commissaire de la BAC qui est entré en premier au Bataclan, avec l’aide de son coéquipier, a raconté son intervention. Christophe Molmy, ancien chef de la BRI, a également témoigné.

De scène de crime en scène de crime, les experts et les enquêteurs se succèdent à la barre, au procès du 13-Novembre. Après des témoignages consacrés aux constatations menées au Stade de France et aux terrasses du Petit Cambodge et du Carillon jeudi, au Bataclan vendredi, et aux terrasses de La Belle Équipe et du Comptoir Voltaire lundi, un autre policier s’est présenté devant la cour d'assises spéciale ce mercredi. Il s’agit du commissaire de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) de nuit à Paris qui est entré en premier dans le Bataclan avant de neutraliser l’un des trois terroristes présents dans la salle de concert.

Le policier, qui témoigne anonymement, raconte l’intervention. Après avoir reçu à 21h47 un appel sur les ondes radio des forces de l’ordre pour des tirs au Bataclan, lui et son équipier arrivent rapidement en voiture sur les lieux, quelques minutes après le début de l'attaque qui a fait 90 morts. Il décrit une scène "totalement apocalyptique", avec "des coups de feu incessants" et des barrières renversées : "Les portes se sont ouvertes d'un seul coup. Une masse compacte a couru vers nous, en hurlant."
 

Ma première réflexion a été de m'interroger : "Comment ont-ils fait pour tuer autant de personnes en aussi peu de temps ?"

Le commissaire de la BAC, à la barre

Le commissaire donne l’alerte, et avance vers "l’inconnu" après avoir dit à son collègue : "Il faut qu’on y aille". En pénétrant à l’intérieur de la salle, il fait face à "un tapis de corps", "enchevêtrés, mélangés". "Ma première réflexion a été de m'interroger : "Comment ont-ils fait pour tuer autant de personnes en aussi peu de temps ?"", commente le témoin. Il entend ensuite une voix, et aperçoit un terroriste sur scène, qui tient en joue un spectateur : "Il hurle : "Couche-toi au sol !"... L'homme avance, les mains sur la tête, l'air résigné, il commence à s'agenouiller"."

"Je dois ma vie au commissaire de la BAC et à son coéquipier"

C’est alors que les deux policiers ouvrent le feu, et tirent six fois. "Comme sur un stand". Le terroriste, touché, déclenche sa ceinture d’explosifs. Le commissaire décrit "une pluie de confettis" de "chair humaine". Visés par des tirs, les fonctionnaires prennent quelques secondes pour dire "au revoir" à leurs proches, par SMS ou par téléphone, "sans attendre la réponse". "Pour nous, nous allions mourir à ce moment-là", raconte le témoin. "Nous étions deux avec des armes de poing, avec des terroristes avec des armes de guerre", souligne-t-il également.

Les deux policiers sortent du Bataclan, avant d’entrer à nouveau à plusieurs reprises avec des renforts, pour commencer à secourir les blessés dans un contexte "terrifiant", avant l’assaut de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) vers minuit. Le commissaire raconte notamment avoir sauvé un "petit garçon de cinq ans, son casque anti-bruit sur la tête". Dans la salle d’audience, certains avocats transmettent des messages de remerciements au policier. Le policier, qui explique être "marqué à vie", affirme toutefois que "le nécessaire a été fait en termes de soutien psychologique".

Devant la salle d’audience, Bruno Poncet, survivant du Bataclan et partie civile, salue l’action du policier : "Je dois ma vie au commissaire de la BAC et à son coéquipier. Il intervient très rapidement, et ça enraye la machine. On le sait, nous, on avait un terroriste qui était juste à côté de nous au balcon. On entend bien que l’explosion de son confrère en bas le perturbe plus que tout."

Suite à une courte suspension, l’audience reprend ensuite avec le témoignage de l'ancien chef de la BRI, Christophe Molmy. Plusieurs membres de la brigade qui a mené l’assaut, pour mettre fin à l’attaque et libérer les otages, ont d’ailleurs livré des témoignages inédits à France 3 Paris Île-de-France, à l’occasion de l’ouverture du procès.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société attentats de paris terrorisme