TEMOIGNAGES. 600 000 euros envolés, 32 victimes. À Persan, un agent immobilier soupçonné d'escroquerie

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VIDEO. Un agent immobilier arnaque ses clients et s'enfuit avec 700 000 euros ©France 3 PIDF

C'est une escroquerie immobilière rarement vue dans le Val-d'Oise. Le dirigeant de l'agence Nestenn de Persan aurait perçu 600 000 euros de séquestres versés par une trentaine d'acheteurs au moment de leurs promesses de vente. Conséquence : certaines victimes vont se retrouver sans logement. Ces clients escroqués ont constitué un collectif déterminé à récupérer l'argent évaporé.

Ils devaient emménager cette semaine dans la maison de leur rêve, à Ronquerolles au nord du Val-d’Oise. Damien Dos Santos et sa femme Liliana ont signé un compromis de vente début décembre avec leur agent immobilier, et lui ont versé un acompte appelé "séquestre" de 32 000 euros pour réserver la maison jusqu'à la signature officielle. Mais le notaire n’a jamais reçu l'argent. Leur rêve se transforme alors en cauchemar. 

"Les années qu’on a passées à cravacher pour construire un avenir meilleur, tout tombe à l’eau. On s'est fait escroquer. J'ai un sentiment de rage, de haine"

Damien Dos Santos, victime présumée d'escroquerie

Damien Dos Santos, 37 ans, a grandi à Beaumont-sur-Oise, tout comme l’agent immobilier Soufyène Mazouz, poursuit : "on s’est fait manipuler. C'est un sentiment de dégoût, de haine, j'ai une rage en moi. C'est impensable, surtout quand c'est quelqu'un que l'on connaît depuis l'enfance."

Autre conséquence : la famille recomposée avec cinq enfants se retrouve presque à la rue. Pour payer leur achat, totalement bloqué, ils ont vendu leur maison et doivent la quitter début mars. Dans l'urgence, ils vont se serrer à neuf dans l'appartement des parents de Damien, avec toutes leurs affaires stockées dans un dépôt, pour une durée illimitée. "Vous vous rendez-compte", fulmine Liliana, "les enfants s'étaient projetés dans notre nouvelle maison, avec piscine, on imaginait déjà les travaux et on va se retrouver à 9 dans un appartement ! Ils en pleurent." En encore, la mère de famille tempère. "On n'est pas les plus à plaindre."

Mourad, lui, a versé près de 40 000 euros pour acheter une maison à Persan, adaptée au handicap de sa fille de 4 ans en fauteuil roulant. "Je suis taxi et me lève à 3 heures du matin pour aller bosser. J'ai mis des années à mettre 40 000 euros de côté !" 

Didier et Marie-Christine Sègre, retraités de la fonction publique aussi ont perdu 37 000 euros, "les économies de toute une vie", et se sentent dans une impasse.

Tous se sont rassemblés dans un collectif qui compte désormais 32 victimes, ayant chacune perdu entre 10 et 80 000 euros. Les salariés de l'agence réclament eux 60 000 euros de commissions non versée. Le préjudice total est estimé à 680 000 euros.

Soufyène Mazouz, 37 ans, avait pourtant de quoi inspirer confiance. Actions de solidarité, médiation de quartier, soutien scolaire, le jeune homme connu pour son côté frêle et très sympathique, avait présidé l’association EAJB (En avant Jeune Beaumontois) en  2013. 

En 2016, il entre dans le  réseau immobilier Nestenn et explose les compteurs. En 2020, il rachète l’agence de Persan, spacieuse, idéalement située, avec plusieurs salariés dont certains ont également déposé plainte, car ils n'auraient pas touché leur commission. Fermée début février, l'agence a été perquisitionnée par les gendarmes cette semaine.

Olivier Alonso, le PDG de ce groupe de 470 agences se dit "atterré". A nos confrères du Parisien il avait confié, "j’ai créé la franchise il y a vingt ans et je n’ai jamais connu une telle malhonnêteté", en précisant que, comme tout franchisé, Soufyène Mazouz était indépendant juridiquement et économiquement.

Un remboursement plus compliqué qu'il n'y paraît 

Les victimes ont multiplié les courriers auprès du réseau immobilier Nestenn, de l'assureur de l'agence, Allianz, mais aussi du Crédit Agricole de Chambly qui a vu transité ces sommes d’argent. Mais Liliana Marabuto, cofondatrice du collectif de victimes de l'escroquerie immobilière n’a reçu aucune réponse. "Aujourd'hui c'est quoi 600 000 euros même 1 million pour Nestenn et Allianz ? Je suis moi-même dans l'assurance, je sais très bien comment ça se passe, c'est rien. Ils le passent en sinistre c'est réglé."

Allianz aurait résilié le contrat de l'agence pour cause d'impayés, l'agent immobilier avait quitté le réseau Nestenn avant de fermer. Une situation qui peut compliquer le remboursement selon maître Cédric Buffo, avocat en droit immobilier : "si effectivement il a gardé l'argent dans sa poche et qu'il n'a rien reversé à la compagnie, qu'il n'a rien reversé à la caisse de garantie, c'est lui, personnellement, qui sera condamné et en cette hypothèse ça veut dire que c'est uniquement sur lui qu'on pourrait essayer de récupérer l'argent ce qui veut dire que s'il est insolvable et bien, ça va prendre des années et des années." 

Le parquet de Pontoise a ouvert une enquête du chef d’escroquerie, confiée à la gendarmerie de Persan. Soufyene Mazouz, que nous avons contacté sur son portable est aux abonnés absents.