Réouverture partielle de McDonald’s : pourquoi de longues files d’attente devant les drives ?

La réouverture de plusieurs McDonald’s, pour la livraison à emporter et à domicile, a parfois provoqué des scènes surréalistes en région parisienne. McDo, une nourriture "de réconfort" et "de liberté" en plein confinement ?

Le Big Mac, le burger emblématique de McDonald’s (illustration).
Le Big Mac, le burger emblématique de McDonald’s (illustration). © Christoph Schmidt/dpa/picture-alliance/MaxPPP
"On a une bonne queue de 400 mètres… Tout ça pour bouffer chez McDo". Alors que McDonald’s a rouvert plusieurs restaurants franciliens en drive et pour la livraison à domicile, la ruée vers les nuggets a donné lieu à des scènes insolites. En plein confinement contre la propagation du coronavirus, certains consommateurs étaient visiblement prêts à attendre des dizaines de minutes dans leur voiture, comme à Saint-Gratien. Dans cette commune du Val-d’Oise, la file de véhicules s’étalait lundi sur plusieurs centaines de mètres devant l’enseigne américaine, d’après des images diffusées sur Facebook. Même phénomène à Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne. Lundi également, l’afflux de clients a même créée un bouchon.Et là encore, des vidéos (ici ou , sur Twitter) montrant de longues files d’attente ont été largement partagés en ligne. L’écrivain et journaliste Didier Pourquery, qui raconte la saga industrielle de McDonald’s dans Une Histoire du hamburger-frites, publié l’été dernier, n’est "pas du tout étonné" devant de telles scènes. "McDo, c’est vraiment l’image d’une nourriture de liberté, explique l’auteur. Beaucoup plus d’ailleurs que la bouffe chinoise ou italienne qu’on va se faire livrer, parce qu’on va souvent chercher le McDo en voiture. Il ne faut pas oublier que McDonald's dans les années 1940 aux Etats-Unis, c’était déjà la bagnole. Et cet aspect "liberté" ressort encore plus dans le contexte du confinement. C’est de la "take out food", de la nourriture qu’on prend à l’extérieur ou qu’on ramène chez soi."

C’est une nourriture de réconfort

Didier Pourquery souligne aussi la dimension "régressive" des menus : "Le sucre et la graisse, ça rassure. On aime manger McDo même si on sait que ce n’est pas terrible pour notre santé, et même si on est conscient du lien entre fast food et obésité. C’est une nourriture de réconfort, quand on se retrouve à déplier son papier, avec l’odeur des frites. Et c’est aussi extrêmement addictif. D’importantes études montrent cet aspect régressif, il y a presque un côté maternel."

"OMG, c’est bon, McDonald’s réouvre ses portes pour ses employés"

Sur les réseaux sociaux, lundi, certains influenceurs ont par ailleurs mis en avant la réouverture du service de livraison à domicile, se photographiant avec leur menu. C’est par exemple le cas de Wesley Krid et ses plus de 121 000 abonnés sur Twitter, pour une commande au McDonald’s de la place de la République à Paris. "La génération qui a autour de 30 ans aujourd’hui a souvent fêté son anniv’ chez McDo ou Quick lors de l’enfance, explique Didier Pourquery. Depuis sa création, McDonald’s raconte aussi une histoire de famille. En France, c’est le premier resto qui a décidé de fêter les anniversaires des petits. Avec le Happy Meal, c’est l’une des bases. Ça crée une relation durable avec les jeunes. En dehors des écoles, McDo est l’organisation qui vend le plus de nourriture aux enfants, au niveau mondial."

Il y a une forme de proximité dépaysante, d’un ailleurs fantasmé

L’auteur pointe aussi la force de frappe de la multinationale en termes de communication : "Dans le domaine du fast food, on nous raconte des histoires et on nous vend des images. Quand je rentre dans un McDo, après avoir traversé un grand parking glauque, je rentre dans un espace qui me parle de Chicago et du hamburger classique américain. Il y a une forme de proximité dépaysante, d’un ailleurs fantasmé. Et le message, c’est : "Venez comme vous êtes", on n’est pas chez "Top Chef"". Et même si l’intérieur des McDo reste fermé au public pendant le confinement, Didier Pourquery rappelle l’aspect "social" associé à la firme : "Quand il n’y a pas forcément grand-chose autour, et qu’il n’y a plus de bistrot… C’est un lieu de rencontre pour les jeunes, notamment en banlieue parisienne." Si seulement quelques points de vente ont repris leur activité pour l’instant, provoquant d’ailleurs la colère et l’inquiétude des syndicats, la firme – implantée dans l’Hexagone depuis plus de 40 ans – regroupe au total 1 490 restaurants au niveau national. Le tout premier McDo (même si l’entreprise a depuis tenté de réécrire l’histoire après une bataille juridique avec le premier franchisé) a d’ailleurs ouvert en région parisienne, en juin 1972 à Créteil, dans le Val-de-Marne. La France, où l’enseigne sert en temps normal 1,8 millions de repas servis chaque jour, est le deuxième marché pour la multinationale, après les Etats-Unis.

Il y a un paradoxe, qui rejoint la relation amour-haine qu’on entretient avec tout ce qui vient des Etats-Unis

"C’est drôle, alors que la France est le pays de la gastronomie, nous sommes aussi les plus gros bouffeurs de hamburgers en Europe, souligne Didier Pourquery. Il y a un paradoxe, qui rejoint la relation amour-haine qu’on entretient avec tout ce qui vient des Etats-Unis, comme pour l’ouverture d’Euro Disney dans les années 1990. McDonald’s est arrivé en plusieurs fois en France dans les années 1970, et ça a très bien marché. Le hamburger, lui, est arrivé dans les années 1960 et, pareil, ça a très bien fonctionné là où ça se vendait au début, à Paris notamment."

Selon franceinfo, la situation francilienne n’est ceci dit pas un phénomène isolé. Des scènes similaires se sont également produites en Belgique et à Foetz, au Luxembourg, où McDonald’s a également décidé de rouvrir des restaurants cette semaine.
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