INTERVIEW. "S'il n'y a pas d'investissements sur la question du handicap, il y aura des effets pervers", alerte la vice-présidente de l'UNAPEI

À l'occasion du congrès 2023 de l'Unapei, Sophie Biette, présidente de l'ADAPEI Loire-Atlantique et vice-présidente de l'UNAPEI, alerte les autorités sur les financements trop légers du gouvernement sur la question du handicap, qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour le futur, selon elle.

Comment travaillent les associations pour l'inclusion des personnes en situation de handicap ?

Il y a beaucoup de boulot depuis un certain nombre d'années, les organisations parentales cherchent des solutions depuis 70 ans. Nous nous sommes beaucoup investis sur les lois autour du handicap, sur les lois de 1975 et de 2005 surtout.

Mais aujourd'hui, nous sommes en 2023 et si la question du handicap est bien prise en compte dans les textes de lois, nous manquons de moyens financiers pour pouvoir accompagner l'ensemble des personnes dans leur droit.

Mais pourquoi vous avez besoin de cet argent, de ces investissements ?

Pour pouvoir mieux payer les professionnels qui sont essentiels et qui ont des salaires peu élevés. Cela leur permettrait de plus de leur donner accès à des formations complémentaires, les connaissances évoluent avec les différentes situations de handicap.

On peut avoir été formé à quelque chose il y a 15 ans et avoir besoin de se remettre à jour régulièrement.

Quelles peuvent être les conséquences s'il n'y a pas d'investissements ?

Si on ne dépense pas cet argent à cet endroit-là, il y aura des effets pervers, de nouvelles dépenses induites vont être générées de façon automatique sans une once de meilleure qualité de vie.

Pour être concret, des parents vont être obligés d'arrêter de travailler si leur enfant n'est pas accompagné ou en structure. S'ils ne travaillent pas, ils ne paieront pas d'impôts, ils vont être précarisés, avoir besoin d'aides sociales différentes, qui ont finalement un coût pour le gouvernement.

C'est pour ça que je préfère parler d'investissements plutôt que de dépenses.

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Le congrès de l'Unapei, à Nantes, permet de mettre la lumière sur certaines entreprises qui visent l'inclusion par le travail, comme l'ESAT de Blain, en Loire-Atlantique. ©France Télévisions - Antoine Ropert

Est-ce que c'est un secteur qui a des difficultés à recruter ?

En effet, le recrutement est un véritable enjeu, il y a une crise, ce n'est pas en dévalorisant et en ne donnant pas les moyens à un secteur qu'on va attirer ni valoriser ces métiers. C'est au contraire en investissant dedans qu'on va devenir attractif. Ce n'est pas une question de texte de lois, mais vraiment d'investissements pour faire évoluer la situation.

Les situations de handicap peuvent aller d'une situation où on a besoin d'aide quelques heures par semaine ou alors 24h/24 et toute la semaine. Les besoins sont très différents, mais il n'y a plus assez de places en structure, il y aurait 8 000 demandes de personnes en situation de handicap en attente pour l'ensemble de la région Pays de la Loire.

Que représente l'UNAPEI au niveau national ?

L'UNAPEI c'est un réseau d'associations de parents de personnes en situation de handicap, il y en a à peu près 350 en France qui accompagnent 200 000 personnes en situation de handicap.

C'est un secteur avec énormément de salariés, nous sommes des entreprises militantes. En Loire-Atlantique, par exemple, c'est plus de 1 800 salariés, ce qui fait de nous l'une des entreprises les plus importantes du département.

À quoi sert ce congrès annuel de l'UNAPEI ?

À se rassembler, à se voir, chacun travaille sur son territoire et le congrès permet de partager des valeurs. La ministre Geneviève Darrieussecq vient demain matin (ce jeudi, NDLR), ce congrès est aussi l'occasion de lui faire part de nos revendications.

Nous avons peut-être un peu trop cru en la société inclusive, que tout allait s'arranger naturellement sans rajouter d'euros, mais ce n'est pas possible. Ce congrès, c'est aussi l'occasion de réinterroger cette façon de viser une société inclusive que tout le monde souhaite.