"On veut les mettre au pied du mur" : sur la montagne de Lure, le ton monte d'un cran entre opposants et administration

Alors que deux militantes écologistes comparaissent mardi 5 décembre devant le tribunal de Digne, la tension ne cesse de s'amplifier dans la montagne de Lure. La construction d'une centrale photovoltaïque sur 17 hectares de forêt est bloquée par des associations et des riverains, qui bataillent sur tous les fronts.

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La mobilisation "écocitoyenne" résiste au temps et aux intempéries. Les associations bloquent le chantier Boralex de Cruis dans la montagne de Lure depuis le mois d'août 2023, mais conduisent silencieusement une autre bataille, sur le terrain juridique et administratif. Depuis un an et demi, l'Association Nationale de la Biodiversité, le Groupement national de surveillance des arbres et le collectif Elzéard occupent le terrain juridique et médiatique, pilonnant le Parquet et la préfecture de mises en demeure d'agir. Marie Véroda porte-parole de GNSA nous explique pourquoi cette stratégie est celle de la dernière chance.

France 3 Provence Alpes : est-ce que vous confirmez que le ton monte dans ce dossier ? 

Marie Véroda : On bloque depuis quatre mois et demi ce chantier, par une extrême chaleur ou là sous la pluie verglaçante, c'est usant. En face, il n'y a aucune prise en compte de nos arguments qui s'appuient sur la réglementation. La semaine dernière, la seule réponse émanait du Préfet pour nous dire que tout est clair dans les autorisations et dans le respect du Code de l'environnement.

Par contre, il ne justifie rien alors que nous, ça fait des mois qu'on justifie tout notre argumentaire, qu'on finance des expertises. La réglementation sur les espèces protégées n'est pas appliquée. Donc oui le ton monte parce qu'on voit bien que quand on ne bloque pas les travaux, ils avancent, et les destructions sont irréversibles. A Cruis, la montagne est éventrée par des terrassements et des tranchées. Ce n'est pas simplement des panneaux qui sont posés sur la montagne, ce n'est pas ça.

Dans leurs courriers, les associations mettent en cause de manière très directe la responsabilité du Préfet et du Procureur dans ce dossier, vous ne craigniez pas d'aller trop loin ? 

La manière d'aborder les autorités change, oui, En fait, elles ne sont peut-être pas habituées à avoir en face d'elles des personnes incorruptibles. Ils n'ont pas de prise sur nous, les trois associations les plus engagées sur le terrain ne sont pas subventionnées, on est tous des bénévoles. Ce qui nous anime, c'est le cœur. Jusqu'à présent, on brandissait la législation, la réglementation environnementale, mais maintenant, on brandit aussi la réglementation qui oblige ces acteurs-là à accomplir leur mission.

Sur le terrain, le blocage du chantier par des militants se poursuit, la tension monte également avec les forces de l'ordre ?

La société Boralex a élargi le nombre d'agents de sécurité et la gendarmerie laisse faire des débordements et ça, ce n'est pas tolérable. Boralex envoie des hommes de main sur le terrain face aux manifestants et on détient des preuves en images.

Une jeune femme, de plus handicapée physique, a été envoyée valser sous la main d'un agent de sécurité et les gendarmes à deux pas ne sont pas intervenus. C'est inacceptable

Ce mardi au tribunal deux militantes écologistes comparaissent pour avoir entravé le chantier, jusqu'où irez-vous pour défendre la montagne de Lure ?

Nous continuerons à nous battre au plan juridique. Deux plaintes sont actuellement à l'instruction. Notre stratégie est de ne pas laisser les choses pourrir, il n'y a plus le temps ! L'urgence, ça fait un moment qu'on l'a dépassé pour les espèces protégées, c'est de l'extrême urgence. Le préfet a sur sa table tous les outils pour arrêter ce massacre, il ne le fait pas, l'OFB a tous les outils pour dresser des constats,  et même arrêter les engins qui commettent des infractions et ne le fait pas. On veut les mettre au pied du mur.