Après le désengagement de la région Paca, les Alpes-Maritimes financeront le comité régional de tourisme CRT Côte d'Azur

Le département des Alpes-Maritimes va compenser la subvention de 730.000 euros que la région Paca a récemment retiré au Comité régional de tourisme CRT Côte d'Azur. Le tout, sur fond de querelles politiques entre les élus de droite dans la région.
 Conférence de presse du CRT -Côte d'Azur avec de gauche à droite : Éric Ciotti, Charles-Ange Ginésy, David Lisnard et Claire Behar.
Conférence de presse du CRT -Côte d'Azur avec de gauche à droite : Éric Ciotti, Charles-Ange Ginésy, David Lisnard et Claire Behar. © Eric Ottino Maxppp

Face aux inquiétudes des professionnels du tourisme azuréen et des airs de nouveau règlement de compte à droite en Paca, le conseil départemental des Alpes-Maritimes a annoncé ce 3 août prendre le relais de la région pour financer le comité régional du tourisme (CRT) Côte d'Azur, dont la survie était menacée. 

Cette proposition, faite lors d'une conférence au Palais Sarde de Nice, sera soumise au vote devant le conseil départemental. Elle devrait être approuvée sans surprise.

Le 23 juillet, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur Renaud Muselier et sa majorité avaient entériné la fin du financement de 730.000 euros à ce comité local, présidé par le maire de Cannes David Lisnard, pour transférer la totalité des fonds sur le comité régional de Marseille. 

Pour l'élu LR, qui a entamé son deuxième mandat à la tête de la région en juin, il ne peut y avoir qu'une seule instance dédiée au tourisme, pour des raisons financières notamment liées à une alerte de la chambre régionale des comptes. 

Deux CRT pour une région

L'objectif de cette structure est de faire rayonner le territoire au delà de ses frontières géographiques, et d'aider les professionnels du tourisme à se faire connaître en France et à l'étranger.

Spécificité locale, il existait en Paca deux comités régionaux du tourisme depuis 1942 - un sur la Côte d'Azur, et un à Marseille - là où les autres régions de France n'en ont qu'un.

Ces dix dernières années, la subvention allouée au CRT azuréen avait déjà connu une baisse progressive, et les conseillers régionaux estiment que cette décision permettra de rentrer dans le cadre réglementaire. 

Lors de l'annonce de ce désengagement financier, "soudain et inattendu" en cette période de crise sanitaire et économique, plus de 90 élus et 650 professionnels du tourisme azuréens avaient fait part de leur indignation et plaidé pour le maintien d'une agence de promotion spécifique à la Côte d'Azur. 

"La loi autorise l'existence de deux CRT", défend de son côté Charles-Ange Ginésy, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, qui estime que piloter la promotion touristique à l'échelle régionale viendrait à négliger les spécificités de son territoire. 

Suite à l'annonce du conseil départemental des Alpes-Maritimes, la directrice du comité, Claire Béhar, a fait part de son soulagement pour son équipe de vingt personnes. "Le département n'aurait jamais laissé de côté le personnel d'une structure qui existe depuis 1942 [...] et qui a une compétence et une expertise reconnue", confie-t-elle, soulagée. 

Règlement de compte politique à droite

Cette mesure, plutôt technique au premier abord, a suscité la colère et l'incompréhension de nombreux élus azuréens, sur fond de tensions politiques entre les élus de droite locale depuis les régionales 2021.

Certains d'entre eux, comme le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, assurent qu'il s'agit d'une forme de vengeance après les élections, marquées par le psychodrame de l'investiture de Renaud Muselier dans le camp des Républicains. 

Pas de doute selon lui : le président élu souhaite faire "payer ceux qui ne l'auraient pas suffisamment soutenu lors des régionales", a-t-il déclaré à France Bleu Azur, évoquant de "basses raisons politiciennes".

À cette occasion, le maire de Cannes et président du CRT Côte d'Azur, David Lisnard, n'avait pas affiché de soutien clair à la candidature Muselier, qui faisait débat jusque dans les plus hautes instances du parti. Les élus LR des Alpes-Maritimes, plus généralement, s'étaient publiquement opposés à sa nomination

Renaud Muselier s'en est défendu, et a renvoyé la balle au maire de Cannes dans Nice-Matin, qu'il accuse d'utiliser le comité pour "financer sa campagne présidentielle". Des attaques que David Lisnard juge "fantasmées et grotesques", et pour lesquelles il a annoncé mardi porter plainte en diffamation. 

Devant les professionnels du tourisme, l'élu cannois a privilégié la carte de l'autonomie et de la proximité pour appuyer le maintien du CRT.

"Cet outil dédié à la promotion nationale et internationale de notre territoire conservera ainsi toute son agilité, loin de toute vision technocratique centralisatrice", s'est-il aussi félicité dans un communiqué de presse. 

Près de 75.000 emplois dépendent de l'économie du tourisme sur le territoire du CRT Côte d'Azur, avec 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et plus de 13 millions de visiteurs.

À l'avenir, les deux comités de tourisme de la région Paca devraient donc exister côte à côte, mais sans travailler conjointement. 

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