Une mosquée de Cannes visée par une fermeture pour antisémitisme et incitation à la haine, "injustifié" pour le recteur

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Écrit par Laurent Verdi avec AFP
L'entrée de la mosquée Al Madina Al Mounawara de Cannes, dont la fermeture a été annoncée par le ministre de l'Intérieur.
L'entrée de la mosquée Al Madina Al Mounawara de Cannes, dont la fermeture a été annoncée par le ministre de l'Intérieur. © David Da Meda / France Télévisions

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé ce mercredi avoir "fermé" une mosquée à Cannes, dans les Alpes-Maritimes.

Selon le ministre de l'Intérieur, cette fermeture a lieu en raison notamment de "propos antisémites" tenus dans l'enceinte de la mosquée.

"Nous fermons l'une des mosquées de Cannes car nous lui reprochons des propos antisémites, des soutiens au CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France) et BarakaCity", dissous fin 2020, a indiqué le ministre de l'Intérieur sur la chaine de télévision Cnews.

Comme les équipes de France 3 Côte d'Azur ont pu le constater, le lieu de culte n'était pas fermé ce mercredi mais une procédure a bien été engagée.

Il s'agit de la mosquée située au 1 bis avenue du Petit Juas sur un terrain privé.

L'ancien recteur visé

Recteur de la mosquée Al Madina Mounawara depuis aout 2021, Amhed Gessoum ne comprend pas cette décision. 

Face aux journalistes il explique que cette procédure engagée pour fermer la mosquée punit les 600 fidèles habitués à prier dans ce lieu de culte. Elle est "injuste et injustifiée".

Selon lui la mairie et les services de l'État mettent en cause l'ancien recteur de la mosquée Mustapha Dali.

Mustapha Dali, avait réagi suite à l'attentat de Nice en juillet 2016  en condamnant le "fanatisme barbare" dans une publication sur les réseaux sociaux. 

"J'espère voir nos imams et nos prêcheurs dénoncer et accomplir leur obligation à promouvoir la religion de miséricorde en face du fanatisme barbare." avait alors écrit l'ancien recteur mis aujourd'hui durement en cause avec cette fermeture.

De multiples signalements

La mairie de Cannes précise dans un communiqué que : "Cette décision intervient après un travail minutieux de recherches des services de l’Etat et de multiples signalements effectués directement par la municipalité de Cannes depuis 2015".

Le directeur général des services de la ville nous indique qu'une grande partie de ces signalements concerne des publications sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte Facebook de l'ancien recteur.

"De multiples signalements effectués directement par la municipalité de Cannes depuis 2015"

Communiqué de presse de la ville de Cannes

Le communiqué de presse ajoute : "Nous savons que l’immense majorité des musulmans qui fréquentent cette mosquée très ancienne ne partagent pas sa dérive ; certains nous avaient d’ailleurs alertés."

Visant directement le recteur de la mosquée Mustapha Dali, la ville de Cannes ajoute : "il revient donc de faire émerger de nouveaux dirigeants respectueux de la République française et du pays pour que le lieu de culte puisse alors rouvrir".

Fermeture de deux mois

Dans un communiqué, le préfet des Alpes-Maritimes indique avoir lancé une procédure contradictoire "afin d’envisager la fermeture administrative de la mosquée Al Madina al Mounawara pour une durée de deux mois, au titre de l’article 36- 3 de la loi du 9 décembre 1905".

"Des comportements ambigus ont été entretenus avec des individus appartenant à la mouvance islamiste radicale et acquis aux thèses pro djihadistes".

Communiqué de la préfecture des Alpes-Maritimes

La préfecture confirme les informations de la mairie de Cannes et du ministre de l'Intérieur et ajoute que la mosquée : "multiplie les propos haineux envers la France, ses institutions et ses lois d’une part, tient des propos incitant à la haine envers les homosexuels ou transsexuels d’autre part et enfin fait montre d’une haine antisémite explicite".

Selon la préfecture, "des comportements ambigus ont été entretenus avec des individus appartenant à la mouvance islamiste radicale et acquis aux thèses pro djihadistes".

Plus de 20 lieux de culte fermés

Selon le ministère de l’Intérieur "21 lieux de culte sont actuellement fermés, du fait de prescriptions administratives, d’une décision judiciaire, d’une reprise de bail, de travaux ou d’une fermeture administrative", 6  "font l’objet d’une instruction qui permettra d’engager une fermeture, notamment sur la base de la loi séparatisme".

Fin décembre, une mosquée de Beauvais dans l'Oise avait été fermée suite à des prêches de son imam valorisant le djihad. Cette mosquée a depuis rouvert en attendant la décision administrative. 

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