Le seul hôtel de cette commune des Alpes-Maritimes devient-il un centre d'accueil et d'hébergement des migrants mineurs ?

Depuis le démontage de l'enseigne, la colère des riverains est montée d'un cran. Ils redoutent qu'un centre d'accueil de migrants ne s'installe à côté de chez eux à Châteauneuf-Grasse dans les Alpes-Maritimes. Le maire a mis l'affaire dans les mains des avocats. Le Département a quant à lui signé une convention qu'il finance par plus de deux millions d'euros.

C'est le symbole d'une crise migratoire.

À Châteauneuf-Grasse, le panneau de l'hôtel Campanile a été enlevé ce mardi 20 juin. 

Un changement en apparence anodin. Mais, en fait, l'hôtel serait en train de devenir un centre d'accueil et d'hébergement de jeunes migrants. Depuis le 15 mars, c'est déjà le cas. L'association entraide Pierre Valdo loue des chambres à l'hôtel Campanile, le seul de cette commune de 7300 habitants. 

En avril, certains élus et riverains s'étaient déjà indignés de cette situation. 

Depuis le démontage de l'enseigne, la colère est montée d'un cran. Car les riverains pensent que le propriétaire louerait l'Hôtel Campanile de manière définitive.

Ce que confirme le maire de la commune joint par téléphone par France 3 Côte d'Azur.

Le cuisinier a déjà reçu sa lettre de licenciement pour motif économique, ainsi que sept salariés de l'hôtel. Aucune offre de reclassement n'a été proposée à ces salariés, d'après nos journalistes présents sur place ce jeudi 22 juin.

Une convention signée 

Une convention a été signée entre le Département et l'association en question. Cet accord que France 3 Côte d'Azur a pu consulter change ainsi la destination de l'établissement hôtelier en créant "une structure d'accueil pour Mineurs Non Accompagnés", dixit le document. 

Une somme de 2.396.210 euros a été octroyée par le Département, permettant de prendre en charge les dépenses nettes de la structure d'accueil.

Ce sont ainsi précisément 26.280 journées prises en charge selon le chiffrage prévisionnel pour l'année 2023. Soit 91,18 euros pour une journée d'hébergement.

"Business social"

Emmanuel Delmotte, maire sans étiquette, de cette commune réputée tranquille, est le dernier informé dans cette affaire. Il l'a appris presque par hasard, lorsque les réservations de la troupe de théâtre ont été annulées par l'hôtel Campanile. Officiellement, pour travaux.

Comme l'hôtel n'a pas été mis en vente, il ne peut pas non plus le préempter.

Aujourd'hui, il constate que "sept salariés français vont être licenciés pour un centre d’hébergement censé servir de gare de triage." Certains travaillent à l'hôtel depuis longtemps. Une réunion est prévue ce jeudi matin à l'hôtel Campanile.

Selon lui, l'hôtel gagnerait plus d’argent en hébergeant des migrants qu’avec une activité commerciale classique.

Mais, Emmanuel Delmotte a choisi de s'opposer à ce changement par la voie légale, en transmettant le dossier à des avocats.

Il dénonce la gabegie d'argent public et un "business social".

Au passage, il accuse l'association chargée d'aider les migrants mineurs isolés : "Je pense que cette association est un marchand de sommeil (... ) ils n'ont aucun intérêt humanitaire, rien à faire des migrants et des voisins et le plus dramatique, c’est que c’est financé par l’argent public."

"Ils sont montés à 100 dans les 49 chambres"

Depuis plus de deux mois, le nombre de migrants accueillis à l'hôtel a augmenté, passant d'une vingtaine à une centaine.

Selon l'élu, "cela crée des problèmes d'ordre public, ils sont montés à 100 dans les 49 chambres."

En perdant l'hôtel, la commune perd aussi 20.000 à 30.000 euros de taxe de séjour, soit l’équivalent d’un emploi.

Si ce n'est plus un hôtel, il n'y aura pas de commission de sécurité, mais l'établissement deviendrait de fait un ERP : "un établissement recevant du public". Surtout, en cas de problème ou d'incendie, c'est le maire qui deviendrait responsable.

"50 personnes qui parlent et qui crient devant la chambre"

L'une des voisines de l'hôtel est excédée. Elle habite à Châteauneuf-Grasse depuis 30 ans, une maison à crédit : "je vais vendre à perte… Pour leur laisser la place..."

Elle fait partie des six co-propriétaires qui ont une petite maison derrière l'hôtel. Elle décrit les lieux, selon elle pas adaptés : "Nos maisons sont à 20 mètres de l’hôtel et comme les chambres sont avec des coursives quand vous avez 50 personnes qui parlent et qui crient devant la chambre, c’est comme si vous aviez 50 personnes qui crient dans votre jardin, depuis le mois de mars."

Elle se sent abandonnée et vit avec les fenêtres fermées malgré la chaleur estivale.

Son coeur balance entre tolérance et ras-le-bol : "Nous notre vie, elle est pourrie, nous personne ne nous aide. On vit à 20 mètres d’un centre de migrants. J’aurais été tolérante… Mais depuis le mois de mars, on est moins tolérants parce que c’est à côté de chez nous. Les gens ont peur de parler, d'être pris pour des "fachos".

Dans l'immeuble qui jouxte l'hôtel il y aurait une centaine de résidents. L'endroit était calme, le cadre champêtre.

En contrebas, il y a un jardin pour enfants. Depuis ce qui s'est passé à Annecy, il y aurait moins d'enfants en train de jouer : "les gens ne sortent plus parce qu’ils ont peur." 

Même si aucun incident n'est à déplorer à ce jour.

Enjeux politiques

Face aux nuisances sonores répétées, une autre voisine appelle les gendarmes tous les jours.

"On est lâchés par les élus, mais pas par notre maire, le problème, c'est le Conseil départemental : ils se déchargent."

Les riverains se réunissent fréquemment en assemblée pour parler de ces problèmes de cohabitation.

Principale question : combien de temps cela va durer ? La date un temps évoquée du 30 septembre, semble s'éloigner chaque jour. Alors un an ? Dix ans ?

Alerté dès les premiers jours, le député RN Lionel Tivoli trouve scandaleux que cette association d'accompagnement des migrants soit subventionnée par le Conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Le député RN demande que les subventions soient annulées.

Le maire de Châteauneuf-Grasse est bien conscient des enjeux politiques : "Le risque, c’est que tout le monde aille voter Rassemblement national."

Seuil de tolérance

Ancien directeur de lycée, il pointe les conséquences sur les jeunes migrants déracinés : "c'est lamentable ! Ça va retomber sur ces jeunes, ça va faire monter le racisme tout ça à cause de l’incompétence de ces opérateurs. Les fautifs, ce sont ceux qui créent les situations de conflit."

À Châteauneuf-Grasse, le seuil de tolérance semble avoir été atteint. 

L'élu propose sans rire d'autres solutions de logement : "Et pourquoi pas un hôtel de luxe à Cannes ? Ou le fort de Brégançon ?" - Il s'agit de la résidence des Présidents de la République dans le Var NDLR.

Surtout, il ne veut pas que sa paisible commune, d'habitude ouverte à l'accueil des réfugiés, rejoigne la rubrique des faits divers.

Jusqu'ici, elle était réputée pour son panorama, ses oliviers centenaires et ses bâtisses du 16ème siècle. Une autre époque.