IMMERSION Présidentielle 2022. Comment une petite ville tente de résoudre le problème des transports ?

Deux jours passés à La Trinité dans les Alpes-Maritimes. Ici comme ailleurs, le problème des transports et des bouchons est prégnant. Des projets sont en cours, pour certains, de longue date : navette électrique à la demande, aménagement de pistes cyclables et surtout le tramway qui devrait bientôt relier la commune à Nice.

Lancée le 25 août dernier, la plus grande consultation en ligne réalisée en France vient de s’achever.  #MaFrance2022 , une opération réalisée par France 3 Régions en partenariat avec France Bleu et la plateforme Make.org, a réuni un million de participations et rassemblé 34.000 propositions citoyennes. Rien que ça. Parmi toutes ces propositions, 12 priorités ressortent, à point pour la Présidentielle. 

Parmi les 12 priorités listées par les Français ayant répondu à la consultation :

"Développer des transports plus écologiques dans tous les territoires"

Lorsque l'on arrive à La Trinité, on est frappé par l'omniprésence des infrastructures routières. La ville s'est construite le long du Paillon, mais aujourd'hui ce nom est plus associé à la pénétrante du Paillon qu'au fleuve côtier lui-même. 

Cet axe routier, construit par tronçon depuis les années 1980 a permis de relier les vallées azuréennes au littoral :

J'ai pu constater que les temps de trajet varient du simple au double en fonction de l'horaire. J'ai rencontré les habitants et les usagers des routes, une façon d'aborder la question des transports au quotidien qui trouve une résonance avec la consultation citoyenne :

Il faut des villes sans voiture avec des routes aménagées seulement pour les vélos, trottinettes, piétons, bus, tram et ambulances

Itmatters

sur la plateforme Make.org

En Provence-Alpes-Côte-d'Azur, par exemple, 72 % des habitants des métropoles utilisent la voiture pour aller au travail, quand ce chiffre grimpe à 90 % pour les territoires ruraux. 

La ville de La Trinité est surnommée une "cité-dortoir", beaucoup d'habitants vivent ici et travaillent à Nice ou à Monaco. J'ai rencontré un policier en dehors de son service et quand je lui parle des transports en commun : "Moi j'ai des horaires atypiques, à 4 heures du matin il n'y a pas de bouchons, mais pas non plus de transports en communs, donc je choisis la voiture".

En revanche, certains font le choix de la voiture électrique "il y a des bornes qui commencent à être installées notamment en centre-ville donc c'est intéressant". 

Développer le réseau de bus

Depuis le quartier de La Plana sur les collines, je peux voir l'étendue de l'urbanisation en contre bas.

Ici, la colline est très arborée, 80 % de forêt recouvre la commune, on est comme à la campagne. Les habitants s'y sentent d'ailleurs très bien. Mais se pose forcément la question des transports en commun : "vous avez des bus ici ? " 

George Cristaldini, vice président de l'association d'animation du quartier La Plana, m'avait raconté pour un précédent article l'histoire de ce quartier construit pour les ouvriers en 1973.

Il y habite depuis 50 ans : 

Il y a quelques années (plus d'une dizaine), il y avait un bus, mais ce n'était pas rentable, alors ils l'ont enlevé.

George Cristaldini

Chaque année, la ville perd des habitants, de près de 11.000 en 2008, on passe à 9 900 en 2018.

Pour Robert : "de ceux qui sont arrivés comme nous en 1974, certains sont partis. Comprenez, il faut quand même faire 2 kilomètres pour aller se ravitailler". Et Carmela de rajouter "moi le jour où je ne peux plus conduire, je vais mourir seule ici..."

Navette à la demande

En réalité depuis 2020, il y a un nouveau service de navette qui est proposé à la demande. Encore faut-il le savoir, mais des navettes électriques font le tour de La Trinité sur rendez-vous pour permettre aux habitants des différents quartiers de rejoindre le centre-ville.

Dans son bulletin municipal, la mairie explique avoir mis en place la ligne C11 : "Ce service de transport à la demande s’opère sur réservation et prend en charge les utilisateurs du lundi au samedi, de 7h30 à 18h30". Les habitants ont pu faire rajouter des arrêts de bus en fonction des besoins.

A ce propos, je rencontre une maman qui a utilisé ce service :"Sur le principe, c'est une bonne idée, nous, on avait pas accès aux transports en communs. Mais mon fils arrivait en retard donc on a arrêté. Après, c'était peut-être le début, il faudrait que je réessaie."

Sur la plateforme Make.org, vous étiez 87 % à être d'accord pour développer le transport en commun pour diminuer la place de la voiture.

Le tramway, enfin ? 

C'est un projet, presque l'Arlésienne, tellement on ne l'espérait plus ici. D'ailleurs, les gens que je rencontre me disent : "Maintenant, j'attends de voir parce qu'on dit tellement de choses". 

Cette extension de la ligne niçoise en direction du quartier de l'Ariane et de la commune de La Trinité, c'était un engagement de l'ancien maire de Nice, Jacques Peyrat (de 1995 à 2008). Il l'avait pris dans le bureau de Jean-Claude Gayssot, alors Ministre des Transports du gouvernement de Lionel Jospin. C'était une condition pour la participation de l'état au tramway niçois.

Presque 20 ans plus tard, voilà que le projet abouti enfin.

Cette ligne de 7,6 kilomètres comprendrait 16 stations pour un bassin de population de 50.000 habitants.

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Lanislas Polski maire de la Trinité explique le projet du Tramway qui doit arriver à la Trinité en 2027 ©Coralie Becq FTV

Je rencontre le maire à l'endroit même où le tramway doit arriver en 2027 : "à terme c'est : 18 000 voitures par jour qui ne circuleront plus sur les axes routiers soit une diminution de 20% à 25 % du trafic routier quotidien. Ce sont donc 2.000 tonnes de CO² évitées par an". 

Et la place du vélo ? 

Entre l'autoroute A8 qui surplombe La Trinité, la pénétrante et les axes secondaires, il y a peu de place pour les vélos. D'ailleurs, je n'en ai vu aucun en deux jours passés sur place. Quand je fais part de mon constat au maire, il dit le partager avec moi : "Pour l'instant, je suis d'accord. Les infrastructures ne sont pas adaptées, mais le but, c'est qu'elles le soient le plus rapidement possible. A l'horizon 2023, une piste cyclable reliera La trinité au centre de Nice, ça fait partie du projet d'aménagement avec le tramway". 

Je comprend tout de même, que le vélo ne sera pas la priorité, dans une ville cernée de collines où les gens peuvent partir travailler relativement loin via l'autoroute.  

Une histoire de trinitaire

En montant sur la colline en direction du quartier "Le haut de la Trinité", je me retrouve au même niveau que l'autoroute A8. Les voitures passent juste devant moi.

Ici, il y a un grand stade et derrière une association qui gère un poney club. Je vais pouvoir discuter environnement et transports avec les parents qui amènent leurs enfants. 

La propriétaire me présente son père "un vrai Trinitaire !" et je m'assois pour le café avec lui. Pas de chance les nuages cachent le soleil aujourd'hui, sinon le cadre est incroyable.

Je viens de quitter la ville et je me retrouve entourée d'arbre au milieu des 24 poneys et d'un lama !

Gérard Alocco a 68 ans, ses grands-parents sont arrivés en 1945 : "C’était la campagne, mes parents habitaient au port de Nice, quand on allait chez les grands-parents, il y avait un car qui partait le matin et un qui revenait l’après-midi."

Dans les années 60, c’était la campagne ici, il y avait quelques maisons individuelles, on avait pas l’eau courante.

Gérard Alocco

Gérard est un Trinitaire convaincu, il me dépeint son paradis : "Ici, il fait bon vivre. Pour moi, c’est une urbanisation contrôlée qui va dans le sens de l’écologie (vu que c’est la grande mode aujourd’hui l’écologie) et regardez, on a un beau stade de foot, un poney club, et de nombreuses associations."

Concernant les transports, il voit dans la physionomie particulière de la ville des avantages partout : "Là, on est à 5 minutes de la place du centre-ville et pourtant, on se croit à la montagne. On est très près de la ville et de l’autoroute. Pour nous, c’est pratique, nos adhérents viennent facilement de loin (Villefranche-sur-Mer, Beaulieu, Monaco...)."

Gérard Alocco me raconte le passé de la Trinité, lorsque l'urbanisation n'était pas aussi présente. ©Coralie Becq FTV

Depuis, La Trinité n'est plus complètement la campagne.

C'est plutôt "la banlieue" de Nice, encore que si les Trinitaires me lisent, ils risquent de m'en vouloir, car pour eux, La Trinité est une vraie ville indépendante et forte. Concernant le Tramway, Gérard n'est pas assez au courant du projet pour le commenter, mais a priori, il préférerait un tramway sur rail, un tram-train. C'est d'ailleurs un projet qui avait été envisagé.

Le train c'est le dernier moyen de transport dont on n'avait pas encore parlé. Il y a bien une gare à la Trinité, mais il n'y a que 8 TER par jour en direction de Nice. En attendant une augmentation des fréquences, le tramway devrait permettre aux Trinitaires de se déplacer jusqu'à Nice plus simplement. 

 Je reviendrai 

Après avoir abordé le thème des pollutions et des transports avec les trinitaires, j'aborderai celui de l'environnement. A La Trinité, des jardins pédagogiques sont  implantés pour initier les enfants et les sensibiliser à la nature.

J'aborderai aussi un projet inédit envisagé par la commune pour aller plus loin dans le tri sélectif. 

Données clefs de La Trinité 

La ville de La Trinité comptait 9 985 habitants lors du recensement de 2018. C'est un nombre en baisse chaque année. La moitié des ménages de la ville sont des couples avec enfants. 

Concernant les catégories sociaux professionnelles, quatre ressortent : retraités (32%) employés (22,4),profession intermédiaires (16,1%) et ouvriers (15,6). 

Résultat élections municipales de 2020 Ladislas Polski (DVG), est élu au 1er tour avec la liste Ensemble tout simplement avec 59,56 %.
L'héritière du maire sortant, Isabelle Martello (LR) arrive deuxième avec 23,51%, Philippe Carlin (RN) obtient 16,93 % des voix.

Résultat élection présidentielle de 2017Au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen était arrivée en tête avec 40,76 % des suffrages, devant Jean-Luc Mélenchon (20,9 %) et François Fillon (14,39 %). Au second tour, avec 59, %,  Marine Le Pen avait largement devancé Emmanuel Macron (40,69 %).