REPLAY. A Menton, des habitants de la région relancent la filière du citron

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Écrit par Emmanuelle Rouillon, Audrey Alli
L'histoire du citron de Menton dans le magazine Mediterraneo, sur France 3 Provence-Alpes Côte d'Azur.
L'histoire du citron de Menton dans le magazine Mediterraneo, sur France 3 Provence-Alpes Côte d'Azur. © FTV

Le citron de Menton est connu dans le monde, surtout depuis l’obtention de son label “indication géographique protégée” en 2015. Pourtant, la culture du citron a été abandonnée dès la fin du 20ème siècle. Mediterraneo fait le point sur cette production à la peine.

L’histoire des citrons de Menton remonte à la nuit des temps. Selon la légende, Eve, chassée du paradis, emporte avec elle un fruit d’or. Avec Adam, ils traverseront bien des contrées pour, enfin, arriver, dans la baie de Menton. Le climat y est doux, la végétation luxuriante. Eve y plante le citron. Menton deviendra son paradis.

Si le paradis existe encore aujourd’hui, les citrons, eux, ont quasiment tous disparus.

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Seulement 40 tonnes sont produites chaque année, un chiffre loin derrière notre voisin espagnol et ses 550 tonnes de citrons qui inondent le marché.

Relancer la filière

Directeur de l’association pour la promotion du citron de Menton (APCM), Stéphane Constantin sillonne la ville et son arrière-pays à la recherche de vergers à réhabiliter et de producteurs motivés.

Selon lui, "les gens qui viennent à l’association souvent sont vraiment impliqués dans un projet de développement culturel. Refaire vivre la mémoire du citron de Menton. Et souvent on a quand même aussi ce côté aussi, c’est intéressant, c’est des gens qui on connut ça à l’époque de leurs grands-pères ça a été abandonné et ils ont envie un peu de relancer ça pour rendre hommage au travail, on va dire, de leurs aïeux".

Car autrefois, les citronniers s’étendaient à perte de vue.

Au 19ème siècle et jusqu’au début du 20ème, le citron de Menton connaissait son âge d’or : 15 millions de fruits récoltés chaque année.

Mais le développement du tourisme sur la Côte-d’Azur a eu raison de l’agrumiculture : la main d’œuvre devient difficile à trouver, le coup d’arrêt de la production est donné dans les années 1950.

Alors, pour retrouver les anciennes citronneraies de la région, c’est vers les archives de la ville que le directeur de l’association s’est tourné. Les parcelles de citronniers y étaient présentes autrefois, recensées grâce aux cadastres de l’année 1811.

Selon Valérie Rondelli, directrice des archives de Menton "la vieille ville, la rue du Grenadier : on voit qu’il y a plusieures parcelles citronnier, citronnier, citronnier, citronnier. Voilà on continu, là on est dans la vieille ville, près de l’église on a des terrasses des citronniers aussi. Donc le citron était important, puisqu’il ressortait déjà dans le cadastre. Donc à partir de ces éléments-là j’ai pris chaque parcelle, une à une. Il y en a quelques milliers, et donc on les repère, on les identifie, et en fait ça nous permet de repérer l’évolution des terrains et surtout la présence ou pas de citronniers dans le temps".

Stéphane Constantin précise "à nous après d’aller sur le terrain, identifier le potentiel qu’il y a actuellement de production de ce citron sur ces terres. Donc il y a un véritable enjeu économique parce que : on est sur des petits volumes. Le citron de Menton, aujourd’hui n’atteindra jamais les volumes espagnols ou italiens. Et tant mieux, parce que c’est le garant de la qualité aussi, cette culture un peu traditionnelle, un peu familiale sur des petites parcelles".

En 2020, grâce à Stéphane Constantin et son association, ils achètent un terrain, alors complètement laissé à l’abandon pendant plus de 30 ans.

Le label IGP

Aujourd’hui, ils plantent 270 citronniers IGP. Un projet qui ne va pas leur permettre de se verser un salaire complet. Dans la région, aucun des 45 producteurs de citrons IGP n’arrive à vivre uniquement de cette activité.

A terme, leurs arbres pourront donner jusqu’à 13.000 fruits, une production qu’Arnaud et Hubert cultiveront donc par passion.

Arnaud Guillouzic, producteur de citrons de Menton raconte : "moi tout gamin j’ai toujours eu les mains dans la terre, mes parents ont toujours adoré ça, mes grands-parents aussi. Hubert lui, a des parents agriculteurs donc forcément c’était quelque part un retour aux sources. C’était important pour nous de se lancer dans le projet et à la fois de participer au redéveloppement en fait de la culture de citrons de Menton".

Pour Hubert Guillouzic, autre producteur de citrons de Menton, "tous les voisins qui nous voient avec qui on sympathise au fil du temps. Vous êtes en train d’entretenir ? Qu’est-ce que vous allez faire ? Citronnier, à bien c’est génial ! On a vraiment une belle adhésion, et on est soutenu par tous nos voisins, ce qui est sympa. On vient, on est parachuté là, effectivement des bretons producteurs de citrons à Menton, c’est que des on, mais on y est quoi".

Leur voisin, André Bastiani, 88 ans, connait bien l’histoire de ce terrain. C’est lui, qui leur a vendu la parcelle. Pour lui c'est "l’un des plus vieux de quartier.  Y’avait 150 citronniers là. Ils ont eu la maladie. Le mal Secco, après monsieur Morzi, le vieux quoi le père, il n’a plus voulu en faire. Il a dit moi je m’en fou à mon âge. Et son fils était peintre, il était dans les affaires, il n’a pas voulu".

Devenu rare, ce petit fruit jaune vaut désormais de l’or. Compter 10€ le kilo en moyenne.

Un citron que s’arrachent les plus grands chefs cuisiniers au Monde

Mauro Colagreco, chef 3 étoiles du restaurant mentonnais le Mirazur, a fait du fruit de sa région un produit d’exception, qu’il sublime dans ces assiettes. 

Pour Mauro Colagreco "ça peut être un produit de luxe comme peut l’être le caviar ou la truffe. C’est un produit qui a été soigné. Nous avec les citrons de Menton. C’est pour ça aussi qu’on ne peut pas s’en passer. C’est quelque chose qui est à la portée, et en plus au-delà de ça j’insiste c’est un produit de qualité et il faut profiter de l’avoir ici. Et donc nous on profite bien".

Mauro Colagreco utilise tous les éléments du fruit pour ses recettes : le jus bien sûr, mais également la pulpe, la peau et le zeste pour des recettes aussi bien élaborées, que traditionnelles. 

Avec Stéphane Constantin, ils se rencontrent souvent pour discuter de la mise en valeur du citron, car pour le chef, l’important c’est aussi de manger local. Une promesse de qualité. Le citron de Menton a devant lui, un avenir rayonnant.

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