Solidarité - Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes : "cuisine pour les sinistrés de nos vallées"

Au lendemain du passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes qui a semé le chaos dans les vallées de l'arrière-pays, Léa et David Graziani ont décidé de mettre en place un groupe de bénévoles dont l'objectif est simple : cuisiner pour les sinistrés. Déjà 3 000 repas distribués.

Au lendemain du passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes qui a semé le chaos dans les vallées de l'arrière-pays, Léa et David Graziani ont décidé de mettre en place un groupe de bénévoles dont l'objectif est simple : cuisiner pour les sinistrés. 3 000 repas, déjà, de distribués !
Au lendemain du passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes qui a semé le chaos dans les vallées de l'arrière-pays, Léa et David Graziani ont décidé de mettre en place un groupe de bénévoles dont l'objectif est simple : cuisiner pour les sinistrés. 3 000 repas, déjà, de distribués ! © France Montagne/France Télévisions
Il est 13h22, exactement, ce mardi 6 octobre quand Léa Graziani poste sur Facebook cet appel :

" Bonjour a tous. Suite à une forte demande de nos pompiers, secouristes, bénévoles, etc... Nous avons décidé, avec le soutien des Toques brûlées, des toques blanches et de tous nos fournisseurs, de cuisiner ensemble pour les sinistrés et toutes personnes sur le front. Vous avez été nombreux à répondre présents dès l'initiative lancée. A très vite et merci pour tout. ", Léa Graziani. 
© Léa Graziani
Un post qui fait suite au passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes du 2 octobre dernier. Sur son sillage, bon nombre de vallées de l'arrière-pays ont été dévastées. Des vies ont été emportées. Alors, plutôt que de rester dans leur petit coin en attendant que toute cette horreur passe, le couple décide d'agir. Ils créent le groupe "cuisine pour les sinistrés de nos vallées" sur Facebook.
Eux deux sont de Gattières. Lui, David, est restaurateur. Elle, Léa, est psychologue. Chacun a un travail qu'ils n'ont pas quitté pour monter ce collectif d'entraide. Ils ont aussi deux enfants de 7 et 11 ans. Donc de quoi déjà bien s'occuper dans la vie. Mais c'est sans compter sur le cœur "gros comme ça" ! Et encore, "Gros comme ça ", c'est bien loin de toute la bienveillance et l'humanité qui caractérisent ces deux-là.
Eux deux sont de Gattières. Lui, David, est restaurateur. Elle, Léa, est psychologue. Chacun a un travail qu'ils n'ont pas quitté pour monter ce collectif d'entraide. Ils ont aussi deux enfants de 7 et 11 ans. Donc de quoi déjà bien s'occuper dans la vie. Mais c'est sans compter sur le cœur "gros comme ça" ! Et encore, "Gros comme ça ", c'est bien loin de toute la bienveillance et l'humanité qui caractérisent ces deux-là. © France Montagne/FTV
 

On a besoin ? Léa et moi sommes dispos. Ici, nous sommes utiles.

David Graziani

" Cusine pour les sinistrés de nos vallées "


" Dès le lendemain de la tempête, comme pour les inondations à Puget, ou encore préparer des repas pour le personnel hospitalier pendant la COVID, nous nous sommes mobilisés. Nous avons fait appel à un réseau d'amis chefs, à des fournisseurs, à tout plein de monde et en moins de 10 h, nous avions 12 tonnes de denrées alimentaires, une quarantaine de personne pour former une brigade dont des chefs étoilés et surtout grâce à la mairie de Carros une salle à dispo pour stocker, organiser, préparer. Ce n'est pas merveilleux ?! On a besoin ? Léa et moi sommes dispos. Ici, nous sommes utiles. " David Graziani 
6 octobre 17h06, un peu moins de quatre heures avant leur premier post d'appel à l'aide. David Graziani publie ce post : tout est prêt, on peut commencer !
6 octobre 17h06, un peu moins de quatre heures avant leur premier post d'appel à l'aide. David Graziani publie ce post : tout est prêt, on peut commencer ! © David Graziani
 
Et c'est parti pour l'aventure ! 

Alors bien sûr, il y a Léa et David. Mais pas que ! Il y a Fabrice, Grégory, Patricia, Jean dit Papi, Alexis, Alain, Stéphane et tous les autres. Depuis le mercredi 7 octobre, sans aucune interruption, le rythme est donné. Prise de service à la salle Ecovie de Carros à 7 heures. Fin de service 15 heures, 15 heure 30, nettoyage compris.
Chaque jour, ils sont en moyenne une quarantaine à être présent pour préparer quelque 1 000 repas qui seront distribués dans les vallées de l'arrière-pays. / © France Montagne. France Télévisions
Chaque jour, ils sont en moyenne une quarantaine à être présent pour préparer quelque 1 000 repas qui seront distribués dans les vallées de l'arrière-pays. / © France Montagne. France Télévisions © France Montagne/FTV
Chaque jour, entre 600 et 1 000 repas distribués au personnel du nettoyage de Saint-Laurent-du-Var, aux bénévoles de la salle Nikaïa, aux deux centres de distribution et de tri de Carros, à l'ensemble des secouristes de la protection civile, aux pompiers des trois vallées, à tous ceux qui en ont besoin. 
Les camions de la sécurité civile acheminent chaque jour des repas aux sinistrés de la Tempête Alex. Soupe, plat de résistance copieux, fromage, dessert. Un menu complet réalisé au quotidien par une équipe d'une quarantaine de bénévoles à l'Ecovie de Carros.
Les camions de la sécurité civile acheminent chaque jour des repas aux sinistrés de la Tempête Alex. Soupe, plat de résistance copieux, fromage, dessert. Un menu complet réalisé au quotidien par une équipe d'une quarantaine de bénévoles à l'Ecovie de Carros. © France Montagne/FTV
Que se soit dans les vallées de la Tinée, de la Vésubie. A Saint-Sauveur-sur-Tinée, Saint-Martin Vésubie, à Puget-Théniers, à Roquebillière... Partout où les repas peuvent être acheminés, car bon nombre de routes sont encore coupées

Une sacrée bande de "Toqués"

Aux côtés de Léa et David, la "bande à David". Des pros de la restauration comme David. Aussitôt, ils ont répondu présent. Ils offrent leur aide, leur savoir faire et leur temps qui est déjà bien compté. Chacun sa spécialité.

Fabrice, lui son truc, c'est la pâtisserie. Et de la pâtisserie de haute voltige. C'est au Négresco qu'il exerce son art, excusez du peu. 
Fabrice Didier, le chef pâtissier du Negresco, fait parti des premiers à avoir répondu présent. Il a pris des jours de congés pour venir aider à 100 %. "On ne sauve pas des vies, mais on fait manger".
Fabrice Didier, le chef pâtissier du Negresco, fait parti des premiers à avoir répondu présent. Il a pris des jours de congés pour venir aider à 100 %. "On ne sauve pas des vies, mais on fait manger". © France Montagne/FTV
"Dès que j'ai vu le post de David sur Facebook, je l'ai appelé et c'était parti. J'ai posé quelques jours de congés, comme ça, ça me permet de faire du plein temps. Je suis arrivé avec des gamelles, des outils, du matériel prêté par le Negresco. Encore mieux des collègues du service commercial sont venus avec moi. Pour qui c'était évident de venir aussi. On aide comme on peut. On ne sauve pas des vies, mais on fait manger et on apporte un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin ". Fabrice Didier, Chef pâtissier Negresco.

On aide comme on peut. On ne sauve pas des vies, mais on fait manger et on apporte un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin. 

Fabrice Didier, Chef pâtissier Negresco

"C'est un événement qui se passe à coté de chez nous. Il faut qu'on aide, qu'on rende service, c'est tout. Ici, grâce à tous les bénévoles, professionnel ou non, on apporte un peu de bonheur. En plus, l'ambiance est top. C'est que du bonheur !" , s'exclame Fabrice Didier, chef pâtissier Negresco.

Idem pour Grégory Marro, chef pour particuliers à Monaco : "C'est vraiment une bonne ambiance, on travaille comme des fous, mais on rigole et en plus, un truc de dingue ça nous rend heureux ! Quand on perd tout, on aime bien qu'en même qu'il y ait des gens qui viennent donner un coup de main. Alors voilà, nous sommes là ! "
Grégory Marro, lui aussi, a répondu à l'appel du collectif "Cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Il a mis au service des autres ses compétences de chef restaurateur pour son plus grand bonheur.
Grégory Marro, lui aussi, a répondu à l'appel du collectif "Cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Il a mis au service des autres ses compétences de chef restaurateur pour son plus grand bonheur. © France Montagne/FTV

Quand on perd tout, on aime bien qu'en même qu'il y ait des gens qui viennent donner un coup de main. Alors voilà, nous sommes là ! 

Grégory Marro, Chef restaurateur

Stéphane Furlan, chef restaurateur à Tourrettes-sur-Loup, lui est arrivé quelques jours plus tard. Il attendait ses jours de fermeture pour pouvoir se consacrer à 100 % à cette aventure : " Ça fait du bien de voir tous ces gens qui viennent aider. Vraiment. Le soir on est fatigué, mais heureux de ce que l'on a fait ."
Le chef Stéphane Furlan, restaurateur à Tourrettes-sur-Loup remplit les barquettes de couscous. Une de ses spécialités, les grands volumes. Ce jour-là, avec seulement trois réchauds à gaz, il a préparé un couscous pour plusieurs centaines de personnes. Un couscous que goûte le chef David Graziani, mais c'est un peu chaud !
Le chef Stéphane Furlan, restaurateur à Tourrettes-sur-Loup remplit les barquettes de couscous. Une de ses spécialités, les grands volumes. Ce jour-là, avec seulement trois réchauds à gaz, il a préparé un couscous pour plusieurs centaines de personnes. Un couscous que goûte le chef David Graziani, mais c'est un peu chaud ! © France Montagne/FTV

Ça fait du bien de voir tous ces gens qui viennent aider. Vraiment. Le soir on est fatigué, mais heureux de ce que l'on a fait.

Stephane Furlan, chef restaurateur Tourrettes-sur-Loup.


L'incontournalbe... Papi !

A bientôt 70 ans, Jean Roch, surnommé Papi est l'un des plus anciens de la bande. Lui aussi, il est de la partie. Enfin était. Car aujourd'hui, c'est un chef restaurateur à la retraité.  Mais ça ne s'oublie pas et c'est bien pour ça que David Graziani l'a sollicité. 
Jean Roch dit "Papi". La coqueluche ou la mascotte de la bande du collectif "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". La joie de vivre faite homme.
Jean Roch dit "Papi". La coqueluche ou la mascotte de la bande du collectif "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". La joie de vivre faite homme. © France Montagne/FTV
"David m'a demandé un coup de main, alors j'ai dis OK. Je suis là depuis mercredi 6. Chaque jour, arrivé dans les premiers, parti dans les derniers. On ne compte pas pour tous ces gens dans le besoin". Jean Roch, dit Papi.

Y a une solidarité sensationnelle, ici. Quand il n'y aura plus besoin de moi pour la cuisine, je monterai aider. On ne peut pas rester sans rien faire. 

Jean Roch, dit Papi

Y a pas à dire, Papi est le chouchou du collectif !
Y a pas à dire, Papi est le chouchou du collectif ! © Cuisine pour les sinistrés de nos vallées
Papi, il ne compte pas son temps, ni l'effort à la tâche. À droite, à gauche, dans un réfrigérateur, à la pluche de patates, à la cuisson du poisson, à la surveillance du couscous... C'est simple, Papi est partout. Toujours prêt à donner un coup de main. Toujours prêt à aider une gente dame à porter une grosse gamelle. Un sourire, en permanence, accroché aux lèvres.

"Il est au top ! C'est un Papi au top. Toujours le sourire et la joie de vivre. C'est que du bonheur Papi". Léa Graziani.

Des Papis... y en a plein. Chaque jour, au moins une quarantaine

Des Papis, en fait, à la salle Ecovie de Carros, il y en a beaucoup. Chaque jour, au moins une quarantaine. Ce qui fait quelque 400 doigts qui épluchent, coupent, émincent. Pour que soient envoyés, chaque jour, dans les vallées entre 500 et 1.000 repas.
Chaque jour, depuis le mercredi 7octobre dernier, 40 personnes se relaient pour que soient envoyés, chaque jour, dans les vallées entre 500 et 1 000 repas.
Chaque jour, depuis le mercredi 7octobre dernier, 40 personnes se relaient pour que soient envoyés, chaque jour, dans les vallées entre 500 et 1 000 repas. © Collectif cuisine pour les sinsitrés de nos vallées
Et, c'est sans compter les " Papis " qui viennent d'ailleurs ! Comme ce couple de vendéens, Pascal et Isabelle Massicot-Jouteau.  Avec leur camping-car et leur remorque, ils ont traversé la France pour venir aider et distribuer les dons qu'ils ont collectés à Somloire dans le Maine-et-Loire. 
Pascal et Isabelle Massicot-Jouteau sont de Somloire dans le Maine-et-Loire. Avec leur camping-car et leur remorque, ils ont traversé la France pour venir aider et distribuer 1 tonne 5 de dons qu'ils ont collectés.
Pascal et Isabelle Massicot-Jouteau sont de Somloire dans le Maine-et-Loire. Avec leur camping-car et leur remorque, ils ont traversé la France pour venir aider et distribuer 1 tonne 5 de dons qu'ils ont collectés. © France Montagne/FTV
Chapeau les gars ! Chapeau aussi à Alexis. Alexis est un jeune toulonnais d'une trentaine d'années. Bien qu'handicapé par sa très grande surdité, il n'a pas hésité à sauter dans son auto la semaine dernière pour venir à Carros et proposer son aide. Depuis, il est là tous les jours, sans compter ni son énergie, ni son temps. Quand, dans l'après-midi, ses compagnons de brigade le voient s'installer dans sa voiture et qu'ils se rendent compte, qu'en fait, il n'a pas les moyens de se payer un hôtel et qu'il dort dans son auto, la solidarité, une fois encore se déclenche automatiquement. Maintenant, c'est dans un bon lit qu'il dort.
A côté de Fabrice Didier, chef pâtissier au Negresco, Alexis Mansion a répondu, lui aussi, à l'appel du groupe "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Il est venu sans rien, juste avec sa voiture et la volonté d'aider les plus démunis que lui.
A côté de Fabrice Didier, chef pâtissier au Negresco, Alexis Mansion a répondu, lui aussi, à l'appel du groupe "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Il est venu sans rien, juste avec sa voiture et la volonté d'aider les plus démunis que lui. © France Montagne/FTV
C'est sous un toit qu'il passe ses soirées avec des personnes qui lui ressemblent. C'est au chaud, qu'il peut se reposer de son harassante journée et surtout, partager la joie et le bonheur d'être utile avec ceux qui comme lui, donnent sans compter et sans attendre de retour. Au service de la communauté et de chacun. Il ne demande rien. Il aide pour que les sinistrés des vallées puissent avoir un repas complet par jour. Et aucun doute, à le voir, à les voir, ça rend heureux ! 
Le soir du 12 octobre dernier, les forces de secours à Roquebilière prennent le premier repas chaud depuis une semaine et cela grâce au collectif cuisine pour les sinistrés de nos vallées.
Le soir du 12 octobre dernier, les forces de secours à Roquebilière prennent le premier repas chaud depuis une semaine et cela grâce au collectif cuisine pour les sinistrés de nos vallées. © Jeremy Crunchant

Quand j'ai vu ce post, j'ai pleuré !

Léa Graziani

Léa Graziani est l'une des fondatrices du collectif "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Elle regarde avec assiduité tous les commentaires postés sur la page du groupe. Parfois, des larmes de joie lui montent aux yeux.
Léa Graziani est l'une des fondatrices du collectif "cuisine pour les sinistrés de nos vallées". Elle regarde avec assiduité tous les commentaires postés sur la page du groupe. Parfois, des larmes de joie lui montent aux yeux. © France Montagne/FTV
Une solidarité exceptionnelle

Alors, à tous ces Toqués, ces Papis, ces Alexis, ces petites souris, ces inconnu(e)s, ces petites mains qui offrent, qui de leur temps, qui de leur energie, alors à vous tous... Bravo. 
Cuisine pour les sinistrés de nos vallées, en chiffres
Depuis le début de cette aventure, plus de 12 tonnes de denrées alimentaires ont été offertes par des particuliers, des fournisseurs de restaurants, des enseignes nationales de super et hyper marché, des commerçants, des entreprises...
100 kg nets de poisson
500 kg de viande
Près de 2 tonnes de pommes de terre
500 kg de sucre et de farine
2 000 œufs
1 tonne de tomates...
Plus d'1,5 tonnes de fruits et légumes...

Chaque jour, c'est entre 500 et 1000 repas qui sont confectionnés sur 3 réchauds à gaz !
D'ailleurs, le gaz... commence à manquer !
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