Solidarité - Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes : "cuisine pour les sinistrés de nos vallées"

Publié le Mis à jour le

Au lendemain du passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes qui a semé le chaos dans les vallées de l'arrière-pays, Léa et David Graziani ont décidé de mettre en place un groupe de bénévoles dont l'objectif est simple : cuisiner pour les sinistrés. Déjà 3 000 repas distribués.

Vivez le Festival Interceltique : Le Festival Interceltique de Lorient 2022
Il est 13h22, exactement, ce mardi 6 octobre quand Léa Graziani poste sur Facebook cet appel :

" Bonjour a tous. Suite à une forte demande de nos pompiers, secouristes, bénévoles, etc... Nous avons décidé, avec le soutien des Toques brûlées, des toques blanches et de tous nos fournisseurs, de cuisiner ensemble pour les sinistrés et toutes personnes sur le front. Vous avez été nombreux à répondre présents dès l'initiative lancée. A très vite et merci pour tout. ", Léa Graziani. 
Un post qui fait suite au passage de la Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes du 2 octobre dernier. Sur son sillage, bon nombre de vallées de l'arrière-pays ont été dévastées. Des vies ont été emportées. Alors, plutôt que de rester dans leur petit coin en attendant que toute cette horreur passe, le couple décide d'agir. Ils créent le groupe "cuisine pour les sinistrés de nos vallées" sur Facebook.
 

On a besoin ? Léa et moi sommes dispos. Ici, nous sommes utiles.

David Graziani

" Cusine pour les sinistrés de nos vallées "


" Dès le lendemain de la tempête, comme pour les inondations à Puget, ou encore préparer des repas pour le personnel hospitalier pendant la COVID, nous nous sommes mobilisés. Nous avons fait appel à un réseau d'amis chefs, à des fournisseurs, à tout plein de monde et en moins de 10 h, nous avions 12 tonnes de denrées alimentaires, une quarantaine de personne pour former une brigade dont des chefs étoilés et surtout grâce à la mairie de Carros une salle à dispo pour stocker, organiser, préparer. Ce n'est pas merveilleux ?! On a besoin ? Léa et moi sommes dispos. Ici, nous sommes utiles. " David Graziani 
 
Et c'est parti pour l'aventure ! 

Alors bien sûr, il y a Léa et David. Mais pas que ! Il y a Fabrice, Grégory, Patricia, Jean dit Papi, Alexis, Alain, Stéphane et tous les autres. Depuis le mercredi 7 octobre, sans aucune interruption, le rythme est donné. Prise de service à la salle Ecovie de Carros à 7 heures. Fin de service 15 heures, 15 heure 30, nettoyage compris.
Chaque jour, entre 600 et 1 000 repas distribués au personnel du nettoyage de Saint-Laurent-du-Var, aux bénévoles de la salle Nikaïa, aux deux centres de distribution et de tri de Carros, à l'ensemble des secouristes de la protection civile, aux pompiers des trois vallées, à tous ceux qui en ont besoin. 
Que se soit dans les vallées de la Tinée, de la Vésubie. A Saint-Sauveur-sur-Tinée, Saint-Martin Vésubie, à Puget-Théniers, à Roquebillière... Partout où les repas peuvent être acheminés, car bon nombre de routes sont encore coupées

Une sacrée bande de "Toqués"

Aux côtés de Léa et David, la "bande à David". Des pros de la restauration comme David. Aussitôt, ils ont répondu présent. Ils offrent leur aide, leur savoir faire et leur temps qui est déjà bien compté. Chacun sa spécialité.

Fabrice, lui son truc, c'est la pâtisserie. Et de la pâtisserie de haute voltige. C'est au Négresco qu'il exerce son art, excusez du peu. 
"Dès que j'ai vu le post de David sur Facebook, je l'ai appelé et c'était parti. J'ai posé quelques jours de congés, comme ça, ça me permet de faire du plein temps. Je suis arrivé avec des gamelles, des outils, du matériel prêté par le Negresco. Encore mieux des collègues du service commercial sont venus avec moi. Pour qui c'était évident de venir aussi. On aide comme on peut. On ne sauve pas des vies, mais on fait manger et on apporte un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin ". Fabrice Didier, Chef pâtissier Negresco.

On aide comme on peut. On ne sauve pas des vies, mais on fait manger et on apporte un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin. 

Fabrice Didier, Chef pâtissier Negresco

"C'est un événement qui se passe à coté de chez nous. Il faut qu'on aide, qu'on rende service, c'est tout. Ici, grâce à tous les bénévoles, professionnel ou non, on apporte un peu de bonheur. En plus, l'ambiance est top. C'est que du bonheur !" , s'exclame Fabrice Didier, chef pâtissier Negresco.

Idem pour Grégory Marro, chef pour particuliers à Monaco : "C'est vraiment une bonne ambiance, on travaille comme des fous, mais on rigole et en plus, un truc de dingue ça nous rend heureux ! Quand on perd tout, on aime bien qu'en même qu'il y ait des gens qui viennent donner un coup de main. Alors voilà, nous sommes là ! "

Quand on perd tout, on aime bien qu'en même qu'il y ait des gens qui viennent donner un coup de main. Alors voilà, nous sommes là ! 

Grégory Marro, Chef restaurateur

Stéphane Furlan, chef restaurateur à Tourrettes-sur-Loup, lui est arrivé quelques jours plus tard. Il attendait ses jours de fermeture pour pouvoir se consacrer à 100 % à cette aventure : " Ça fait du bien de voir tous ces gens qui viennent aider. Vraiment. Le soir on est fatigué, mais heureux de ce que l'on a fait ."

Ça fait du bien de voir tous ces gens qui viennent aider. Vraiment. Le soir on est fatigué, mais heureux de ce que l'on a fait.

Stephane Furlan, chef restaurateur Tourrettes-sur-Loup.


L'incontournalbe... Papi !

A bientôt 70 ans, Jean Roch, surnommé Papi est l'un des plus anciens de la bande. Lui aussi, il est de la partie. Enfin était. Car aujourd'hui, c'est un chef restaurateur à la retraité.  Mais ça ne s'oublie pas et c'est bien pour ça que David Graziani l'a sollicité. 
"David m'a demandé un coup de main, alors j'ai dis OK. Je suis là depuis mercredi 6. Chaque jour, arrivé dans les premiers, parti dans les derniers. On ne compte pas pour tous ces gens dans le besoin". Jean Roch, dit Papi.

Y a une solidarité sensationnelle, ici. Quand il n'y aura plus besoin de moi pour la cuisine, je monterai aider. On ne peut pas rester sans rien faire. 

Jean Roch, dit Papi

Papi, il ne compte pas son temps, ni l'effort à la tâche. À droite, à gauche, dans un réfrigérateur, à la pluche de patates, à la cuisson du poisson, à la surveillance du couscous... C'est simple, Papi est partout. Toujours prêt à donner un coup de main. Toujours prêt à aider une gente dame à porter une grosse gamelle. Un sourire, en permanence, accroché aux lèvres.

"Il est au top ! C'est un Papi au top. Toujours le sourire et la joie de vivre. C'est que du bonheur Papi". Léa Graziani.

Des Papis... y en a plein. Chaque jour, au moins une quarantaine

Des Papis, en fait, à la salle Ecovie de Carros, il y en a beaucoup. Chaque jour, au moins une quarantaine. Ce qui fait quelque 400 doigts qui épluchent, coupent, émincent. Pour que soient envoyés, chaque jour, dans les vallées entre 500 et 1.000 repas.
Et, c'est sans compter les " Papis " qui viennent d'ailleurs ! Comme ce couple de vendéens, Pascal et Isabelle Massicot-Jouteau.  Avec leur camping-car et leur remorque, ils ont traversé la France pour venir aider et distribuer les dons qu'ils ont collectés à Somloire dans le Maine-et-Loire. 
Chapeau les gars ! Chapeau aussi à Alexis. Alexis est un jeune toulonnais d'une trentaine d'années. Bien qu'handicapé par sa très grande surdité, il n'a pas hésité à sauter dans son auto la semaine dernière pour venir à Carros et proposer son aide. Depuis, il est là tous les jours, sans compter ni son énergie, ni son temps. Quand, dans l'après-midi, ses compagnons de brigade le voient s'installer dans sa voiture et qu'ils se rendent compte, qu'en fait, il n'a pas les moyens de se payer un hôtel et qu'il dort dans son auto, la solidarité, une fois encore se déclenche automatiquement. Maintenant, c'est dans un bon lit qu'il dort.
C'est sous un toit qu'il passe ses soirées avec des personnes qui lui ressemblent. C'est au chaud, qu'il peut se reposer de son harassante journée et surtout, partager la joie et le bonheur d'être utile avec ceux qui comme lui, donnent sans compter et sans attendre de retour. Au service de la communauté et de chacun. Il ne demande rien. Il aide pour que les sinistrés des vallées puissent avoir un repas complet par jour. Et aucun doute, à le voir, à les voir, ça rend heureux ! 

Quand j'ai vu ce post, j'ai pleuré !

Léa Graziani

Une solidarité exceptionnelle

Alors, à tous ces Toqués, ces Papis, ces Alexis, ces petites souris, ces inconnu(e)s, ces petites mains qui offrent, qui de leur temps, qui de leur energie, alors à vous tous... Bravo. 
Cuisine pour les sinistrés de nos vallées, en chiffres
Depuis le début de cette aventure, plus de 12 tonnes de denrées alimentaires ont été offertes par des particuliers, des fournisseurs de restaurants, des enseignes nationales de super et hyper marché, des commerçants, des entreprises...
100 kg nets de poisson
500 kg de viande
Près de 2 tonnes de pommes de terre
500 kg de sucre et de farine
2 000 œufs
1 tonne de tomates...
Plus d'1,5 tonnes de fruits et légumes...

Chaque jour, c'est entre 500 et 1000 repas qui sont confectionnés sur 3 réchauds à gaz !
D'ailleurs, le gaz... commence à manquer !