Nice et Cannes lavent leurs plages : "la désinfection face au coronavirus pourrait être néfaste pour l'environnement"

Dans les Alpes-Maritimes, plusieurs communes pratiquent la désinfection régulière des plages afin de rassurer la population dans la lutte contre le Covid-19. Mais les produits virucides utilisés pourraient avoir des conséquences sur l’environnement, alertent les associations écologistes. 

Désinfection des plages de Cannes le 29 mai pour préparer leur réouverture le 2 juin.
Désinfection des plages de Cannes le 29 mai pour préparer leur réouverture le 2 juin. © Valery Hache / AFP

Sur la barge utilisée par la mairie de Cannes pour désinfecter les plages, flotte la banderole « Ensemble pour l’environnement ».

Mais ces opérations de nettoyage, mises en avant pour éviter la propagation du Covid-19, sont-elles sans danger pour la faune et la flore du littoral, comme l’affiche les communes ? Non, répondent les associations écologistes.

À la fin du moi de mai, le maire de Cannes a lancé, près le lavage de ses rues, une grande opération de désinfection des plages publiques et privées de la commune. Menées du vendredi 29 au dimanche 31 mai, elles ont concerné un total de 7,5 km de littoral. 

La désinfection des plages de Cannes est effectuée avec de l'eau oxygénée.
La désinfection des plages de Cannes est effectuée avec de l'eau oxygénée. © Valery Hache / AFP

Ces désinfections sont opérées avec de l’eau oxygénée, un produit bactéricide et virucide désinfectant, à base de peroxyde d’hydrogène propre dilué à 0,5%.

Selon la mairie, «ce traitement est sans danger pour la population, l’environnement, la biodiversité, la mer et est biodégradable. »

À Nice aussi, en plus de l’aspersion à l’eau de mer des galets, la nouveauté de cette saison, c’est la désinfection quotidienne. 

Cette année, pour s’adapter à la crise sanitaire, on désinfecte quotidiennement les douches, les escaliers et les rampes avec un produit virucide et bactéricide, qui est utilisé à haute pression - Laurent Calatayud, directeur de la propreté de la Ville de Nice

Efficacité contestée et danger supposé 

Pourtant, le Haut conseil de la santé publique a publié un avis défavorable concernant les pratiques de désinfection de l’espace public : 

Tout en notant son impact psychologique sur la population, le HCSP recommande de ne pas mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie, du fait de l’absence d’argument scientifique de l’efficacité d’une telle mesure sur la prévention de la transmission du SARS-CoV-2.

À Nice, le nettoyage et la désinfection des accès à la plages sont quotidiens.
À Nice, le nettoyage et la désinfection des accès à la plages sont quotidiens. © Denis Pardanaud / FTV

Pour Pascal Machand, animateur du réseau santé environnement de la FNE PACA (France nature environnement), « l’efficacité de la désinfection contre le virus n’est pas prouvée, mais son impact sur l’environnement est certain ».

Les produits virucides et bactéricides utilisés tuent toutes les formes de vie présentes. Ça désorganise alors tout le microsystème qui existe dans les plages et ça a forcément un impact sur la faune et la flore - Pascal Marchand.

Paul Marchand considère cependant que dans le cas de Cannes par exemple « l’utilisation de l’eau oxygénée est un moindre mal par rapport à d’autres produits, car il est peu altérant et non résiduel. Mais ça reste un biocide, qui tue le milieu ambiant. » 

Rassurer, mais à quel coût environnemental  ?

Si l’utilité de la désinfection des rues et des plages n’est pas prouvée et qu’elle présente un risque pour l’environnement, pourquoi les municipalités continuent-elles de les mettre en place ? « Ce sont des choix politiques pour rassurer les populations », considère Hélène Granouillac, présidente de l’association Terre bleue, mais aussi colistière sur la liste « Nice écologiste » pour les élections municipales. 

La santé est aussi importante que l'environnement, mais il ne faut pas se préoccuper uniquement de notre santé, au détriment de la nature. Si l'environnement est malade, nous serons tous malades - Hélène Granouillac. 

Les associations écologistes demandent aux municipalités de s’en remettre aux avis du Haut conseil de la santé publique et d’arrêter les désinfections systématiques de l’espace public. 

 

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