Guerre en Ukraine : les premières conséquences des sanctions économiques contre la Russie se font sentir sur la Côte d'Azur

Une partie de l'économie azuréenne retient son souffle. Les sanctions qui frappent la Russie vont inévitablement provoquer des dommages collatéraux entre Saint-Tropez et Monaco, en passant par Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Pour l'instant tout est encore calme. Mais les prémices se font sentir.

"Je commence à recevoir des textos de clients qui demande à tout hasard l'estimation de leur bien." Laurent Merengone est à la tête d'un cabinet de conseil immobilier et fiscal qui s'adresse aussi à la clientèle internationale.

Et la clientèle russe, sur la Côte d'Azur, représente une part importante des affaires.

"Attention, on ne parle pas des oligarques, qui sont dans un monde à part, mais des cadres supérieurs, de la classe aisée disposant d'un pouvoir d'achat suffisant pour s'offrir un pied à terre au soleil," explique celui qui est également conseiller régional sous la bannière du Rassemblement National.

Budget conséquent tout de même, puisqu'il peut aller de 500.000 à plusieurs millions d'euros pour une résidence secondaire.

S'ils sont pris à la gorge, ils vont chercher à vendre, mais dans l'état actuel des sanctions, impossible de leur transférer des fonds...

Laurent Merengone.

Pour l'homme d'affaires, la panique n'est pas encore là, mais les premiers effets se font sentir : "J'ai un ami architecte d'intérieur qui travaillait sur un gros chantier. Il lui manquait 300.000 euros pour boucler le budget, mais la cliente russe ne peut plus faire le virement. Le chantier à l'arrêt, ce sont les artisans, le plombier, l'électricien, qui trinquent. Quand on dirige une PME, un impayé de quelques dizaines de milliers d'euros suffit pour vous faire plonger."

Dans le sillage des Russes, tout un pan de l'économie va subir les vagues de reflux. Les notaires, agents immobiliers, architectes, mais aussi toute la filière du luxe, de l'habillement, les entreprises de location de limousines et de yacht, de gardiennage, de ménage et même les commerces de proximité...

À Saint-Jean-Cap-Ferrat, qui dépend énormément des oligarques russes, d'une clientèle encore plus fortunée donc, la tension est palpable.

"Vous tombez en pleine gestion de crise !"

Le patron de cette société de sécurité, spécialiste du gardiennage et de la surveillance de villas de luxe, vient juste de voir un contrat, pourtant quasiment finalisé, lui passer sous le nez.

Un revenu assuré d'un demi million d'euros par an perdu, le contrat purement et simplement annulé. "La plupart de nos clients n'ont tout simplement plus de quoi payer," poursuit Eric Rolin. "J'ai des clients, en panique, qui m'ont appelé parce qu'ils ont découvert ce matin que leurs cartes de crédit ne fonctionnent plus."

On parle bien là de milliardaires qui se croyaient définitivement à l'abri du besoin.

Pas vraiment d'alternatives pour ces riches ressortissants, coincés sur la Riviera, et bientôt sans le sou. Pour eux, il est désormais difficile, voire impossible, de rentrer en Russie.

Les vols réguliers ont été annulés pour la plupart. Et il va bientôt devenir très compliqué de maintenir leur train de vie ici. L'étau s'est refermé.

Pour Eric Rolin et sa société, c'est peut-être le coup de grâce. "Pendant deux étés, on a perdu énormément à cause du Covid et de la fermeture des frontières, on avait à peine deux clients sur dix, et là..." Il compte désormais sur la fidélité des Américains, Italiens ou Anglais pour tenir.

Mais il envisage déjà le pire : licenciements économiques, voire dépôt de bilan. Et, au seizième jour de conflit en Ukraine, ce n'est que le début. A cette saison, les yachts devraient commencer à faire leur apparition dans la baie...

"Certains bateaux ont été saisis, d'autres sont partis dans les eaux territoriales," explique Jean-François Dieterich, maire SE de Saint-Jean-Cap-Ferrat. 

Si le conflit continue à s'enliser, ces bateaux-là ne vont pas revenir et inévitablement il y aura des conséquences négatives sur l'économie du village.

le maire, Jean-François Dieterich.

Aux Maldives, les yachts des milliardaires russes ont trouvé un nouveau port d’attache à l’abri des sanctions.

Les premiers dominos viennent juste de tomber, des villas ont été saisies, des comptes gelés, mais difficile de savoir qui ils vont entraîner dans leur chute, tant il y a de dominos de tailles et de formes différentes.