Témoignage. "Je n'ai plus jamais remis les pieds sur la promenade des Anglais" : au procès en appel de l'attentat de Nice un policier s'exprime

Publié le Écrit par Valentin Pasquier et Nathalie Layani

C'est la première fois qu'il témoigne dans le dossier de l'attentat de Nice. Policier depuis 20 ans, Stéphane* a été auditionné par la cour d'assises spéciale de Paris en visioconférence, notamment pour se faire reconnaître partie civile au procès en appel. Problème : il est intervenu sur la promenade des Anglais après la neutralisation du terroriste.

Il est intervenu le soir du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais et souhaite se faire reconnaître partie civile. Ce 16 mai, en visioconférence depuis le Palais de Justice de Nice, Stéphane* est venu raconter à la cour d'assises spéciale cette funeste soirée. Il a fait partie des premiers à porter secours aux victimes, après la fin de sa journée de service.

"Dans les premières minutes qui ont suivi l'arrêt du camion par les collègues qui l'ont neutralisé, j'ai été amené à sécuriser les lieux, à aider les victimes et à aider les secours et les intervenants sur ce crime affreux," confie-t-il à France 3. (...) Ça a consisté à prodiguer aussi des premiers secours, des secours très rapides. On a pu poser un garrot. J'ai des souvenirs qui sont assez fous".

Ce soir-là, l'agent de police a notamment désobéi à un ordre de son supérieur qui lui demandait de changer de poste : il tenait alors dans ses bras le corps d'une fillette et avait fait la promesse au père de ne pas bouger, tant que la petite victime n'avait pas été enlevée dans les meilleures conditions possibles.

Être reconnu comme partie civile

Parce qu'il est arrivé après la mort du terroriste, Stéphane* n'a pas été reconnu partie civile au procès en première instance fin 2022, et ce malgré les rumeurs de prise d'otages et de sur-attentat qui ont perduré après les faits. Son avocate se bat pour qu'il le soit à l'issue du procès en appel.

Huit ans après, on sent que c'est toujours à fleur de peau. La cour est très empathique on le voit, mais il ne s'agit pas là de personnes ayant vu le camion arriver et fonçant sur la foule. Ce sont un peu les intervenants de l'ombre qui sont aussi en souffrance.

Me Sabria Mosbah

avocate de Stéphane*, policier

Le policier compte beaucoup sur cette reconnaissance du statut de partie civile, pour faire "partie intégrante de cet événement, aussi malheureux soit-il". "L'État doit prendre ses responsabilités et prendre en compte aussi nos propres souffrances," considère-t-il, faisant mention de sa profession.

Je peux me considérer comme victime des conséquences de cet attentat, même si jamais je ne pourrai me comparer aux victimes à proprement dit, qui ont perdu leurs proches ou ont été mutilées. 

Stéphane*

policier primo-intervenant lors de l'attentat

Par exemple, le survol d'un hélicoptère a longtemps été une source d'angoisse pour Stéphane. "J'ai passé la nuit là-bas, de 22h45 à 6h30 du matin, et on a vu des norias d'hélicoptères. C'est un élément physique qui pourrait être banal, mais qui, pour moi, a été déclenchant." Depuis le 14 juillet 2016, l'agent de police niçois n'a plus jamais remis les pieds sur la promenade des Anglais, "de jour comme de nuit."

J'ai aussi une enfant de 4 ans et demi que je n'ai jamais emmenée voir la mer sur la promenade des Anglais. Ni la place Masséna, ni la Coulée verte. Voilà. On va à Menton, on va en Italie, mais on ne va pas sur la promenade des Anglais.

Stéphane*

policier primo-intervenant lors de l'attentat

Après l'attentat, Stéphane a définitivement quitté son service pour se retirer de la voie publique. Mais il reste policier, "prêt à intervenir 24 heures sur 24 s'il le faut."

* le prénom a été modifié.

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