"Décarboner oui, saccager non", 500 personnes à Arles pour manifester contre le projet de ligne aérienne à très haute tension

Environ 500 personnes ont manifesté ce dimanche 7 avril à Arles pour s'opposer au projet de ligne aérienne à très haute tension prévu entre Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard, et Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Le tracé prévoit de passer par le parc des Alpilles, la Camargue et le Marais de Vigueirat.

Agriculteurs, riverains, collectifs pour la défense de l'environnement, ils étaient plus de 500 à se rassembler, ce dimanche 7 avril, pour dire non au projet de ligne aérienne à très haute tension prévu dans la région. Plus de 24 000 personnes ont signé la pétition contre ce projet dont la concertation publique s'arrête ce dimanche. Ils dénoncent "une hérésie environnementale".

Une marche environnementale et citoyenne

Avec en tête de cortège deux tracteurs qui ouvraient la marche et la fermaient, les manifestants sont partis du musée départemental antique. Ils ont marqué une pause devant la préfecture, appelant les services de l'État "à réagir" puis se sont dirigés vers la mairie où le maire de la commune, Patrick de Carolis, qui a déjà pris position contre le projet, les attendait. Patrick de Carolis partage les inquiétudes de ses administrés comme 29 maires du pays d'Arles. Il reproche le manque de transparence du projet.

"Nous ne sommes pas contre le projet de décarbonation de notre industrie, bien au contraire, mais le projet qu'on nous propose sur notre territoire tourne le dos à tous les principes donnés depuis des décennies, notamment la préservation de la nature, nous avons bâti notre économie là-dessus", détaille l'élu.

Selon lui, beaucoup d'Arlésiens ne sont pas informés de la concertation en cours, ou ne parviennent pas à s'inscrire aux réunions. "Peut-être y aurait-il fallu qu'il y ait des études d'impact sur l'eau, sur la nappe phréatique, estime l'élu. "La Crau, c'est notre nappe phréatique", ajoute-t-il, rappelant que 350 000 personnes boivent cette eau".

"Nos paysages sont beaux, nos prés, notre ciel, notre horizon", peut-on lire sur les pancartes des manifestants ou encore "ciel dégagé sur la Crau, ciel dégagé sur les Alpilles".

Guillaume est venu en famille pour manifester, avec justement de nombreuses pancartes, aux slogans percutants. Il en distribue aux personnes rassemblées avant le départ du cortège.  "Ce matin, c'est le combat, on a préparé ça depuis un petit moment, on est motivés, on sait pourquoi on se bat. C'est important, ce qui se joue, c'est l'avenir de nos territoires, de nos paysages, c'est un projet qui s'il voit le jour sera irréversible. C'est ça le problème. On veut juste que cette ligne soit enterrée, ce serait le compromis", indique ce père de famille.

Pour les agriculteurs, comme Nicolas de Sambucy, secrétaire général adjoint de la FDSEA 13 "c'est inadmissible, on nous demande de défendre la souveraineté alimentaire aujourd'hui et c'est très difficile de comprendre qu'on impose de la consommation de terres agricoles pour décarboner certes, mais on détruit un paysage et des cultures à hautes valeurs ajoutées. On a énormément d'AOP, d'IGP, de labels qui vont être dévalorisés par cette ligne aérienne".

Ils réclament une autre solution technique pour s'adapter. "On a demandé pendant des années à l'agriculture d'innover, RTE depuis 30 ans n'innove pas. Il faut arrêter avec les poteaux, il faut enterrer cette ligne pour ne pas polluer le paysage et l'agriculture", insiste cet agriculteur.

Les citoyens réclament aussi une grande marche en mai, des élus et des citoyens  "pour montrer au préfet et à l'État, l'investissement contre ce projet".

Une ligne de 400 000 volts sur 48 km

Cette ligne aérienne à très haute tension de 400 000 volts est prévue sur 615 km2, 48 km de long, 14 km de large et 60 mètres de haut entre le parc des Alpilles, la Camargue et le Marais de Vigueirat d'ici à 2028. Le coût est estimé à 300 millions d'euros. 

RTE a lancé une concertation publique préalable du 12 février au 7 avril. Le projet prévoit l'installation de plus de 180 pylônes de 50 à 60 mètres de haut, l'équivalent d'un immeuble de 15 à 20 étages, souligne le collectif d'opposants. Selon RTE, cette ligne est nécessaire pour répondre à "une augmentation considérable des besoins en électricité en Paca"Pour le directeur du centre développement et énergie de RTE Méditerranée Christophe Berassen, "les capacités des deux lignes qui desservent actuellement le secteur vont déjà être renforcées au maximum, et les prévisions pour renforcer la production d'électricité locale ne sont pas à la hauteur des besoins que nous anticipons à horizon 2030 : la consommation régionale d’électricité pourrait presque doubler", notamment pour décarboner la zone industrielle de Fos-sur-Mer, qui abrite entre autres le site ArcelorMittal, parmi les plus polluants de France.  

Cette ligne aérienne de 400 000 volts devrait se situer entre le poste électrique de Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard, et celui de la zone industrielle de la Feuillane, à Fos-sur-Mer.

D’environ 65 km, cette ligne doit permettre d'acheminer jusqu'à 5 000 mégawatts, l'équivalent de la consommation annuelle de cinq millions de personnes.

"Quelles sont les conséquences ? Quels sont les risques " ?

Jean-Luc Moya, secrétaire général à l'antenne France nature environnement (FNE) des Bouches-du-Rhône, questionne "les risques de perturber la circulation des oiseaux dans cette zone qui est aussi un corridor écologique important." Et s'interroge : "Est-ce qu'il n'y aurait pas la possibilité de produire cette énergie sur place, en tenant compte de l'impératif de diminuer notre consommation ?"

"Quelles sont les conséquences ? quels sont les risques ? on ne peut pas nous balancer 65 km de pylônes qui font 60 mètres de haut, en nous disant 'choisissez si c'est chez toi ou chez moi'", explique Isabelle Gex, collectif des riverains d'Arles Plaine de la Crau. "Même si ça s'inscrit dans un processus de décarbonation, et bien sûr personne ne peut s'opposer à ça, mais on ne peut détruire la planète et protéger la nature en même temps", ajoute-t-elle. Le collectif demande l'étude d'un tracé de moindre impact. 

L'association France Nature Environnement attend "la présentation de l'étude d'impact" pour donner un avis étayé sur le projet. La déclaration d'utilité publique doit avoir lieu à horizon 2025, avant de commencer les travaux en 2027-2028.